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MIREILLE
POÈME PROVENÇAL
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4991. — BOURLOTON. — Imprimeries réunie», A, rue Mignon, 2, Pam
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MIREILLE
POÈME PROVENÇAL
DE
FRÉDÉRIC MISTRAL
TRADUIT EN VERS FRANÇAIS
PAR
le premier Président RIGAUD
AVEC LE TEXTE EN RE6ARD
QUATRIÈME ÉDITION REVUE ET CORRIGÉE
PARIS
IJBRAIKIE HACHETTE ET C'^
79, BOULEVARD SAIIIT-GERXAIN, 79 1884
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N
\
PRÉFACE
11 y a Ti'ngt ans environ, nn jeune homme pro« ^ençal publiait un poème en douze chants, écrit dans Fidiome de son pays et destiné surtout à mon- trer les ressources de cet idiome et à peindre les mœurs de ceux qui ont l'habitude de s'en servir.
Ce livre, écrit avec un talent qui tient du génie, a obtenu un succès prodigieux dans le monde pour lequel il avait été fait.
En même temps qu'il valait une grande renommée à son auteur, il imprimait une impulsion nouvelle an mouvement littéraire qui s'est produit en Pro- vence dans ces derniers temps, et qui, sans avoir la
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VI PRÉFACE.
prétention ridicule qu'on loi a prêtée, de détrftner la langue française^ n'a que le but plus modeste et plus sérieux de remettre en honneur et de main- tenir dans son intégrité celle que parlèrent les trou- badours.
La célébrité de ce poème ne s'est pas bornée là. A. la simple lumière d'une traduction littérale que l'auteur lui-même avait mise en regard du texte, il a franchi les limites du sol natal. La grande litté- rature française l'a applaudi par les mains de ses plus illustres représentants, et l'auteur de Faust, en l'introduisant sur la scène, lui a acquis une véri- table popularité.
Ce n'est pas tout encore; alors peut-être que dans la pensée de son auteur cette charmante idylle n'avait été écrite que pour les villages environnants, elle s'est envolée sur les ailes de la renommée, au delà même de nos frontières. Ni les monts ni les mers n'ont suffi pour arrêter son essor, et l'on ne compte plus aujourd'hui le nombre des traductions en langues étrangères à l'aide desquelles die a pénétré jusqu'aux extrémités de l'univers.
En présence de ce succès universel, qui ailleurs qu'en Provence n'avait pu avoir sa cause que dans la traduction mot à mot qui accompagnait le poème, je me suis souvent demandé quelles proportions il
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PRÉFACE. Vit
aurait prises si le texte lui-même avait pu ôlre connu et apprécié.
, Entre une traduction et un original il y a tou- jours un abime, car le génie d'une langue lui est propre et ne saurait passer dans une autre.
Cet abîme s'élargit si, l'original étant en vers, la traduction n'est qu'en prose : car alors le langage perd le charme et l'attrait particuliers que lui donnent la mesure, la cadence et le nombre.
Enfin cet abîme devient immense si la traduction, négligeant même la construction ordinaire des phrases qu'elle emploie, s'attache avec intention à ne donner que le sens des mots et à ne reproduire que la pensée.
Ces réflexions m'ont conduit à essayer de traduire Mireille en vers français; non point que j'aie ignoré qu'une traduction de ce genre ne pouirait jamais être qu'une imitation plus ou moins parfaite; mais parce qu'il m'a semblé que pour ceux aux yeux desquels le poème original devait fatalement demeurer lettre close, il gagnerait toujours quelque chose à être reproduit dans un langage qui, sans avoir la couleur du sien, en conserverait au moins le mouvement, le rythme et l'harmonie. En d'autres termes, j'ai voulu offrir une estampe à ceux qui ne peuvent pas avoir le tableau.
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nu PRÉFAGK.
S'il m'était permis de recourir à une image pour mieux expliquer ma pensée Je dirais que, rencontrant Mireille dans les champs où elle est née et dans les- ^ quels il faut qu'elle vive sous peine de n'être plus elle; comprenant parfaitement Tidiome qu'elle parle et jaloux de la faire connaître à ceux qui ne le comprennent pas, j'ai pris cette gentille paysanne par la main, je l'ai revêtue du costume exigé pour paraître dans une société plus élevée, je l'ai exercée à balbutier de son mieux la seule langue qui y soit reçue, et sous ce nouvel appareil je la présente dans le monde.
Elle y réussira certainement, si ce déguisement ne lui donne pas un air trop emprunté, et si elle sait s'en servir pour laisser au moins deviner les ^ charmes divers qu'elle réunit en sa personne.
La quatrième édition que je publie aujourd'hui difTère des trois premières par un grand nombre de corrections dont j'ai pris l'initiative, ou qui m'ont été suggérées par les observations qu'on a bien voulu me faire.
Ces corrections tendent surtout à rapprocher de plus en plus la traduction du texte original sans cependant que j'aie jamais voulu renoncer à la mé- thode que je m'étais proposé de suivre, et devenir, en Tabandonnant, un traducteur absolument servile.
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PREFACE. IX
J'explique et je justifie ma résolution par un exeaipte.
> Â. la page i% à ravant*dernière strophe du pre- mier chant» Mistral a dit :
Li grihet, cantant dins li mouto,
Mai d'un cop fagueron escouto ; Souvent lou roussigndu, souvent Taucéu de niua
Dins lou bos fagueron calamo ;
E pertoucado au founs de Tamo,
Elo, assetado sus la ramo, Eu jusqu'à la primo aubo aurié pas plega Tiue.
J'ai traduit ainsi cette strophe :
Les grillons, dont l'herbe foisonne, ^ Ont cessé leur chant monotone ;
U rossignol s'est tu, sous les feuillages verts;
Elle, assise sur la ramée,
Sentait, dans son âme charmée.
Une iyresse inaccoutumée, El son front s'inclinait sous des pensers divers.
Il eût été bien facile de serrer le texte de plus près en modifiant ainsi les quatre derniers vers :
Elle, assise sur la ramée. Sentant, dans son âme charmée. Une ivresse inaccoutumée. Aurait jusqu'au matin tenu ses yeux ouveru.
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I PREFACE.
C*eât été presque textuel, et, cependant, à mon avis, c'eût été moins heureux. J'ai mieux aimé exprimer une autre pensée que celle du poète, alors que la sienne était déjà suffisamment rendue dans le reste dé la strophe, et alors surtout que celle que j'ajoutais était également dans la situa* (ion.
Eh bien ! ce que j'ai fait pour cette strophe, je l'ai fait pour quelques autres encore, toutes les fois qu'enfermé dans mon cercle de Popilius, et com- damné par mon programme à traduire Mireille sans une strophe, sans un vers, sans une syllabe de plus qu'à l'original, j'ai été réduit à la nécessité d'opter entre les exigences du texte et celles de la rime ou du génie de notre langue.
Mais, que les amis rigoureux de la fidélité se rassurent! ces licences ne sont pas très-fréquentes; et sur les six mille vers qui forment le poème, il n'en est peut-être pas dix dans lesquels l'écart existe au même degré que dans celui que je viens de citer pour exemple.
En tout cas, je le déclare, parmi les divers sys- tèmes de traduction sur lesquels la critique s'est exercée, celui que j'ai adopté m'a paru et me parait encore préférable. J'iguore si en le suivant j'ai réussi à donner au moins une idée du poème et
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PREFACE. n
du poète, à ceux qui ne pouyaient pas le comprendre dans sa langue ; mais ce que je sais bien, c'est que [j je n'ai pas voulu refaire, en le rimant, le diction- naire dout il avait lui-même accompagné son œuvre.
Qu'il me soit permis de dire enfin que le soin que j'ai donné à ce travail ne m'a pas détourné du moindre de mes devoirs, et qu'il ne serait pas juste de me reprocher cette diversion inaocente à l'aus- térité de mes fonctions.
É. R
IGAUn.
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ACADÉMIE FRANÇAISE
SÉANCE PUBLIQCB ANNUELLE do jeudi 4 août 18tt
EXTRAIT
Du RAPPORT DE M. CAMILLE DOUCET, SECRÉTAIRE PER- PÉTUEL DE l'Académie française» sur les concours DE l'année 1881.
Après avoir annoncé que trois ouvrages que l'Académie a distingués et réservés ont été placés hors concours, par la rai- son, pour Tun dos concurents, M. Egger, qu'il est membre de rinstitut, et pour l'autre, M. le baron de Dumreicher, qu'il n'est pas français, M. Camille Doucet arrive à parler du livre de M. le premier président Rigaud en ces termes :
Écrit par un Français, celui-là, par un bon Fran- çais quiy au mérite d'être un magistrat éminent, joint celui d'avoir, en prose et en vers, une plume élégante et facile, un autre livre, qui n'est pas de Mistral, mais qui en a l'air, s'est présenté à nous bravement sous ce titre : Mireille, poème provençal de Frédéric Mistral, traduit en vers par E. Rigaud, premier président de la cour d'Aix.
Ce livre a du malheur avec nous ; nous en avons avec lui. •
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XIV
L'an dernier déjà, il frapait à la porte du concours Langlois et nous lui opposions tout d'abord cette fin de non recevoir : En fondant son prix de traduction, M. Langlois a voulu surtout répandre et vulgariser en France les chefs-d'œuvre anciens et étrangers. Mireille est un chef-d'œuvre, mais un chef-d'œuvre d'hier, fran- çais comme son auteur, qui vit encore, Dieu merci ! Vous ne pouvez donc concourir.
Mais alors, nous dit aujourd'hui le même ouvrage, an lieu d'une traduction ne v^ez en moi qu'une œuvre littéraire, un poème dont j'ai fait les vers et dont la forme est bien de moi, si le fond m'est venu d'un autre. Accueillez-moi à ce titre, non plus dans le concou i Langlois, mais dans le concours îfontyon, où les poète sont toujours les bienvenus.
Si excellente que fût la traduction de M. le premier président Rigaud, nous ne pouvions vraiment y voir une œuvre personnelle, et nous avons dû l'écarter encore, avec chagrin, mais avec respect, en rendant hommage au mérite des vers, au talent du poète et à la dignité du magistrat qu'on ne saurait trop louer de consacrer ses loisirs au culte des lettres, loin que nous lui reprochions, comme il le dit avec tant de bonne grâce dans sa pré- face, cette divenion innocente à Vauitérité de ses fonctions.
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MIREILLE
POÈME PRO.VENÇAL
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MIRÈIO
CANT PROUMIÉ
LOU MAS DI FALABREGO •
Etpoutieioan. — Invoucacioun au Grist, nascu dinsla pattriho. — Ua vièi panieraire, lièsle Ambrdsi, omë toun drôle, Vincèn, van de- manda la retirado au Mas di Falabrego. — Mirèio, fiho de Mèste Ramoun, loa mèstre d6u mas. ié fai la benvengudo. — Li ràfi après •oupa. fan canta Mèste Ambrdsi. — Lou vièi. àutrl-fes marin, canto an coumbat navau d6u Balle Sufren. — Mirèio quesliouno Vincèn. — Récit de Vincèn : la casso di cantarido, la pesco dis iruge, km miracle di Sànti Mario, la courso dis orne à Nimei. — Mirèio es ••pantado e soun amour pounchejo.
Gante uno chato de Prouvènço.
Dins lis amour de sa jouvènço, A travès de la Grau', vers la mar, dins li bla,
Umble escoulan dôu grand Oumèro,
léu la vole segui. Goume èro
Rèn qu'uno chato de la terro, £ii foro de la Grau se n'es gaire parla.
Emai soun front noun lusiguèsse
Que de jouinesso ; emai n'aguèsse Ni diadème d'or ni mantèu de Damas,
Vole qu'en glôri fugue aussado
Goume uno rèino, e caressado,
Pèr noeto lengo mespresado, Car cantao que pèr vautre, o pastre e gènt di mas!
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MIREILLE
CHANT PREMIER
LE MAS DBS MICOGOULES
Exposition.— InYocation au Christ, ne parmi les pâtres. — UnTieui Tannier, Maître Ambroise, et son fils Vincent, vont demander l'hos- pitalité au Mas des Micocoules. — Mireille, fille de Maître Ramon, le maître de la ferme, leur fait la bienvenue. — Les laboureurs, après le repas du soir, invitent Maître Ambroise k chanter. — Lo vieillard, autrefois marin, chante un combat naval du Bailli de SuAren. — Mireille questionne Vincent. — Récit de Vincent : l.i ehaste aux cantharides, la pêche des sangsues, le miracle des Saintes Maries, la course des hommes à Nîmes. — Ravissement de Mireille, naissance de son amour.
Je chante une enfant de Provence.
Dans les amours de sa jouvence*. Par la Cran, vers la mer, et dans les champs de blé,
Humble écolier du grand Homère,
Je la suivrai. Gomme sa mère
Ne la destina qu'à la terre. Plus loin que la Grau d'Arle il s'en est peu parle.
Bien qu'elle n'ait que sa jeunesse Pour briller; qu'elle ne connaisse Ni diadème d'or, ni manteau de Damas, Je veux qu'elle soit exhaussée Comme une reine, et caressée Par notre langue délaissée , Carmes chants sont pour vous, pâtres et gens des mon !
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4 MIRÈIO, CANT I.
Tu, Segnour Dieu de ma patrio.
Que nasquères dins la pastriho, Enfioco mi paraulo e douno-me d'alen!
Lou sabes : entre la verdure,
Au soulèu em' i bagnaduro,
Quand li figo se fan maduro» Vèn Tome aloubati desfrucha Taubre en plen.
Mai sus Taubre qu'eu espalanco,
Tu toujour quibes quauco branco Ounte Tome abrama noun posque aussa la man,
Belle ji telle proumierenco,
£ redoulènto e vierginenco,
Belle frucbo madalenenco Ounte l'aucèu de Ter se vèn leva la fam.
léu la vese, aquelo branqueto,
E sa frescour me fai lingueto ! léu vese, i ventoulet, boulega dins lou cèn
Sa rame e sa frucbo inmourtalo...
Bèu Dieu, Dieu ami, sus lis alo
De nosto lengo prouvençalo, Fai que posque avéra la branco dis aucèu !
De-long dôu Bose, entre li pibo
E li sauseto de la ribo, En un paure oustaloun pèr Taigo rousiga
Un panieraire demouravo,
Qu'emé soun drôle pièi passaTO
De mas en mas, e pedassavo li canestello route e li panié trauca.
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MIREILLE, CHANT I.
Toi, Seigneur, Dieu de ma patrie» Né dans une humble bergerie,
Inspire, inspire-moi de ton souffle puissant! Tu le sais : quand sous la verdure Au soleil, près d'une onde pure, La figue s'enfle et devient mûre.
L'homme arrive et ravit tout le fruit, en passant.
Mais sur cet arbre qu'il ébranche,
Toi, tu conserves quelque branche Que l'homme ne peut pas atteindre de sa main;
Belle tige fraîche, odorante.
Où, d'une sève fécondante,
Un fruit précoce s'alimente. Où vient l'oiseau de l'air pour apaiser sa faim.
Moi, je la vois et je l'envie
Cette branche pleine de vie! Je vois, au gré des vents, s'agiter ses rameaux.
Ses fruits, et sa feuille immortelle !
Dieu beau. Dieu bon, fais que, sur l'aile
De notre langue maternelle, Je puisse atteindre aussi la branche des oiseaux *
Au bord du Rhône, sur la rive Que ronge en vain son eau captive,
A travers des bouquets de saules et d'osiers, L'œil découvre un modeste gite Qu'avec son fils un homme habite, Tous les deux du premier mérite
Pour manier les joncs et tresser les paniers.
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C MIRÈIO, GANT I.
Un jour qu'èron ansin pèr orto,
Emé si long fais de redorto : — Paire, digue Yincèn, espinchas lou soulèu t
Vesès, eila sus Magalouno ^,
Coume lou nivo Tempielouno !
S'aquelo emparo s'amoulouno, Paire, avans qu'èstre au mas nous bagnareu belèu.
— Hôu ! lou vènt-larg * brando li fueic... Noun !... acô sara pas de plueio,
Respoundeguè lou vièi... Ah! s'acô 'ro lou Rau*, Es diferènt !... — Quant fan d'araire, Au Mas di Falabrego, paire ?
— Sièis, respoundè lou panieraire.
Ah ! 'c6 's un tenamen di plus fort de la Graut
Tè, veseg pas soun ôuliveto? Entre-mitan i'a quàuqui veto
De vigno e d'amelié... Mai lou bèu, recoupé, (E n'i'a pas dos dins la coustiero !) Lou bèu, es que i*a tant de tiero Coume a de jour l'annado entiero
E, tant coume de tiero, en chasco i*a de pèd !
— Mai, faguè Vincên, caspitello *! Dèu bèn falé d'ôulivarello
Pèr ôuliva tant d'aubre ! — Hôu ! tout acô se faî I Vèngue Toussant, e li Baussenco ', De vermeialo, d'amelenco. Te van clafi saco e bourrenco!...
Tout en cansounejant n'acamparien bon mai !
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MIREILLE, CHANT L 7
Un jour qu'ensemble et d'un pas ferme Ils s'en allaient de ferme en ferme :
- Mon père, dit Vincent, regardez le soleil I
Voyez là-bas sur Maguelonne Ce nuage qui Tenvironne ! 11 s'épaissit et tourbiiloime» Nous poui*nons nous mouiller avec un temps pareiL
— Non, mon fils, le vent vient du large, Et jamais la mer ne le charge.
Repondit le vieillard ; ah ! si c'était le Rau, Il faudrait dire le contraire !...
— Quel est le labour qu'on peut faire Au mas des Micocoules, père?
- C'est un des tènements les plus forts de la Crau.
Vois d'ici sa belle olivette !
Un peu de vigne la complète Et quelques amandiers en ceignent les contours;
Mais le beau, c'est que, de l'année,
Chaque rang marque une journée.
Et que chaque file alignée. Contient autant de pieds que l'année a de joursl
— Mais, dit Vincent, les oliveuses Sont-elles donc assez nombreuses
Four cueillir tant de fruits? —Oh! mieux que les moissons
Cette récolte est assurée,
Et les filles de la contrée, i
Dès que l'hiver fait sa rentrée, Ea cueilleraient bien plus en chantant leurs chansons
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8 MIRËIO, GANT I.
E Mèste Ambroi toujour parlavo..» E lou soulèu que trecoulavo
Di plus bèlli couleur tegnié li nivoulun; Ë li bouié, sus si coulado, Venien plan-plan à la soupado, Tenènt en Ter sis aguïado...
E la niue soumbrejavo alin dins la palun.
— An î déjà s'entrevèi dins Tiero Lou camelun de la paicro,
Digue mai Yincenet : sian au reoatadout...
— Aqui, ié vènon bèn li fedo ! Ah ! pèr l'estiéu, an la pinedo, Pèr dins Tivèr, la claparedo,
Recoumencè lou vièi... Hàu! aqui i'a de tout!
Ë tôuti aquéli grands aubrage
Que sus li téule fan oumbrage ! •
E 'quelo bello font que raio en un pesquiét Ë tôuti aquéli brusc d'abiho Que chasco autouno desabiho, E, tre que Mai s'escarrabiho,
Pendoulon cent eissame i grand falabreguiél
— Ho î pièi, en toute la terrado, Paire, lou mai qu'à iéu m'agrado,
Aqui faguè Vincèn, es la cbato dôu mas... E, se TOUS n'en souvèn, moun paire, L'estiéu passa, nous faguè faire Dos canestello d'ôulivaire,
E mètre (mi maniho à soun pichot cabas.
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MIREILLE, CHANT I. 9
Et pendant tout ce beau partage,
Colorant de pourpre un' nuage, Le soleil sous les monts éteignait ses lueurs;
L'ombre tombait dans les vallées,
Et sur leurs bêtes accouplées,
Pique en Tair, le long des allées. Vers le repas du soir marchaient les laboureurs.
— Mais déjà j'entrevois sur Taire, La meule de paille ; allons ! père,
Reprit Vincent, allons! le logis n'est pas loin.
— Ob ! dit le vieux, quel beau domaine ' Heureux les troupeaux qu'on y mène ! Au bois, à rétable, à la plaine
Us ont tout à souhait, la provende et le soin.
Et tout ce verdoyant feuillage
Qui sur les tuiles fait ombrage. Cette source qui coule au milieu des viviers.
Et ces ruches pleines d'abeilles
Qui, travailleuses sans pareilles,
Suspendent en grappes vermeilles Cent essaims, chaque année, aux grands Micocoulier;»!
— Oh ! puis, là, de tout ce qu'on louo, Dit aloi's Vincent, je l'avoue.
Ce qui me plait le plus, c'est la fille du mas;
Et s'il vous en souvient, mon père.
Ce fut elle qui nous fit faire
Ueux corbeilles de ménagère, Et mettre une anse neuve à son petit cab^s.
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10 MIRÈIO, GANT I.
En devisant de talo sorto, Se capitèron vers la porto. I^a chalouno venié d'arriba si magnan; Ë sus lou lindau, à i'eigagno, Ânavo alor lorse uno escagno.
— Bon vèspre en toute la coumpagno ! Faguè lou panieraire en jitant si vergan.
— Mèste Ambrôsi, Dieu vous lou douneî Digue la chato ; mouscouloune
La pouncho de moun fus, vès!... Vautre? sias tardié!
D'ounte venès? de Valabrego *?
^ Just! e lou Mas di Falabrego
Se devinant sus nosto rego. Se fai tard, avèn di, coucharen au paie. —
£ 'mé soun fiéu, lou panieraire
S'anè 'seta su 'n barrulaire. Sènso mai de resoun, à trena tôuti dous
Uno banasto coumençado
Se groupèron uno passade,
E de sa garbo desnousado Crousavon e toursien li vege voulouatous.
Vincèn avié sege an pancaro ,
Mai tant dôu cors que de la caro, Certo, acô 'ro un bèu drôle, e di miéus estampa;
Emé li gauto proun moureto.
Se voulès... mai terro negreto
Adus toujour bono seisseto, E sort di rasin nègre un vin que fai trepa.
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MIREILLE, GIlÂNT L 11
En devisant de cette sorte. Ils arrivent près de Ja porte. Mireille, aux vers à soie avait donné son soin, Et sur le seuil, tâche finie. Des cieux admirait rharraonie.
— Bonsoir, bonsoir la compagnie ! DitAmbroise en jetant ses osiers dans un coin.
— Dieu vous le donne, Maître Âmbroise, Répond la fillette courtoise,
allais mettre une thie au fuseau que voici ;
J'y renonce sans qu'il m'en coûte...
Mais vous voilà bien tard en route !
D*où venez-vous ? De loin sans doute ? —Oui, de loin, c'est pourquoi nous cherchons gile ici.—
A ces mots, sur un banc rustique.
Us Tont installer leur boutique ; Et, sans plus de façon, tous les deux à la fois,
Dénouant leur gerbe pressée,
Une corbeille commencée
En un clin d'oeil est agencée Avec cent brins d'osier qu'ils tordent sous leurs doigts.
Vincent n'avait pas seize ans d'âge.
Mais, tant de corps que de visage. C'était, certe, un beau gars et des plus vigoureux
Et d'une trempe peu commune;
Brun, si Ton veut, mais terre brune
Donne un blé riche, et par fortune ^ U raisin noir produit un vin plus généreux.
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Il MIRÊIO, CANT I,
De quête biais fau que lou vege
E se prépare e se gaubeje, Eu lou sabié de founs ; noun pas que sus lou un
Travaiejèsse d'ourdinàri :
Mai de banasto pèr ensàrri,
Tout ço qu'i mas es necessàri, E de rous terreirôu, e de bràvi coufin ;
De panié de cano fendudo, Qu'es tout d'eisino lèu vendudo,
E d'escoubo de mi... tout acè, 'mai bèn mai, Eu lou façounavo à grand dèstre, Bon e poulit, de man de mèstre... Mai, de Testoublo e déu campèslre.
Lis orne èron déjà revengu dôu travai.
Déjà deforo, à la fresquiero,
Mirèio, la gènto masiero, Sus la taulo de pèiro avié mes lou bajan ;
E dôu platas que treviravo,
Chasque ràfi déjà tiravo,
A plen cuié de bouis, li favo... E lou vièi e soun fiéu trenavon. — Bèn? vejan!
Venès pas soupa, Mèste Âmbrôsi?
Emé soun èr un pau renôsi Digue Mèste Bamoun, lou majourau déu mas.
An ! leissas donne la canestello !
Vesès pas naisse lis estello?...
Mirèio, porge uno escudello... Anl à la taulo! d'auti que devès èstre las.
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MIREILLE, CHANT L 13
Par quel art, avec quelle adresse
L'osier se prépare et se tresse, Lai le savait à fond ; non pas que sur le ûû
Il fit son travail ordinaire ;
Mais la corbeille élémentaire,
La manne, aux fermes nécessaire, Le panier, pour cueillir la figue ou le raisin.
Le balai, d'un débit facile,
Bref! tout engin, tout ustensile Fait d*osier, de milïet, de roseaux refendus,
Bon et joli comme il doit être,
U le faisait de main de maître...
Mais, de la jacbère champêtre. Déjà les journaliers au mas s'étaient rendus.
Déjà, sur la table de pierre,
Mireille, la gente fermière, Av.iil placé la fève avec le brin d'oignons;
Et de sa cuiller qu'il avance
Chaque valet, en abondance.
Puisait au plat de résistance... Ui vieillard et son fils tressaient toujours. ~ Voyons !
Viendrez-vous souper, Maître Arabroise?
Qu'au moins la faim vous apprivoise. Dit vivement Ramon, le souverain du mas;
Laissez donc là votre corbeille.
Voyez les étoiles... Mireille!
Apporte encore une bouteille.... Allons! allons! à table, à cette heure on e^ii lasl
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U MIRÊIO, CàNT 1.
— Anen! faguè lou panieraire.
E s'avancèron à-n-un caire De la taulo de pèiro, e coupèron de pan.
Mirèio, vilamen, braveto,
Emé rôli de Tôuliveto
lé garniguè 'n plat de faveto; Venguè pièi en courrènt i'adurre de si man.
Dins si quinge an èro Mirèio...
Coustiero bluio de Font-Vièio *, E vous, colo baussenco ^®, e vous, piano de Crau,
N'avès plus vist de tant poulido !
Lou gai soulèu Tavié 'spelido;
E nouveleto, afrescoulido, Sa caro, à flour de gauto, avié dous pichot trau.
E soun regard èro uno eigagno
Qu'esvalissié toute magagno... Dis estello mens dous èi lou rai, e meus pur;
ïé negrejavo de trenello
Que tout-de-long fasien d'anello;
E sa peitrino redounello Èro un pessègue double e panca bèn madur.
E fouligaudo, e belugueto,
E sôuvagello uno brigueto !... Ah ! dins un vèire d'aigo, entre vèire aquéu biaî,
Toute à la fes Taurias begudo !
Quand pièi chascun, à Tabitudo,
Aguè parla de sa batudo, (Cou nie au mas, coume au tèms de moun paire, ai! ai! ai!)
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MIREILLE, CHANT I. 15
Alors Ambroise se décide ;
Son fils le suit d*un pas timide ; Et, pendant qu'avec calme ils découpent leur pain,
Mireille, vilement, proprette,
Prend le plat de fèves, l'apprête
Avec l'huile de Tolivelte, Et, le sourire à TœU, le leur tend de la main.
Mireille avait ses quinze années..*
Bleus coteaux ! plaines fortunées (joi vites cette fleur sortir de son bouton.
Qu'il vous fut doux dé la connattre I
Le gai soleil l'avait fait naître;
La grâce anime tout son être, Uae fossette rit à son joli menton,
Son regard est une rosée,
Bavivant toute herbe brisée; Le rayon d'une étoile est moins doux et moins pur;
Sous ses cheveux noirs, se dessine
Un front serein, et sa poitrine
S*enfle assez pour qu'on y devine Deux pêches, fruit d'élite au moment d'être mûr;
Et puis folâtre, aimable, sage.
Peut être même un peu sauvage... On eût voulu la boire au fond d'un verre d'eau !...
Lorsque chacun, selon l'usage,
Eut parlé de son attelage.
Et du labour, et du pacage (Comme au temps de monpère,aux beaux jours de la Crau) :
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15 MTREIO, GANT I.
— Bèn ? Mèste Ambroi, aquesto bruno, Nous n'en cantarés pas quaucuno?
Diguèron : es eiçô lou repas que se dor?
— Chut! mi bons ami... Quau se trufo, Respoundè lou vièi, Dieu lou bufo
E fai vira coume baudufo?... Gantas vautre, jouvènt, que sias jouine emai fort!
— Mèste Ambroi, diguèron li râfi, Noun, noun, parlan pas pèr escàfi!
Mai vèsl lou vin de Grau val tout-aro escampa De voste got... D'autI touquen, paire!
— Ah I de moun tèms ère un cantaire, Alor faguè lou panieraire ;
Mai aro, que voulès ? li mirau soun creba ^U
— Si ! Mèste Ambroi, acô recrèio : Gantas un pau, digue Mirèio.
— Bello chatouno, Ambroi venguè dounc coume acô, Ma voues noun a plus que Taresto ; Mai pèr te plaire es déjà presto. E tout-d'un-tèms coumencè 'questo.
Après agué de vin escoula soun plen got :
Lou Baile Sufren, que sus mar coumando, Au port de Touloun a douna signau... Partèn de Touloun cina cent Prouvencau.
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MIREILLE, CHANT 1. 17
— Eh bien ! Maître Ambroise, à la bruiie, N'en clianlerez-vous pas quelqu'une?
Dit l'un d'eux ; sans cela tout à l'heure on s'endort.
— Chut ! dit Ambroise, l'ironie Doit tôt ou tard être punie,
Et Dieu le prouve à qui le nie.... Chante, toi, jouvenceau, toi plus jeune et plus fort!
— Non, ce n'est point par moquerie. Dirent les valets, qu'on vous prie;
Voyez! Nos verres pleins veulent être levés!
Trinquons! et vous, chantez, grand père!
— Ah ! de mon temps, et pour vous plaire, Dit le vieux, j'aurais pu le taire,
Mais l'orgue ne va plus, les soufflets sont crevés!
— Oui, maître Ambroise, dit Mireille, Chantez un peu, cela réveille.
— Ha voix est un épi dont est tombé le grain. Dit le vieillard, mais votre instance Sera comme une eau de jouvence. Et sans plus tarder il commence,
Après avoir vidé son grand verre de vin
Le bailli Suffiren, qui sur mer commande, Au port de Toulon a fait ses signaux.... Nous nous embarquons cinq cents Provençaux
2
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18 MIRËIO, GâNT I.
D'ènsaca FAnglés Tenvejo èro grando : Youlèn plus tourna dins nèstis oustau Que noun de TAnglés veguen la desbrando.
Mai lou proumîé mes que navegavian, N'avèn visl degun, que dins lis anleno Li vôu de-gabian voulant pèr centeno...
Mai lou segound mes que vanegavian, Uno broufounié nous baie proun peno I E, la niue, lou jour, dur agoulamn.
III
Mai lou tresen mes, nous prenguè l'enràbi : Nous bouié lou sang de degun trouba Que noste canoun pousquèsse escouba.
Mai alor Sufren : Pichouu, à la gàbi! Nous fai ; e subran lou gabié courba Espincho eilalin vers la costo aràbi...
IV
0 tron*de-bon-goi ! cridè lou gabié, Très gros bastimen tout dre nous arribo ! — Alerte, pichoun ! li canoun en riboî
Cridè quatecant lou grand marinié. Que taslon d*abord li fîgo d'Anlibo ! N'i'en pourgiren, pièi, d'un autre panic.
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MIREILLE, CHANT I. 1»
De battre TAnglais Tenvie était grande ; Nous ne voulons plus rentrer dans nos eaux. Sans qu'il soit défait ou sans qu*i] se rende.
n
Mais le premier mois que nous naTiguions, Rien n'est aperçu, sinon aux antennes De noirs goélands Tolant par centaines...
Mais le second mois qu'en mer nous voguions, Le temps fut mauvais aux humides plaines, Nos fonds s'emplissaient et nous les vidions
III
Le troisième mois nous eûmes la rage ; Le sang nous bouillait de ne rien trouver. Que nos vieux canons pussent enlever.
Nais alors Sufiren : Enfants, du courage î Soudain, se courbant pour mieux observer, Le gabier épie au loin vers la plage...
IV
Mille noms d'un nom ! cria le gabier. Trois gros bâtiments sont là, tout en face ! — Alerte, petits ! les canons en place !
Cria sur-le-cbamp le grand marinier, Qu'ils talent d'abord des figues de Grassft, Puis ils en auront d'Un autre panier^
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^0 MiRËIO, CâMT I.
N*avîé panca di, se vèi qu'uno flamo : Quaranto boulet van coume d'uiau Trauca de TAnglés li veissèu reiau...
Un di bastimen, iè resté que Tamo! Long-tèms s'entèud plus que li canouD rau, Lou bos que cracino e la mar que bramo.
Vi
Di nemi pamens un pas tout-au-mai Nous tèn sépara : que bonuri que chalel Lou Balle Sufren, intrépide e pale,
E que sus lou pont brandavo jamai :
-« Pichotl crido enûn, que voste fiô calel
E vougnen-lèi dur 'mé d'ôli de-z-Ai !
VII
N*avié panca di, mai tout Tequipage Lampo is alabardo, i visplo, i destran, E, grapin en man, Tardit Prouvençau,
D*an soulet alen, crido : A l'arrambage! Sus lou bord angles saulan dins qu*un saut» E counienço alor lou grand mourtalage !
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MIREILLE, CHANT 1. t\
A peine a-t-il dit, tout n'est qu'une flamme ; Prompt comme l'éclair, un gros de boulets Bat la flotte anglaise à coups redoublés ;
L'un des bâtiments n'a bientôt que l'âme; Et longtemps encor, dans les airs troublés, Tonne le canon et gronde la lame I
VI
Un pas tout au plus de chaque vaisseau Nous tient séparés : ô douce allégresse ! Le bailli Suflren que le péril presse,
Debout sur le pont. Dieu! qu'il était beau I — Mes enfants, dit-il, que votre feu cesse i Avec l'huile d'Aix, frottons-leur la peau!
VII
À peine a-t-il dit, que tout l'équipage S'élance à la vouge, au croc, au grappin, Et le Provençal, la hache à la main,
D'une seule voix crie : à l'abordage ! Sur le bord anglais nous sommes enfln, Et commence alors un affreux carnage!
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22 MIRËIO, CANT I
▼ III
Oh! quéntibacèu! oh! que chapladis! Que crèbis que fau Taubre que s'esclapo Souto li maria lou pont que s'aclapo!
Mai que d'un Angles cabusso e péris; Mai d'un Prouvençau à TAnglés s'arrapo, L'estren dins sis arpo, e s'aproufoundis.
— Sèmblo, parai? qu'es pas de crèire ! A qui se coupé lou bon rèire.
Es pameus arriba tau que dins la cansoun...
Certo, poudèn parla sens crento.
léu i'ère que teniéu Tempento!...
Ha! ha! tambèn, dins ma mémento. Quand visquèsse milo an, milo ail sara rejounf
— Hoi!... sias esta d'aquéu grand chaple? Mai, coume un dai souto Tencbaple,
Deguéron, très contre un, tous escrapouchinal
— Quau? lis Angles? fai en coulèro Lou vièi marin que s'engimerro... Tourna-mai, risoulet coume èro,
Repreuguô fieramen soun cant entamena :
IX
Li pèd dins lou sang, duré 'quelo guerro Desempièi dos ouro enjusqu'à la niue. Verai, quand la poudro embourgnè plus l'iae,
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MIREILLE, CHANT L t3
VIII
Dieu! <iael branle-bas! quel massaere on fit!
ÀTec quel fracas le mât se disloque !
Sous le tremblement le pont tombe en loque.
Plus d'un fier Anglais cbancelle et périt, Plus d'un Provençal le cogne et le choque, L'étreint dans ses bras, roule et s'engloutit.
— Ce récit paraît peu croyable, Dit le vieillard imperturbable;
Et pourtant la chanson dépeint tout, trait pour trait ,
Ce qu'elle dit, c'est de l'histoire;
J'étais de quart, on peut m'en croire,
Et ce jour-)à, dans ma mémoire, Si je vivais mille ans, mille ans il resterait.
— Quoi !... vous étiez de la bataille! Jour de Dieu ! Mais, sous leur mitraille,
Ds ont dû vous broyer; trois contre un, ils l'ont pu !
— Qui? les Anglais!... On les fit taire, Dit le vieui marin en colère...
Puis d'une voix Sonore et claire Il reprit fièrement son chant interrompu;
IX
Les pieds dans le sang dura cette guerre Depuis midi plein jusque vers le soir ; Après la fumée, alors qu'on put voir.
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24 MIRÈIO, GANT 1.
Mai^caYO cent onie à nosto galèro; Mai très bastimen passèron pèr iue. Très bèu bastimen dôu rèi d'Anglo-Terro
Pièi quand s'envenian au pafs tant dous» Emé cent boulet dins nôsti murado, Emé Ycrgo en tros, vélo espeiandrado,
Tout en galejant, lou Baile amistous :
— Boutas, nous digue, boutas, cambarado! Au rèi de Paris parlarai de vous.
XI
— 0 noste amirau, ta paraulo es franco, Tavèn respoundu, lou rèi t'ausira... Mai, pàuri marin, de-que nous fara?
Avèn tout quita, Toustau, la calanco, Pèr courre à sa guerro e pèr Tapara, E yeses pamens que lou pan nous manco!
XII
Mai se vas amount, ensouvène-te, Quand se clinaran sus toun bèu passage, Que res t'amo autant que toun équipage.
Car, 0 bon Sufren, s'avian lou poudé, Davans que tourna dins nôsti vilage. Te pourtarian rèi sus lou bout dôu det!
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l
MIREILLE, CHANT I.
Cent hommes manquaient à notre galère ; Nais trois bâtiments allaient bientôt choir, Trois beaux bâtiments du roi d'Angleterre !
Pais, quand nous YOguions yers Je doux pays, Avec cent boulets dans notre bordage, Vergues en tronçons, sans mâts ni cordage,
U Bailli prenant son plus doux souris : — Amis, nous dit-il, allez je m'engage k parler de vous au Roi de Paris.
XI
^ 0 notre amiral, ta parole est franche,
Répondhnes-nous, le Roi Tentendra...
Mais dis-nous quel bien nous en reviendra ?
Nos enfants chéris, notre maison blanche,
Pour feire sa guerre, on s'en sépara,
£t nous n'avons pas de pain sur la planche I
XII
Mais dans tous les cas, Bailli, souviens-toi Qae, des courtisans qu'aura ton passage, Nul ne f aima plus que ton équipage.
Car, si nous pouvions refaire la loi. Avant de rentrer dans notre village. Nos bras mutilés te porteraient Roi.
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20 MIREIO, CANT L
XIII
Es un Martegau*2 qu*à la vesperado A fa la cansoun en calant si tis... Lou Baile Sufren parte pèr Paris;
E dien que li gros d'aquelo encountradu Fuguèron jalons de sa renoumado, Esi vièi marin jamais l'an plus vist!
A tèms lou vièi dis amarino
Acabè sa cansoun marino, Que sa Toues dins li plour anavo s'ennega;
Mai pèr li ràfi noun pas certo,
Car sens muta, la tèsto alerto,
E 'mé li bouco entre-duberto, Long-tèms après lou cant escoutavon enca.
— E vaqui, quand Marto fielavo^^
Li cansoun, dis, que se cantavo! Ëronbello, o jouvènt, e tiravon de long...
L'èr s'es fa'n pau vièi, mai que provo?
Aro n'en canton de plus novo.
En franchimand, ounte s'atrovo De mot forço plus fin... mai quau i'entèndquicont •
E dôu vièi su 'quelo paraulo,
Li boulé, s'aussant de la taulo, Êron ana mena si sièis couble au raiôa
De la bello aigo couladisso;
Ë sont la Iriho penjadisso,
En zounzounant la cantadisso Dôu vièi Valabregan, abéuravon li miôu.
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MIREILLE, CHANT L t7
XIII
C'est an Martégal, d'heureuse mémoire^ Qui fit la chansan qu'il chantait le soir.. Le Bailli partit, sans trop s'émouvoir,
Et les grands d'alors, oyant son histoire. Furent tous, dit-on; jaloux de sa gloire Et nul d'entre nous n'a pu le revoir !
Ainsi finit le cliant nautique,
A point, pour le marin antique, Car sa voix dans les pleurs n'a presque plus d'essor ;
Mais trop tôt pour les autres, certes.
Car muets, attentifs, alertes.
Leurs grandes lèvres entr'ouvertes, Ungtemps après le chant ils écoutaient encor.
~ Voilà, dît-il, dans mon jeune âge,
Les chants qu'on chantait au village î fis célébraient l'amour, la gloire, les combats...
Si l'air en a vieilli, qu'importe?
Je sais que la mode comporte
D'en composer d'une autre sorte. Avec des mots plus fins. . . mais qu'on ne comprend pas —
A ces mots, se levant de table.
Vers le grenier ou vers Tétable, Paires et laboureurs, tous s'en étaient allés;
Et dans une belle eau courante.
Non loin de la treille pendante.
Fredonnant la chanson récente Les garçons de la ferme abreuvaient leurs mulets.
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28 MIRËIO, GANT I.
Mai Mirèio, touto souleto,
Ëro restado, risouleto, Hestado emé Vincèn, lou ûéu de Mèste Ambroi;
E tôuti dous ensèn parlavon^
E si dos tèsto pendoulavon
Uno vers Tautro, que semblavon Dos cabridello ^* en flour que clino un vent galoL
— Ab! ço, Vincèn, fasié Mirèio, Quand sus Tesquino as ta bourrèio
E que t'envas pèr orto adoubant li panié. N'en dèves vèire, dins ti viage, De castelas, de liô sôuvage, D'endré, de yot, de roumavage!...
Naulre, sourtèn jamai de noste pijounici
— Acô 's bèn di, Madamisello t De Tenterigo di grounsello
Tant vous levas la set que de béure au boucau ; E se, pèr acampa Tôubrage, Dôu tèms fau eissuga l'outrage, Tambèn a soun plesi, lou viage,
E Toumbro dôu camin fai ôublida la caud.
Goume tout-aro, tre qu'estîvo,
Tant lèu que lis aubre d*ôulivo Se saran toul-de-long enrasina de flour,
Dins li plantado emblanquesido
E sus li frais, à la sentido,
Anan cassa la cantarido, Quand vcrdejo e lusis au gros de la calour.
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MIREILLE, CHANT I. «
Mais la jeune fille enchantée
Près de Vincent était restée ; Et tout en se parlant, ils se buvaient des yeux;
Et leurs deux têtes rapprochées
l/une vers Faulre étaient penchées:
Tels, sur leurs tiges détachées, Deux lys vont l'un vers l'autre au gré d'un vent joyeux.
Ah çà ! disait la jeune fille. Quand, chargé de ta pacotille,
Tu vas, par ci par là, vendre quelque panier, En dois-tu voir, dans tes voyages. De vieux châteaux, des lieux sauvages, Des trains, des fêtes, des villages!...
Nous, nous ne sortons pas de notre pigeonnier!
— Ne me plaignez pas trop, Mireille I
Du jus de l'acide groseille La soif s'étanche autant que si l'on boit au pot ;
Et si, pour amasser l'ouvrage.
Du temps il faut subir l'outrage.
Gai tout de même est le voyage. Et i'ombre du chemin fait oublier le chaud.
Ainsi, dès qu'on peut quitter l'âtre.
Sitôt que l'olivier verdâtre Est devenu tout blanc sous ses grappes en fleur.
Côtoyant le verger splendide,
Sur le frêne, au flair qui nous guide,
Nous poursuivons la cantharide. Qui verdoie et qui luit au fort de la chaleur.
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30 MIRÈIO, GANT L
Pièi nous li crouinpon i boutigo...
Quouro cuiéD, dins li garrigo^^, Lou vermé rouge ; quouro, i clar, anan pesca
De tiro-sang... La bravo pescot
Pas besoun de fielat ni d*esco :
Fa que de batre l'aigo fresco, Uiruge à vôsti cambo arnbo s'empega.
Mai sias jamai estado i Santo^^?...
Es aqui, pauro! que se canto, Àqui que de pertout s'adus li malandrousf
lé passerian qu'èro la voto...
Gerlo, la glèiso èro pichoto,
Mai quénti crid! e quant d'esvoto! — 0 Santo, grandi Santo, agués pieta de nous!
Es l'an d'aquéu tant grand miracle...
Moun Dieu! moun Diéul quet espetaclcf l/n enfant èro au sôu, plourant, malautounet,
Poulit coume Sant Jan-Batisto;
E d'une voues pielouso e tristo :
— 0 Santo, rendès-me la visto, Fasié, vous adurrai moun agneloun banet. —
A soun entour li plour coulavon. Dôu tèms, li caisse davalavon*^,
Plan-plan, d'eilamoundaut, sds lou pople agrouva ; E pas-pulèu la tourtouiero Moulavo un pau, la glèiso entière, Coume un gros vent dins li broutiero,
Cridavo : Grandi Santo, oh! venès nous sauva.
y Google
MIREILLE, CHANT L 31
Nous la vendons au premier bouge...
Puis nous cueillons le kermès rouge, 0 nous allons pêcher au lac le plus prochaii^
La sangsue... 0 pèche charmante!
Là, pas de filet, pas d^attente.
Pourvu qu'on batte Teau dormante, La sangsue à vos pieds vient se coller soudain.
Mais êtes-vôus allée aux Saintes?
C'est là qu'on chante des complaintes, Et qu'un tas d'écloppés se donnent rendez- vous!
Un jour de douce souvenance.
J'y passai; quelle foule immense!
Quels élans! quelle confiance! 0 Saintes ! criait-on, ayez pitié de nous !
C'était l'an de ce grand miracle...
Je crois toujours voir ce spectacle! Un enfant était là, gracieux, ingénu,
Mais aveugle dès sa naissance,
Et disant : — Saintes de Provence,
Ouvrez mes yeux ; en récompense iiî fiendrai vous offrir mon agnelet cornu. -
Les femmes pleuraient sur ses traces;
Entre-temps descendaient les châsses. Lentement, de là-haut, sur le peuple à genoux
Au moindre arrêt, l'Église entière,
L'œil fixé sur le sanctuaire,
Comme un grand vent dans la bruyère Criait : 0 Saintes Sœurs, ayez pitié de nous î
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33 MIRÈIO, CANT !.
Mai, dins li bras de sa meirino,
De si manoto mistoulino Tre que i'enfantounet pousquè touca lis os
Di très Mario benurouso,
S'arrapo i caisso miraclousOy
Emé l'arpiado vigourouso Déu negadis en quau la mar jito uno posti
Mai pas-puléu sa man aganto
Em' afecioun lis os di Saato, (Lou veguère !) subrao cridè l'enfantounet
Emé 'no fe meravihouso :
— Vese li caisso miraclouso !
Vese ma grand touto plourouso! Anen querre, lèu, lèu, moun agneloun baiiet 1
E vous tambèD,.Madamisello,
Dieu vous mantèngue urouso e bello!
Mai s'un chin, un lesert, un loup, o 'n serpatas, 0 touto autro bèsti courrènto, Vous fai senti sa dent pougnènto, Se lou malur vous despoutènto,
Gourrès, courrès i Santo ! aurés léu de soûlas. -
Ansin fusavo la vihado.
La carreto desatalado Emé si grandi rodo ourabrejavo pas liun;
Tèms-en-tèms dins li palunaio
S*entendié dinda 'no sounaio...
E la niachoto que panlaio Au caut di roussi gnou apoundié soun plagnun«
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MIREILLE, CHANT I. dli
Mais soutenu par sa marraine.
Qui guidait sa marche incertaine. Dès que l'enfantelet, ses petits bras en l'air.
Peut saisir la sainte relique,
Il s'y cramponne et se l'applique
Avec la vigueur frénétique D'un naufragé qui trouve une planche à la merl
Et pas plus tôt sa main joyeuse
Touche la châsse bienheureuse, Qu'à l'état naturel son œil est revenu.
— Oh ! dit-il, grâce inespérée I
Je vois la châsse vénérée f
Je vois mon aïeule éplorée 1 Gonrons vite chercher mon agnelet cornu!
Et vous aussi, Mademoiselle,
Que Dieu vous garde heureuse et belle I Mais ai jamais un loup, ou tout autre animal.
Vous mordait de sa dent cruelle ;
Si le sort, jaloux, infidèle,
Vous touchait jamais de son aile, Vite aux Saintes! c'est là qu'on guérit de tout mal! —
Ainsi, s'écoulait la veillée ;
Non loin de là, sous la feuillée. Le grand char projetait son ombre sur le sol ;
Le son aigu d'une clochette
Tintait dans la lande muette...
Et sur les ormes la chouette, Mêlait son cri plaintif au chant du rossignol.
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S4 MIRÊIO, CANT I.
— Mai, dins lis aubre e dins li lono D'abord qu'aniue la luno dono,
Voulès, dis, que vous conte une fes qu'en courrènt D*en-tant-lèu gagnave li joie? — La chatouneto digue : Solo ! E mai qu'urouso, la ninoio
En tenènt soun alen s'aprouchè de Vinçèn.
— Ère à Nimes, sus TEsplanado, Qu'aquéli course èron dounado,
A Nimes, o Mirèio!... Un pople amoulouna
E mai espés que peu de tèsto,
Èro aqui pèr vèire la fèsto.
En peu, descaus e sènsô vèsto, Proun courrèire au mitan déjà venien d'ana.
Tout-en-xm-cop van entre-vèire
Lagalanto, rèi di courrèire, Lagalanto, aquéu fort que soun noum de-segur
Es couneigu de Tosto auriho,
Âquéu célèbre de Marsiho,
Que de Prouvènço e d'Italie Avié desalena lis orne li plus dur...
T'avié de cambo, avié de cueisso
Goume lou Senescau Jan Cueisso >M De large plat d'estam avié'n plen estanié,
Mounte si course èron escricho ;
E tant n'avié, de cherpo richo,
Qu'aurias jura qu'à si traficho, Mirèio, l'arc-de-sedo espandi se teniél
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MIREILLE, CHANT L 85
— Pendant, dit le gars, que la lune Oscille et dort sur la lagune,
Voulez-vous qu'en passant je vous conte comment. Un jour de fête patronale, J'ai cru décrcreher la timbale?
— Oui, dit la jeune Provençale
Qui soudain se rapproche un peu plus de Vincent
— C'est à Nîmes, sur l'Esplanade, Vaste et superbe promenade,
Que ceci se passait... Un peuple aggloméré.
Et plus épais que poils de tête,
Se pressait là pour voir la fête ;
Et, dans la lice toute prête. Des agiles coureurs le groupe était entré.
Tout à coup parut Lagalante,
Roi des coureurs, sans qu'on le vante; Lagalante, ce fort dont le nom, à coup sûr,
A dû sonner à votre oreille;
Ce ûls célèbre de Marseille,
Dont tout le monde dit merveille. Tant il battit de fois le rival le plus dur...
Quelle taille! quelle membrure!
Tout est vigueur en sa nature ; De larges plats d'étain son mur est constellé ;
Chaque plat marque une victoire;
On voit tant d'écharpes de moire
A son plafond, qu'on pourrait croire Que Tarc-en-ciel y loge et s'y tient étalé.
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86 MIRÊIO, OANT I.
Mai tout-d'un-tèms, beissant la tèsto. Lis antre cargon mai si vèsto...
Res emé Lagalanto auso courre. Lou Cri» Un jouveinet de primo traco, (Mai qu'avié pas la cambo flaco !) Ëro yengu mena de vaco
A Nimes, aquéu jour : soûl, ausè TagarrL
lén que d'asard me i'atrouvère !
Eh ! noum-d'un-gàrri ! m'escridère, Sian courrèire peréu!... Mai qu'ai di, fouligau
Tout acô vèn : — D'aut ! te fau courre !
E jujas vèire : sus li moure,
E pèr temouin rèn que li roure, N'aviéu just courregu qu'après li perdigaut
Fauguè i*ana! Fa Lagalanto,
Qu'entre me yèire, ansin m'aplanto : •— Pos, moun paure pichot, liga ti courrejoun '1
E 'nterin, de si cueisso redo
Eu estremavo la mouledo
En de braieto facho en sedo, Que dès cascaTèu d'or à l'entour i'èron joun.
Pèr que l'alen se ié repause, Prenèn i bouco un brout de sause;
Tôuti, coume d'ami, nous toucan lèu la man. Trefouli de la petelego, '
Emé lou sang que nous boulego, Tôuti très, lou pèd sus la rego,
Esperan lou signau!... Es douna! Goome un lamp
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MIREILLE, CHANT L 87
En le voyant, la tête basse,
Tous les coureurs quittent la place...
Comment se mesurer avec un tel rival !
Seul, un berger, vaillant jeune homme. Le Cri, c'est ainsi qu'on le nomme. Flaire, se tftte, et trouve en somme
Qœ pour lui le combat n'est pas trop inégal.
Moi, témoin de tout ce manège.
Nom d'un bonhomme I m'écriai-je. Nous aussi nous courons!... Malheureux, qu'ai-je dit!
On encourage ma folie,
On m'excite dans mon envie,
Moi qui n'ai couru de ma vie. Qu'après quelques perdreaux échappés de leur nid!
Je me risque, arrive que plante.
— Tu cours, petit? dit Lagalante, Serre donc ta chaussure ; oh ! serre, serre encor ;
En même temps, sa main calleuse
Enfermait sa chair musculeuse
Dans une brayette soyeuse, A laquelle pendaient dix joyeux grelots d'or.
Pour que le souffle s'y repose, Nos dents pressent un brin de rose;
Tous, comme des amis, nous nous tendons la main; Tressaillant, respirant à peine. Le sang bouillant dans chaque veine, Nous voilà tous trois sur Tarène,
attendant le signal!... il est donné! Soudain
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88 MIRÊIO, GANT L
Tôuti très avalan la piano !
Té tu! té iéu! E dins Tandano Un revoulun de pôosso embarro nôsti saut!
E Ter nous porto, e k>u peu tubo...
Ohl qu'afecioun! oh! queto estubo!
Long-tèms, déu vanc que nous atubo, Creseguéron qu'en front empourtarian l'assaut!
Iéu à la fin prene l'avanço. Mai fugué bén ma maluranço!
Car, en estent que iéu, coume un fier fouletoun, A la perdudo m'abriyave, Tout-en-un-cop, meurent e blaye, Au béu moumen que 11 passave,
Darboune, court d'alen, e de mourre*bourdoun!
Mai éli dous, coume quand danson
Â-z-Ais li ChiYau*-frus», se lançon, Régla, toujour régla. Lou famous Marsibés
Gresié segur de l'avé belle!...
S'éi di qu'avié gen de ratello :
Lou Marsibés, Madamisello, Pamens trouTè soun orne en lou Cri de Mouriés^* !
Dintre lou pople que i'afloco,
Déjà brulavon de la toco^... Ma belle, aguessias vist landa lou Cri!... Vclou !
Ni pér li mount ni pér li servi.
Fa ges de lèbre, ges de cér?i
Qu'agon au courre tant de nérvi ! Lagalanto t'alon^o en ourlant coume un loup...
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MIREILLE. CHANT I.
Nous nous lançons dans la carrière
 Tenvi ; des flots de poussière Enveloppent nos pas; l'éclair n'est pas plus prompt!
Et le poil fume, et l'air nous porte ; .
C'est l'un, c'est l'autre qui l'emporte;
Telle est l'ardeur qui nous transporte, Qa'on s'attend à nous voir tous arriver de front!
Enfin, c'est moi qui prends l'avance ;
Mais ce fut là ma maie chance ! Car pendant que mes bonds ardents, désordonnés.
M'aident à dévorer l'espace,
Âa moment où je les dépasse.
Tout à coup, sur ma janâbe lasse. Je fléchis, court d'haleine, et vais donner du nez!
Eux, par contre, imitant la danse
Des Ghevaux-frux d'Aix en Provence, Gourent d'un pas réglé, bien réglé... qui l'eût dit?
Le Marseillais, chance cruelle
Alors qu'elle semblait si belle!
Le Marseillais, Mademoiselle, Cette fob se trouva dépassé par le Cri.
A travers la foule qu'ils fendent.
Et presque au but, leurs bras se tendent, Gomme pour le toucher... Ruisselant de partout,
Le Cri s'élance à tire d'aile ;
Ce n'est plus le daim qu'il rappelle
Ni le lièvre, c'est l'hirondelle ! Lagalante se rue en hurlant comme un loup...
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10 MIREIO, GAMTI.
E Ion Cri, courouna de gloio,
Embrasso la barro di joio ! Tôuti li Nimausen, en se precepitant,
Volon counèisse sa patrie ;
Lou plat d'estam au soulèu briho,
Li palet^ dinden, is auribo Gante Tauboi... Leu Cri reçaup lou plat d'estain.
— E Lagalanto? fè Mirèio.
— Âgroumeli, dins la tubèio
Que lou trapé d6u pople aubouravo à l'entour, Tenié sarra de si man jouncho Si dous geinoui ; e Tamo pouncho De rescomo que tant lou councbo,
1 degout de soun front eu mesclayo de plour.
Lou Cri Tabordo e lou salùdo :
— Soute l'autin d'une begudo, Fraire, digue lou Cri, *mé iéu vène-t'enlôu!
Vuei lou plesi, deman la reno ! Vène, que beguen lis estreno ! Âlin, darrié li grands Areno, Pèr tu, coume pèr iéu, vai, i'a 'nca proun soulôu I
Mai, aubourant sa caro blavo, E de sa car que trampelavo Arrancant si braieto emé d*esquerlo d'or .
— D'abord que iéu l'âge m'esbréuno, Té I ié respoundeguè, soun tiéuno ! Tu, Cri, la jouinesso t'assiéuno :
Em' ounour pos pourta li braio dôu plus fort.
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MIKEILLE, CHANT 1. 41.
Mais le Cri, couronné de gloire.
Touche le but... hurrah! victoire! On veut savoir son nom, on vient serrer sa main;
Le plat dans les airs se balance.
Les palets tintent en cadence.
Le tambour bat... Le Cri s'avance Et triomphalement reçoit le plat d'étain.
— Et Lagalante? dit Btireille ;
— Le pauvre vaincu de Marseille, \ccroupi, désolé, dévorant son aifronti
11 était là, dans la poussière. Ne supportant plus la lumière, Et, plus qu'à son heure dernière, U mêlait à ses pleurs les gouttes de son front»
Le Cri l'aborde et le salue ;
— Au cabaret de l'Avenue,
Vioks, dit-il, oublier les caprices du sort !
Aux plaisirs succèdent les peines.
Viens, allons boire les étrennes !
Là-bas, derrière les Arènes, Pour toi, comme pour moi, le soleil luit encor! —
Mais, l'œil éteint, la face blême. Toujours plus honteux de lui-même, U lire la brayette aux joyeux grelots d'or :
— Puisque la force m'abandonne, Tiens, lui dit-il, je te la donne I En toi la jeunesse rayonne.
Tu peux, tu peux porter les grelots du plus fort.
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i% MIRËIO, GANT I.
Acô-d'aqui fugué sa dicho.
£ dins la prèisso que s'esquicho, Triste coume un long frais que Fan deseapela
Despareiguè lou grand courrèire.
Ni pèr Sant-Jan ni pèr Sant-Pèire,
En-liô jamai s'es plus fa vèire Pèr courre yo sauta sus Touire boudenfla. -^
Dayans lou Mas di Falabrego,
Ânsio Vincèn fasié desplego Di cause que sabié. Li rouito ié yenien,
E soun iue nègre flamejayo.
Ço que disié, lou brassejayo,
£ la paraulo i'aboundayo Coume un ruscie subit su 'n reyiéure maien.
Li grihet, cantant dins li mouto, . Mai d'un cop fagdëron escouto ; Souvent li roussignôu, souyènt l'aucèu de niue
Dins lou bos faguèron calamo ;
£ pertoucado au founs de Tamô,
Elo» assetado sus la ramo, Enjusqu'à la primo aubo aurié pas plega i^iae.
— léu m'es d'avis, fasi' à sa maire, Que, pèr l'enfant d*un panieraire.
Parle rudamen bèn!... 0 maire, es un plesi De soumiha, Tivèr ; mai aro Pèr soumiha la niue 's trop claro : Escouten, escouten-rencaro...
Passariéu mi yihado e ma yido à Tausi t
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MIREILLE, CHANT I. 43
A ces mots, dans la foule émue,
Il se dérobe et s'insinue. Plus triste qu'un yieux pin quand la foudre le fend ;
Et depuis lors, aucune fête
Ne Ta plus vu, vaillant athlète,
Le regard fier et haut là tète, Hi courir, ni sauter sur le bouc plein de vent. —
Devant le mas, sous le feuillage.
Ainsi Vincent fait l'étalage De tout son gai savoir; son regard animé.
Son geste, sa pose éloquente
Secondent sa parole ardente.
Qui tombe rapide, abondante. Comme un orage dru sur un regain de Mai.
Les grillons, dont Therbe foisonne.
Ont cessé leur chant monotone ; Le rossignol s'est tu, sous les feuillages verts ;
Elle, assise sur la. ramée.
Sentait, dans son âme charmée.
Une ivresse inaccoutumée. Et aoB front s'inclinait sous des pensers divers!
— Un fils de vannier, dit Mireille,
Parler ainsi ! Quelle merveille!... Linver, je le comprends, il est doux de dormir !
Mais l'été, quand Ysàt qui se dore
Joint le crépuscule à l'aurore.
Écoutons, écoutons encore.... le passerais mes jours et mes nuits à l'ouïr !
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NOTES DU CHANT PREMIER
* Quoique le mot jouvence, encore vsité dans la langue provençale) le soit peu dans la langue française, il nous a semblé qu'il trouverait ici sa grâce, en faveur de la fidélité de la traduction.
1 . Lou Mas di Falabrego (le Mas des Micocoules). Le mot fiutt^ maison rustique, ferme, métairie, est usité surtout dans Tar- rondissement d'Arles et en Languedoc. Dans la Provence orientale, on emploie de préférence le mot bastido, et dans le Gomtat celui de granjo.
Chaque Mas porte un nom distinctif et caractéristique : ainsi lou Mas de la Font, lou Mas de VOste, lou Mas Cremat lou Mas di Falabrego,
La falabrego est le fruit du micocoulier, en provençal /alo- breguié {Cdtis austraUs de Linné), grand arbre commun en Provence. Les mots mas et falabrego sont tous deux d'origine celtique. On prétend môme que Marseille, Massàlia, vient de mas Sàlyum, habitation des Salyens.
2. A iravès de la Crau (à travers la Grau). La Grau (du grec xpaOpoç, aride), vaste plaine aride et caillouteuse, bordée au nord par la chaîne des Alpines, au sud par la mer, au levant par les étangs du Martigue, au couchant par le Rhône. C'est TArabie Pétrée de la France. Elle est traversée par le canal de Graponne, qui la parsème d'oasis. (Voyez le chant VIII.)
3. Magalouno (Maguelonne), sur le littoral du département de l'Hérault. De cette cité, ancienne colonie grecque, il ne reste aujourd'hui qu'une église en ruine. M. Moquin-Tandon, membre de Tinstitut et poète languedocien, a composé, sous le nom de Carya magalonensis, une spirituelle chronique en langue romane sur les principaux événements dont cette ville (ùt le théâtre pendant les premières années du quatorzième siècle.
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NOTES DU CHANT I. 45
4. Vèni'larg (vent largue), qui souffle du large, brise de Ber
5. Lou Rau (le Rau), vent d'ouest qui amène quelquefois la pluie.
6. Câspi ou caspitello, interjection qui marque la surprise, pouvant se rendre par dame! iudieu!
7. LiBaussenco (les filles des Baux). Li Baui (les Baux) Tille ruinée, ancienne capitale de la maison princière des Baux. I A trois lieues d'Arles, au sommet rocailleux d'un versant des Alpines, sont épars les débris d'une ville qui, par le gran- diose du site, par l'ancienneté de sa fondation et l'importance do rôle qu'elle a joué dans les annales du pays, attire les pas da voyageur, exalte l'imagination de l'artiste, offre à la curio- nié des archéologues une abondante pâture, irrite et confond Murent leur docte sagacité. » (Jules Ganonge, Histoire de la «iUe det Baux en Provence.)
Gomme le nom de cette poétique localité reparaît plusieurs fois dans le poème, nous croyons que le lecteur lira avec plai- sir la description suivante, empruntée au môme auteur.
• ...KnÔn s'ouvrit une étroite vallée: je m'ii^clinai devant vue croix de pierre dont les débris sanctifient la route, et <IQand mon regard se releva, il s'arrêta étonné sur un ensem- Ue de tours et de murailles perchées à la cime d'un roc, tel <|ae je n'en avais jamais vu, excepté sur les œuvres où le génie de la peinture s'est inspiré des plut fabuleuses imaginations de l'Arioste. Mais si mon étonnement fut grand à ce premier >ipeet, il redoubla lorsque j'eus gravi une éminence d'où la Tille entière se déploya devant moi : c'était un tableau de irandeur désolée comme ceux que nous fait rêver la lecture des prophètes; c'était, ce dont je ne soupçonnais pas l'exit- ^ee, c'était une ville presque monolithe. Ceux qui les pre- 'uers eurent la pensée d'habiter ce rocher taillèrent leur abri d«nt ses flancs; ce nouveau système d'architecture fut jugé iKm par leurs successeurs, car la masse était vaste et com- pacte : une ville en sortit bientôt comme une statue du bloc d*où l'art la fait jaillir : une ville imposante, avec ses fortift- cttioQs, tes chapelles et ne» hospices, une viUe où l'homme
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46 NOTES DU CHANT 1.
femhlait avoir éternisé sa demeure. L'empire de cette cité s'étendit au loin; de brillants faits d*armes lui conquirent une noble place dans Thistoire, mais elle n*en fut pas plus durable que tant d'autres moins solidement construites . > L'action du poème commence au pied de ces ruines.
8. Valàbrego (Valabrègue), village situé sur la rive gauche du Rhône, entre Avignon et Tarascon.
9. ForU'Vièio (Font-Vieille), village situé dans une vallée des Alpines, aux environs d'Arles.
iO. Colo Baussenco (collines des Baux). (Voyez la note 7.)
11. £t mirau soun creba (les miroirs sont crevés). En pro- vençal on appelle mirau, miroirs, deux petites membranes luisantes et sonores que les cigales ont sous l'abdomen, et qui, par leur frottement, produisent le bruit connu sous le nom de chant. On dit proverbialement d'une personne dont la voix est brisée par l'âge : a li mirau creha, elle a les miroirs crevés.
12. Martegau (Martégal), habitant du Martigue, en proven- çal lou MarteguCf curieuse ville de Provence, presque entiè* rement peuplée de pécheurs, bâtie sur des Ilots, au milieu de la mer et de nombreux étangs, sillonnée de canaux en guise de rues, ce qui lui a valu le surnom de Venise provençale. Elle a donné le jour à Gérard Tenque, fondateur des Hospitalier! de Saint-Jean de Jérusalem.
13. QiuLnd Mario fielavo (quand Marthe filait), expressioii proverbiale qui signifie ; Dans un temps plus heureux, dans le bon vieux temps, par allusion peut-être à Marthe, l'hôtesse du Christ, qui, après avoir, selon la légende, délivré Tarascon du monstre qui ravageait son territoire, termina ses jours dans cette contrée, habitant une maisonnette aux bords du Rhône, et filant modestement sa quenouille au milieu de ses néophytes.
14. Cahridello (cabridelle, aster tripolium. Lin.), plante commune dans les marécages du Midi.
15. Garrigo (garrigue), lande où il ne croit que des chénei- nains, agarrus.
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NOTES DU CHANT L 47
16. Sias januù estado i Santo (n'avez-yous jamais été aux Saintes?). Les Saintes-Maries-de-la-Mer, en provençal Li Santo, petite Tille de 543 habitants, située dans Tlle de Camargue, an bord de la mer, entre les embouchures du Rhdne. Une vénérable et poétique tradition y attire, le 25 mai de chaque année, de tous les points de la Provence et du Bas-Languedoc, une afiluence innombrable de pèlerins.
La légende rapporte qu'après la mort du Christ les Juifs contraignirent quelques-uns de ses plus fervents disciples à monter sur un navire désemparé, et les livrèrent à la merci des flots. Voici comment un vieux cantique français décrit eette scène :
LES JUIFS
Entrez, Sara, dans la nacelle, ^
Lazare, Marthe et Ifaximin, Glëon, Trophime, Saturnin, Les trois Maries et Marcelle, Buirope et Martial, Sidoine avec Joseph {A'Ârimatkie), Vous périrez dans cette nef.
Allez sans voile et sans cordage, Sans mât, sans ancre, sans timon, Sans aliments, sans aviron. Allez Cure un triste naufrage ! Retirez-vous d'ici, laissez-nous en repos, Allez crever pariùi les flots.
Conduite par la Providence, la barque vint aborder en Pro- tence, à l'extrémité de File de Camargue. Les pauvres bannis, ■Braculeusement échappés aux périls de la mer, se disper- lèrent dans la Gaule méridionale et en furent les premiers ^lôtres.
Marie-Magdelehie, l'une des trois Maries, se retira dans le désert de la Sainte-Baume, pour y pleurer ses péchés. Les deux autres, Marie-Jacobé, mère de saint Jacques le Mineur, etMarie-Salomé, mère de saint Jacques le Majeur et de saint lean l'Évangéliste, accompagnées de leur servante Sara, après avoir converti à la foi nouvelle quelques-unes des peuplades foisines, revinrent mourir au lieu de leur débarquement (T<^i le chant XU
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48 NOTES DU GHAMT I.
M. B. Laurens, qui a raconté et dessiné, dans le journal rillustration (t. XX, p. 7), le pèlerinage des Saintes Maries, ajoute : • On dit qu'un prince dont le nom n*est pas désigné,' sachant que les corps des Saintes .Maries reposaient en cet endroit, y fit bâtir une église en forme de citadelle, pour la mettre à couvert de Tinvasion des pirates. Il fit bâtir égale* ment à Tentour de l'église des maisons et des remparts pour mettre les habitants du pays en sûreté. Les constructions que Ton voit encore aujourd'hui répondent parfaitement à cette dernière tradition.
» En 1448, après avoir entendu un sermon sur le bonheur qu'avait la Provence de posséder les dépouilles des Saintes Maries, le roi René alla visiter l'église bâtie en leur honneur, fit faire des fouilles pour trouver les saints ossements, et le succès de son entreprise fut constaté par l'odeur merveilleuse qui s'exhala au moment où chaque corps fut mis à découvert. Il est inutile de dire tous les honneurs qu'on rendit à ces reliques et tout le soin qu'on en prit. >
i7. Li caisso davàlavon (les châsses descendaient) .
t Le chœur de l'église présente cette particularité d'être formé de trois étages : une crypte, qui est désignée comme étant la place même de l'antique oratoire des Saintes, un sanctuaire exhaussé plus qu'à l'ordinaire, et une chapelle supérieure où sont exposées les châsses des reliques... Ce- pendant d'innombrables cierges tenus par les assistants s'allu- ment, et le cabestan dont la chaîne retenait la châsse des reliques se déroulant, cette châsse descend lentement de la chapelle supérieure dans le chœur. C'est le moment favorable aux miracles. Aussi un concours immense de supplications s'élève de tous côtés : Saintes Maries, guérisse* mon enfant! tel est le cri pénétrant qui vient arracher des larmes au cœur le plus froid. Tout le monde attend, en chantant des can- tiques, le moment où il pourra faire asseoir sur la châsse un pauvre aveugle ou un épileptique, et quand il y est parvenu, tout le monde se croit exaucé. » (B. Laurens.)
18. Jan Cueisso (Jean de Cessa), seigneur napolitain, qui avait suivi le roi René, grand sénéchal de Provence, mort m
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NOTES DU CHANT I. 19
1476. Jan Cueisso est très populaire à Tarascon, où le peuple loi attribue la construction du clocher de Sainte-Marthe. Il est enterré dans la crypte de celte église^ et sa statue couchée surmonte son tombeau.
19. Pos, moun paure pichot, liga ti courrejoun (tu peux» mon pauvre petit, lier les courroies de les souliers), c'est* à-dire te préparer à une course rapide : express. proT.
20. lÀ chivau-frus (les cheyaux frux), chevaux de carton peint, en usage dans les réjouissances publiques de la Pro- vence, et particulièrement à Aix, lors de la Fête-Dieu. — Les cavaliers les ajustent à leur ceinture, et parcourent les rues en dansant au son du tambourin.
21. Mouriés (Mouriés), village au midi des Alpines.
22. Brvlavon de la toco (ils MilâietU du but), pour dire : ils touchaient presque le but.
23. Li palet ou cimhaleto (les palets) sont des disques d'acier qu'on frappe l'un contre l'autre comme les cymbales.
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CANT SEGOUND
LA CULIDO
UirMo cueie de fueio d'amourië pèr si magnan. •— D'asard, Vincèn lou panieraii'e passo au carreiroun vesin. — La chato lou sono. — Lou drôle coar, e pèr i'ajoda, moanto e m'elo sus Faubre. — Charradisso di dous enfant. — Vincèn fai la coumparesonn de sa sorre Vinceneto emë Mirèio. — Lou nis de pimparrin. — I^ branco routo. — Mirèio emë Vincèn toumbon de Taubre. — ^ L'amouroso chatouno se declaro. — Lou drôle apassiouna dei- boundo. — La Cabro d*or, la figuiero de Vau-OIuso. — Mirèio es sounado pèr sa maire. — Escaufèstre e separacioun di cali* gnaire.
Gantas, cantas, magnanarello S Que la culido es cantarello !
Galant soun li magnan e s'endormon di tres^; Lis amourié soun plen de fiho Que lou bèu tèms escarrabiho, Goume un vôu de blôundis abiho
Que raubon sa melico i roumanin dôu grès*
En desfiiiant vôsti verguello»
Gantas, cantas, magnanarello! Mirèio es à la fueio, un bèu matin de Mai.
Âquéu matin, pèr pendeloto,
A sis auriho, la faroto I
Âvié penja dos agrioto
Vincèn, aquéu matin, passé 'qui tourna-mai.
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CHANT DEUXIÈME
LA CUEILLETTE
linilto easille des fenillat de mûrier poor tes ren I foie. — Pw hasard, Vincent, le laceommodeur de eorbeilles, passe an sentier veisin. ~ La jenne fille l'appelle. — Le gars accourt, et, pour l'aider, monte evee elle snr l'arbre. — Causerie des deux enfSantf . » Vincent fiUt le parallèle de sa sosar Vincenette et de Mireille. — Le nid de pinsons bleus. — La branche rompue. —Mireille et Vincent tombent de l'arbre. -^ La jeune fille déclare son amour. — BHUante explosion du jeune homme.— La Chèvre d*or, le figuier de Vaucluse. — Mireille est rappelée par sa mère. — Émoi et séparation des deux amants.
Chantez, chantez, magnanarelles !
Les chants joyeux vont bien aux belles! Trois fois les vers à soie ont dormi leur sommeil ;
Dans les mûriers, fraîches, gentilles.
Se répandent lés jeunes filles.
Ainsi qu'on voit dans les charmilles Un Yol d'oiseaux s'ébattre au lever du soleil.
En cueillant les feuilles nouvelles, Chantez, chantez, magnanarelles I
Mireille est à la feuille un beau matin de mai. Coquettement, toutes pareilles, Au lieu de boucle à ses oreilles, Pendaient deux cerises vermeilles....
ViDcem faisait par là son tour accoutumé.
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52 MIRÈIO, CANT II.
A sa bdrreto escarlalino,
Coume an \i gènt di marlatino, Avié poulidamen uno plumo de gau,
E'n irapejant dins li draiolo
Fasié fugi li serp courriolo,
E di dindànti clapeirolo Emé soun bastounet bandissié li frcjau.
— 0 Vincèn, ié faguè Mirèio
D'entre-mitan li verdi lèio. Passes bèn vite, que ! — Vincenet tout-d'un-tèm
Se revirè vers la plantado,
E, sus un amourié quihado
Coume une gaio couquihado', Deslousquè la chatouno, e ié lande, count^Bt.
— Bèn? Mirèio, vèn bèn la tomt
— Hc! pau-à-pau tout 60 despueio...
^ Voulès cpe vous ^udeî— 0 !... Dôu tèms qu'eilamount
Elo risié jilant de siéule,
Vincèn, picani éfio. pèd lou tréule,
Escale Vmàare coume un gréule. — Mirèio, n'a f«e tous lou vièi Mèsle Ramoua ?
Fasès li baisso! aurai li cuno,
léu, boutas! — E *mé sa man primo, Elo en môusènt laramo : — Engardo de lai :;ui
De Iravaîa 'n pau en coumpagno !
Souleto, vous vèn uno cagno !
Dis. — léu peréu ço que m'enlagno, Bespoundeguè lou drôle, es just acô-d*aqiii.
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MIREILLE» CHANT IL 53
Sur le bonnet rouge écarlate
Qui le relève et qui le flatte, S'élerait gentiment une plume de coq ;
Et, de son bâton, dans sa ronde.
Il battait Técume de Tonde,
Ou la couleuvre vagabonde, Ou les cailloux poudreux qui roulaient sous le cboc.
Vincent! dit la fillette accorte,
Du haut du mûrier qui la porte, Mais tu passes bien vite...? Où vas-tu si matin...? —
Vincent regarde à la cueillette,
Et dénichant sur sa branchette,
La jeune fille guillerette, n s'élance vers elle et bénit son destin.
— Eh bien! Mireille, cette feuille Vient-elle bien? — Elle se cueille.
— Ftnt-il vous aider? — Soit! — Et ce petit démon,
Sur ce simple mot qui l'appelle. Là-haut, sur l'arbre où rit la belle. Est déjà debout auprès d'elle...
— Mireille, il n'a que vous, le vieux Maître Ramon?
Vous plairait-il que, par étage. Notre besogne se partage ? Vous le bas, moi le haut? — Oui, dit-elle, il fait bon Avoir un peu de compagnie ! Seule on a la mélancolie !
— Justement c'est la maladie
Qui m'affecte souvent, dit le jeune garçon.
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51 MIRÈIO, GANT IL
Quand sian eiça dins nosto bôri,
Mounte n'ausèn que lou tafôri DiSu Ilose tourmentau que manjo lis auvas,
Oh I de fes, quéti languitudo 1
Pas tant l'estiéu, que, d'abitudo,
Fasèn nôstis escourregudo, L'estiéu, emé moun pai, d'un mas à Tautre mas.
Mai quand lou verbouisset vèn rouge. Que H jour se fan ivernouge,
E longe li vihado ; autour déu recaliéu, Ëntanterin qu'à la cadaulo Quauque esperitoun siblo o miaulo, Sénso lume e sens grand paraulo
Pau espéra la som, tout soulet iéu em'éuf...
La chato ié fai à la lèsto :
— Mai dounc ta maire, mounte rèsto?
— Es morto!... Lou drouloua se teisè 'n moumenet, Pièi reprenguô : — Quand Vinceneto Ëro emé nautre, e que, jouineto, GardaYO enca la cabaneto,
Alor èro un plesi ! — • Mai coume? Vincenet,
At uno sorre ? — E la jouvênto,
Braveto qu'es e bèn-fasènto. Digue lou verganié ;... trop! qu'à la Font-dôu-Rôi,
Âliû en terro de Bèu-Gaire,
Ëro anado après li segaire,
Tant i'agradè soun galant faire Que pèr tanto l'an presse, e tante i'es dempièi.
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MIREILLE, CHANT II. 55
Vivre au loin, dans une mazure,
N'entendant rien que le murmure Dn Rhône qui s'écoule en rongeant les graviers ;
Quel ennui ! quelle solitude !
En été, la vie est moins rude ;
Car mon père et moi, d'habitude, Nous allons par les mas raccoutrer des paniers.
Mais l'hiver, quand dort la nature; Quand le houx rougit sa verdure;
Que la bise est dans l'air, qu'à la hutte, le soir» Passant par des portes disjointes. Elle entre et fait sentir ses pointes, Et qu'on est là» deux, les mains jointes^
Attendant le sommeil, sans parier, sans y voir!...
— Comment, deux? dit la jouvencelle ; Mais ta mère où demeure-t-elle ?
—Elle est morte !... A ces mots, Vincent essuie un pleur;
Puis reprenant : — Quand Vincenette
Vivait chez nous, gente sœurette,
Elle égayait la maisonnette... ~ Eh quoi, Vincent! le ciel te fit don d'une sœur?
— Oui, d'une sœur modeste et sage» Et bonne fille de ménage ;
Trop bonne... car naguère à la ferme des Puits.
Là-bas, en terre de Beaucaire,
Elle eut si bien le don de plaire,
Que le maître, pour ménagère L'a prise à son service et la garde depuis.
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65 IIIREIO, GANT 11.
— lé doDcS d'èr, à ta sourreto?
— Quaa? iéu? pas mai! Elo èi saureto,
E iéu siéu, lou yesès, bnm coume un courcoussoun...
Mai pu]éu, sabés, quau reverto ?
Vous ! Vôsti tésto disaverto,
Goume 11 fueio de la nerto Vôsti peu aboundousy dirias que soun bessoun.
Mai pér sarra la claro telo
De Yosto couifo, bèn mies qu'elo Iliréio, avès lou fîéu !... N'es pas laido, tambèû,
Ma sorre, nimai endouroiido ;
Mai TOUS, de quant sias pu poulido !
Miréio aqui, mita culido, Leissant ana sa branco : Oh ! dis, d'aquéu Vincèn! ••*
Gantas, cantas, magnanarello!
Dis amourîé la fueio es beUo, Galant soun li magnan e s'endorraon di très ;
Lis amourié soun plen de fiho
Que lou bèu téms escarrabiho,
Goume un yôu de blôundis abiho Que raubon sa melico i roumanin déu gres.
— Alor, m'atroves galantouno Mai que ta sorre? La chatouno
Faguè 'nsin à Vincèn. — De forço, eu responndè.
— E qu'ai de mai? — Maire divino ! E qu'a de mai la cardelino
Que la petouso mistoulino, Scnoun la bèuta même, o lou cant, e Testa !
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MIREILLE, CHANT II. 57
— Et ta sœur te ressemble-t-elle?
— Nom, rien en moi ne la rappelle,
Elle est blonde et je suis noir comme un cucerou... Vous plutôt ! la taille, l'aisance, Vous donnent quelque ressemblance ; C'est surtout la même abondance
De beaux cheveux roulés autour de votre front.
Mais combien vous savez mieux qu'elle
Las serrer sous votre dentelle !... Ma s(Bur n*est pas plus mal qu'une autre assurément,
Mais vous, sans que je l'humilie,
Ah! que vous êtes plus jolie!...
Là, Mireille, à moitié cueillie Laisse échapper la branche et dit : Oh! ce Vincent !•••
Chantez, chantez, magnanarelles !
Des mûriers les feuilles sont belles, Trois fois les vers à soie ont dormi leur sommeil ;
Dans les mûriers, fraîches, gentilles.
Se répandent les jeunes filles.
Ainsi qu'on voit dans les charmilles, Un vol d'oiseaux s'ébattre au lever du soleil.
— Donc, tu me trouves plus gentille Que ta sœur? dit la jeune fille
Qui s'en doutait iin peu. — De beaucoup, dit Vincent.
— Et qu'ai-je de plus? — 0 coquette! Mais qu'a donc de plus la fauvette Que la piteuse mauviette.
Sinon la beauté môme, et la grâce et le chant !
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58 MIRËIO, GANT 11.
— Mai encaro? — Ma pauro sorre, Noun vas aguë lou blanc dôu porrc!
Goume Taigo de mar Yinceneto a lis iue Que ié bluiejoa e clarejon.... Li vostre coume un jai negrejon , E quand dessus me beluguejon,
léu me sèmblo que chourie un cigau de TÎn cuc^«
De sa voues linjo e clarinello.
Quand cantavo la PeirounellOy Ma sorre, aviéu grand gau d'ausi soun dous acoi*d ;
Mai vous, la mendi;o resouneto
Que me digues, o jouveineto !
Mai que pas ges de cansouneto Encan to mouu auriho e bourroulo moun cor
Ma sorre, en courrènt pèr li pâti, Ma sorre, coume un brout de dàti
S'èi roustido lou coui e la caro au soulèu; Vous, bello, crese que sias facho Goume li flour de la pourracbo ; E de Testiéu la man mouracho
Noun auso caressa voste front blanquiiièu
Goume uno damo de gandolo
Ma sorre es enca primacholo ; Pecaire! dins un an a fa tout soun croissent...
Mai de l'espalo enjusqu'à Tanco,
Vous, 0 Mirèio, rèn vous manco !
Miréio, lâchant mai la braneo, E touto rouginello : Oh ! dis, d'aquéu Vincèn!
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MIREILLE, CHANT IL 59
— Mais encdr?— Dans ce parallèle.
Le prix ne sera pas pour elle, PftuTre sœur! Son œil bleu sous ses longs cils reluit;
Le vôtre est noir; votre prunelle
Scintille et plus vive et plus belle.
Et sur moi quand elle étincelle, 0 semble que je boive un godet de vin cuit.
Quand, de sa voix douce comme elle.
Elle chante la Peyronelle, Rien ne me plaît autant que le chant de ma sœur;
Mais que votre fine languette
Dise un seul mot; cette bluette
Plus qu'aucune autre chansonnette Enchante mon oreille et transporte mon cœur.
En courant par les pâturages.
Gomme un fruit des palmiers sauvages lia sœvir brûla son teint et sa chair au soleil*,
Vous, votre chair n'est pas brûlée.
L'été ne vous a point hâtée,
Et, dans le creux de la vallée, Les roses et les lis n'offrent rien de pareil!
A régal d'une sauterelle.
Ma sœur est encor toute grêle ; La pauvrette ! Elle a fait sa croissance en un an !
Mais! de l'épaule à la ceinture.
En vous, Mireille, rien ne jure....
Mireille, rouge outre mesure. Lâche à nouveau la branche et dit : Oh ! ce Vincent t
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60 HIRÊIO, GANT II.
Eu desfuiant vôsti Tergnello»
Gantas, cantas^ ma^nanarello!... Ansin li bèus enfant, do Taubre pa90uioa8
Escoundu souto loti ramage,
Dins rinnoucènci de soun âge
S'assajavon au calignage. Pamens, de mens en mens, li serre èron neblous.
Amonnt sus li roco pelado,
Sus li grand tourre esbarboulado Ounte trèvon, la niue, li vièi prince di Baus,
Licapoun^fér^ que blanquejavon,
Dins l'estendudo s'enauravon,
E sis alasso fouguejavon Au soulëuy qiM déjà caufavo lis avaus. ,
— Oh f n'avôu rèn fa! que yergougnol Elo Tenguè 'mé 'n èr de fougno.
Aquéu galo-bon-tèms dis que vèn m*ajuda, Pièi me fai rèn que faire rire.... Anen ! d'aut ! que la man s'cstii> » Que pièi ma maire pourrie dire
Qu'ai panca projin de biais, o, pèr me marida.
Val, val, dis^ tu que te vanta vjs, Moun paure ami ! se te lougaves Pèr la cueie à quintau, la fueio, crcse que. Quand fuguèsse touto en pivello, Pourries manja de regardello ^ !
— Me cresès donne uno ganch^lio? Ilespoundeguè lou drole^ un brigpuloun mouquet.
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MIREILLE» CHANT II. 61
Ea cueillant les feuilles nouTelles,
Chantez, chantez, magnanarelles ! Aiiif i ces beaux enfants, sous les rameaux ombreux.
Dans l'innocence de leur âge.
De Tamour et de son langage»
Faisaient le doux apprentissage . Déjà de moins en moins les monts étaient brumeux;
Là-haut, vers les roches pelées,
Sur les grandes tours écroulées Où reviennent la nuit les vieux princes des Baux,
Volant de nuage en nuage,
Les saores, de leur blanc plumage.
Faisaient le brillant étalage. Et le soleil déjà chauffait les chôneteaux.
— Mais nous n'avons fait rien qui vaille,
Reprend la fillette qui raille; Ce drôle dit qu'il vient pour m'aider, et voilà
Qu'il n'est bon qu'à me faire rire;
Allons! susl que la main s'étire!
Sans quoi, ma mère pourrait dire Qu'on ne s'établit guère avec ce flegme-là.
Pour cueillir la feuille nouvdle,
Petit vantard, ajouta-t-elle. Si jamais tu louais tes œuvres à prix fait,
Je gage que tout ton salaire
Ne te vaudrait pas de l'eau claire !
— • Ce serait une épreuve à faire, Beprit, entre ses dents^ le gars peu satisfait.
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C2 MIRËIO. GANT II.
Bèn ! qaau sara meiour cuièire,
Madamisello, Tanan vèire ! E zôu ! 'mé li dos man, feroun, atravali,
Vague de torse e môuse ramo !
Plus de resoun ! plus de calaroo !
(Perd lou moussèu fedo que bramo. L'amourié que li porto es tout-aro culi.
Fuguèron lèu, pamens, à pauso.
Quand sias jouine, la bello causo ! Estent qu'au même sa metien la fueio ensè%
Un cop li poulit det cherescle
De la chatouno, dins Tarescle '',
Se devinèron entre-mescle Emé li det brûlant^ li det d'aquéu Vincèû.
Elo emai eu trefouliguèron ;
D'amour si gauto s'enflourèron, E tôuti dous au eop, d'un fiô noun couneigu
Sentiguéron l'escandihado.
Mai coume aquesto, à resfraiado,
Sourtié sa man de la fiiiado, Eu, de la treboulino enca tout esmouga :
— Qu'avès? Uno guèspo escoundudo
Vous a belèu, dis, pougnegudo? — Noun sai ! clinant lou front, elo respoundô plan.
E sènso mai, chascun se bouto
A tourna cueie quauco brouto.
Emé d*iue couquin, tèsto souto, S'espinchavon pamens quau ririé de davan.
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MIREILLE, CHANT IL 61
Faisons assaut, Mademoiselle!...
Et soudain le couple s'attelle Aa traYai],des deux mains; tout Tarbre est farfouillé;
Deci, delà leur bras se lance ;
Le caquet fait place au silence
(Agneau bêlant perd sa pitance). Le mûrier qui les porte est bientôt dépouillé.
Ici, pourtant, vint une pause.
Être jeune, ô la belle chose! Gomme dans un seul sac les brins étaient roulés,
Sous la toile, où leur main s'avance.
Il se fit, par inadvertance,
(Honni soit donc qui mal y pense I) 11 se fit que leurs doigts se trouvèrent môles.
Et sur-le-champ ils tressaillirent,
Et leurs beaux visages rougirent; D'an feu qu'ils ignoraient, tous les deux à la fois,
Sentirent leur âme brûlée ;
Et comme Mireille troublée,
Sortait sa main de la feuillée, Vincent l'interpellant de sa plus douce voix :
Qu'avez-vous? dit-il; une abeille
Vous aura piquée, ô Mireille ! ^ Je ne sais... répond-elle à voix basse au vannier.
Et pendant que chacun butine
Sur les brindilles qu'il incline.
D'un œil coquin, à la sourdine. Ils épiaient aussi qui rirait le premier.
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64 MIRËIO» CÂNT II.
Lou pitre ié batié!... La fueio Toumbè piéi mai coume la plueio ;
£ quand piéi au saquet yenié que la meticn, Li dos manoto blanco e bruuo, Que fugue esprès o pôr fourtuno, Venien foujour uno vers Tuno,
Memamen qu'au travai grand joio éli prenien.
Gantas, cantas, magnanarello, En desfùiant yôsti verguello!...
— Vel ve! tout-en-un-cop Mirèio crido, vel
— Qu'es acô ? — Lou det sus la bouco. Vivo coume un créu su 'no souco,
Dre de la branco ounte s'ajouco Fasié signe dôu bras... — Un nis... qu'anan avél
— Espèro !••• E 'n retenènt soun gréule, Coume un passeroun long di téule,
Yincèn de branco en branco a boumbi vers lou nis.
Au founs d'un trau que de nature,
Entre-mitan la rusco duro,
S'èro fa, de l'emboucaduro Li picbot se vesien, flame e boulegadis.
Mû Yincèn qu'à la branco torto Yen de nousa si cambo forto, E penja d*uno man, dins lou trounc baumclu Furno emé l'autro. Un pau plus auto, Mirèio alor, la fiamo i gauto :
— Qu'èi I ié demande cauto-cauto.
— De pimparrin! — De-que? — De bèu sarraié bla.
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MIREFLLE, CHANT II. 65
Et leur cœur battait... et la feuille Cédait à la main qui la cueille I... \ lorsqu'ils la mettaient dans le sac, coup sur coup. Et la main blanche et la main brune. Soit à dessein, soit par fortune. Avaient une étreinte commune ; £t ce petit jeu là les amusait beaucoup.
Chantez, chantez, magnanarelles, En cueillant les feuilles nouvelles!...
— Vois! vois! dit tout-à-coup la fillette ; viens voir! — Mais qu'est-ce donc? — Et vive, alerte, Le doigt sur la bouche entr'ouverte. Elle indique sa découverte
de l'autre main... — tJn nid... que nous aHons avoir!
— Attends !... et retenant ITialeîne, Comme un écureuil sur .un chêne,
Vmeent de branche en branche a bondi vers le nid.
Au fond d'un trou qui^ d'aventure,
S'était fait sous l'écorce dure.
On découvrait par l'ouverture Ugroupe d'oisillons dont il était garuL
Vincent, à la branche rugueuse Colle sa jambe vigoureuse ; •
Suspendu d'une main, dans le tronc caverneux -
Il fouille de l'autre ; Mireille Du haut de sa branche surveille ;
— Qu'est-ce, dit-elle? ~ Une merveille, Deiptwparrtiii.--Commcmt-Oui,de beaux pinsonshleus! .
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C6 MIRfilO, CANT II.
Mirèio esclaûguè lou rire.
— Que! dis^l'as jamai ausi dire?
Quand, dous, trouvas un nis au bout d'un amourié, 0 de tout aubre que lou semble, Passe pas Tan que noun ensemble La santo Glèiso vous assemble
ProuTèrbi, dis moun paire, es toujour vertadié.
— 0, ié fai eu; mai fau apoundre Qu'aquelo espère pôu se foundre,
S'avaiis que d'éstre en gàbio escapon li pichot.
— Jèsu, moun Dieu! dono-te garde I Gridè la chato; e sènso tarde Rejoun-lèi bèn, que nous regardo!
— Ma fisto ! lou jouvènt ié respond coume eiçô,
Lou miéus que li poudèn rejougne Sarié bessai dins Yoste jougne...
— Ah! të, baio! verai!... Lou drôle quatecant
Mando sa man dins la caforno ; £ sa man pleno que s'entomo Quatre n'en tiro de la borne.
— Boudiéul digue Mirèio en aparant, oh! quant
Queto nisado galantouno ! Tè ! tè ! pecaire^ uno poutouno ! E, folo de plesi, de milo poutounet Li devouris e poumpounejo ; Piéi em' amour plan-plan li vejo Souto soun jougne que gounflejo...
— Té ! tè ! paro la man, cridè mai Yincei.et.
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MIREILLE, CHANT II. 67
Mireille alors pouffe de rire; .
— Ne Tas-tu jamais ouï dire? Lorsqu'on découvre à deux un nid sur un mûrier,
Ou tout arbre qui lui ressemble,
n faut moins d'un an pour qu'ensemble
La sainte Église tous rassemble... Proveri>e ne ment pas et l'on peut s'y fier.
— Oui, dit Vincent, mais on ajoute Que cet espoir se fond en route.
Si tel qui prend le nid laisse échapper l'oiseau.
— Jésus ! mon Dieu ! prends donc bien garde. Reprend-elle, et sous bonne garde Serrons-les ; cela nous regarde I
— Ma foi, répond alors le galant jouvenceau,
A mon sens, la meilleure cage
Serait votre joli corsage... —C'est juste, donne doncl... Et Vincent,dans le creui,
Plonge sa main et la ramène
De petits pinsons toute pleine ;
Quatre ou cinq y tenaient à peine. Bon Dieu! cria Mireille, en ouvrant de grands yeux,
Qu'ils sont gentils I que je les baise !.••
Encor! encor! ne vous déplaise! Et folle de plaisir, de baisers continus
Doucement elle les caresse.
Et puis les coule avec adresse
Dans son sein qui renfle.... — ô liesse! Eeprit tincent, tiens! tiens! en voici trois de piusj
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68 MIRÊIO, CANT II.
— Oh! li poulit! Si tèsto bluio An d'uioun fin eoume d'aguïo !
E lôu mai, dins la blanco e lisqueto presoun.
Très pimparrin elo recato;
E, dins lou sen eaud de la^chato,
La cottvadeto que s'amato Se crèi que Tan remessp au founs de soun nisoun..
— Mai, de bon? Vincenet, n'i'a 'ncaro?
— 0 ! — Santo Vierge ! Ve, tout-aro
Dirai qu'as la man fado 1 — Eh ! pauro que vous slas? Li pimparrin? quand Yen Sant Jorge, Fan dès, douge iôu, emai quatprge, Souvènti-fes!... Mai tè! tô! porge,
Li cago-nis!... E tous, belle bomo, adessiasf —
Goume lou drôle se despènjo,
E qu'elo vite lis arrènjo fièn delicadamen dins soun fichu flouri...
—• Ai ! ai I ai ! d'une voues tendrino
Subitamen fai la mesquine.
EL vergougnouso, à la peitrino S'esquicho ii dos man. *— Ai ! ai! ai ! vau mouri !
Houi! houi! plouravo, me grafignont
Ai! me grafignon e m'espignonl Courre lèu, Vincenet, lèu!... Es que, i'a 'n monmen...
Que vous dirai? dins Tescoundudo
Grande e vivo èro resmoû|;udo!
Fa 'n moumen, dins la bando aludo Avien, li cago-nis, mes lou bourroulamen.
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HIJtEILLE, CHANT II.
— Beaux mignons! leur tète est si fine Que Tœil à peine s'y dessine 1
Et trois de plus vont voir la prison des amours ; Dans le sein de la jeune fille Bientôt toute la volatille, Gomme une noix dans sa coquille,
Croit avoir de son nid retrouvé le velours.
— Est-ce tout? dit la jouvencelle.
— Pas encor. — Quelle ribambelle ! Jamais on n'en vit tant! — Vous oubliez un peu
Qu'un pinson, quand rien ne le gêne Pour pondre ses œufs, peut sans peine Dépasser même la douzaine ! . . . Yoici les derniers nés!... et vous, beau creux, adieu!"
Vincent aussitôt se décroche;
Mireille au fond de leur sacoche Laisse les oisillons se blottir à leur gré...
Quand tout à coup, sur sa poitrine
Portant ses mains, elle s'incline
Pudique, et d'une voix câline : ^ Aï ! a! I dit-elle, aï ! aï ! je crois que j*en mourrai.
Oh ! les méchants qui se rebiffent!
Ils m'égratignent et me griffent I Accours, Vincent. — Disons que depuis un moment.
Dans ce joli nid de commande,
L'agitation était ^ande,
El que, dans l'innocente bande, l^s derniers avaient mis le bouleversement. ^ .
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70 MIRÊIO, GANT IL
£ dins l'estrecho valounado,
La foulîgaudo moulounado Oue noun pôu libramen faire soun roudelot»
A grand varai d'arpioun e d'alo»
Fasié, dins li mounto-davalo,
Gambareleto sènso egalo, Fasié long di gatis mtlo béu redoolet.
— Ai! ai! véne lèi querre! lampo, lé souspiravo. E coume pampo
Que Taure atremoulis, coume di cabrian Quand se sent pouncho une junego, Ansin gémis, sauto e se plego La chatouno di Falabrego...
Eu pamens i'a ifoula.%. — Gantas, en desfuiam,
En desfuiant TÔsti jitello, Gantas, cantas, magnanarello ! Sus la branco ounte pleure eu pamens a Youla:
— La cregnès donne bén, la couligo? Eu ié fai de sa bouco amigo.
Eh! coume iéu, dins lis ourtigo. Se descausso proun fes tous falié barrula,
Goume farias? — E pèr rejougne Lis enfoumiau qu'a dins soun jougne.
Eu ié porge, en risènt, soun bounet de marin. Déjà Miréio, sout l'estofo Que la nisado rendié gofo, Mande sa man, e dins la cofo
Un pèr un adeja tome li pimparrin;
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MIREILLE, GUANT H. 7i
Les bords de la tiède vallée
Compriment trop la troupe ailée. Qui cherchant autour d'elle un lit plus spacieux,
S'aidant de la griffe et de Taile,
Montant, tombant, et de plus belle.
Risquant une chute nouvelle, Le long des doux talus roulait à qui mieux mieux.
— Ai! ai . Vincent, viens donc les prendre,
Dit-elle d'une voix plus tendre, Et comme un pampre vert sous la brise tremblant.
Ou comme un faon, quand une abeille.
Vient bourdonner à son oreille.
Ainsi se trémousse Mireille. Alors, Vincent s'élance auprès d'elle. . . — En cueillant,
En cueillant les feuilles nouvelles.
Chantez, chantez, magnanarelles ! —Mireille! lui dit-il, cessez de pleurnicher;
Mais que feriez-vous, pauvre amie.
Si, tous les jours de votre vie.
Sur le chardon ou sur l'ortie, Ainsi que moi, nu-pieds, il vous fallait marcher? —
Et pour remplacer le corsage,
Imaginant une autre cage. Il présente en riant son bonnet de marin ;
Et Mireille, à moitié guérie.
Puisant dans sa gorge arrondie,
A plusieurs reprises marie Ali rooge du bonnet le bleu du pimparrin.
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72 MIRÊIO. GA-NT tl.
Déjà, 'mé lou front clin, pecaire!
£ revirado un pau de caire, Déjà lou risoulet se mesclavo à si plour;
Semblablamen à Teigagnolo
Que, lou matin, di courrejolo
Bagne li campaneto molo» E perlejo, e s'esbéu i proumiéri clarour...
E aoutp éAi vèn que la branco
Tout-en-un-cop peto e s'escranco!.. Au coui dôu panieraire, elo, en quilant d'esfiraii.
Se precepito e sei'embrasso;
E dôu grand aubre que s'estrasso.
En un rapide viro-passo Toumbon, embessouna, sus lou souple margai...*
Fres ventoulet, Larg e Gregàli»,
Que di bos boulegas lou pâli. Sus lou jouine parèu que voste gai murmur
Un moumenet mole e se taise !
Fôlis aureto, alenas d'aise !
Donnas lou tèms que l'on pantaise, I^Hi tèms qu'à tout lou mens pantaison lou bonurf
Tu que lalejes dins ta gorgo»
Vai plan, vai plan, pichouno sorgo !
Dîntre ti cascagnôu menés pas tant de brut! Pas tant de brut, que si dos amo Soun, dins lou même rai de flamo, Partido coume un brusc qu'eissamo..
Leissas-lèi s'emplana dins lis èr benastru!
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MIREILLE, CHANT il. 71
Déjà le front baissé, pauvrette !
Et détournant un peu la tête, Un sourire indécis se mêlait à ses pleurs;
Gomme on voit l'bumide rosée,
De la campanule rosée,
S'écouler en perle irisée, Et puis s'éTaporer aux premières lueurs. ••
Mais voilà qu'à moitié pourrie.
Sous eux la branche éclate et crie I... An cou du beau vannier, avec un cri perçant»
Mireille tend un bras avide;
Mais l'arbre sous eux fait le vide,
Et par une cbute rapide Us tombent enlacés sur le gazon naissant...
Fnûs zépbirs, brise aux doux arômes,
Qui des bois balancez les dômes. Respectez un moment cette ivresse du cœur!
Zéphirs, retenez votre haleine !
Folles brises, soufQez à peine !
Paix au rêve qui les entraine. Qu'ils aient au moins le temps de rêver le bonheur I
Toi qui gazouilles sous la mousse,
Source limpide et fraîche et douce. Coule plus lentement sur ton lit de galets !
Pas de bruit, tais-toi, car leur âme.
Dans le même rayon de flamme.
Ravie en extase, se pâme... Ohl laisse-les monter vers les cieux étoiles t
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74 MIRÊIO, GANT Kl.
Mai elOy au bout d'unô passado,
Se daveré de la brassado... Meus palînello soun H flour dôu coudounié.
Pièî sus la ribo s'assetèron,
Un contre l'autre se boutèron.
Un moumenet se regardèron, E m' acô parlé 'nsin lou drôle di panié :
— Vous sîas rèn faeho mau, Mirèio?... 0 la vergougno de la lèio,
Aubre déu diable, aubras qu'un divèndre an planta. Que la marrano t'agarrigue, Que l'artisoun te devourigne, E que toun mèstre t'abourrigue ! —
Mai elo, em' un tramblun que noun pôu arresta .
— Me siéu pas, dis, facho mau, nàni! Mai, coume un enfant dins si Hini,
Que de fes plourinejo e noun saup per-de-que. Ai quaucarèn, dis, que me grèvo ; L'ausi, lou vèire, acô me lève ; Moun cor n'en boni, moun front n'en rèTO
B lou sang de moun cors noun pôu demeura quet
— Belèu, digue lou panieraire. Es de la pôu que vosto maire
Vous cbarpe qu'à la fueio avès mes trop de tôm? Coume iéu, quand yeniéu subr'ouro, Estrassa, moustous coume un Mouro, Pèr èstre ana cerca d'amouro...
— Oh! noun, digue Mirèio, autre peno me tén.
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MIREILLE, CHANT II.
Mais elle, alors, le cœur malade. Se dégagea de Tembrassade...
Moins pâles sont les fleurs du cognassier fleuri. Bientôt sur la rive ils s'assirent. Tout près Tun de l'autre ils se mirent, Et pendant qu'ensemble ils s'admirent.
Voici comment parla le jeune bomme attendri :
— Belle! vous seriez- vous foulée ! 0 mûrier, bonté de l'allée !
Arbre infernal, planté sans doute un vendredi. Que ta sève au vent s'évapore, Qu'un ver atroce te dévore. Et que ton vieux maître t'abhorre I —
Hais Mireille en tremblant le contemple et lui dit :
— Vincent! je ne suis pas blessée! Mab si bien qu'elle soit bercée,
L'enfant quelquefois pleure et ne sait pas pourquoi ;
Ainsi coiive dans ma poitrine
Un mal inconnu qui la mine,
Mal étrange! langueur divine, Qui me trouble et m'enivre en s'eroparant de moi !
C'est peut-être que votre mère Vous aura dit, d'un ton sévère.
Que la cueillette aux champs n'allait pas assez bien, Tout comme on me monte des gardes, Lorsque, parfois, aux heures tardes, J'arrive, ayant frippé mes bardes...
— Non, répondit Mireille, autre peine me tient.
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75 MIRËIO, GANT II.
— 0 belèu uno souleiado, Faguè Vincèn, vous a'mbriado.
Sabe, dis, uno yièio, aperamount i Bau (le dison Taven) : tous asaigo Bén sus lou front un got plen d*aigo» £ lèu, di cervello embriaigo,
U rai escounjura gisclon dins lou cristau.
— Noun, noun I respoundè la Gravenco; Lis escandihado maienco
N'es pa'i chato de Grau que podon faire pôul... Mai en que sièr de te deçaupre? Dins moun sen acô pôu plus cauprel Vincèn, Vincèn, vos-ti lou saupre?
De tu siéu amourouso!... Au bord dôu rajeirôu,
Ëmai rèr linde, emai la tèpo, Emai li yièi sause de cepo^ Fuguèron claramen espanta de plesi!...
— Ah I princesso, que, tant poulido» Agués la lengo tant marrido,
Lou psuiieraire aqui s'escrido,. Ta de que pèr lou sôu se traire estabousî !
Goume I de iéu vous amourouso? De ma vidasse encaro urouso
Anes pas vous jouga, Mirèio, au noum de Diôuf Me fagués pas crèire de cause Qu', aqiii dedins uno fe 'nclauso. De ma ;iiort sarien pièi l'encauso !
Mirèio^ d'aquéu biais tous trufés plus de iéu!
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MIREiLLË, CHANT II. 77
— C'est un coup d& soleil peut-être^ Dont il faudrait se rendre maître;
Je sais aux Baux, dit-il, yers la gauche en montant.
Une matrone qu'on appelle
La Taven, et qui, sûre d'elle.
Au front qu'atteignit Tétincelle, Applique un Terre <i'eau qui l'attire à l'instant.
— Non, non, dit la fille candide. De son rayon le plus perfide.
Le so ne peut rien sur les filles de Grau!
Ha peine, hélas! est moins frivole».
Mais de celle qui me désole
Je sens que le secret s'envole, Vincent, Vincent, je t'aime I... Au bord du clair ruisseau,
Les saules du bosquet humide, Le gazon frais et l'air limpide, ^rent pris à ce mot d'un doux frémissement!...
— Ah ! reine, quand on est si belle. On devrait être moins cruelle !
Dit Vincent, l'œil fixé sur elle. Et lent à revenir de son saisissement.
Quoi l vous de moi, vous amoureuse?
D'une existence encore heureuse N'allez donc pas troubler le fragile bonheur !
Ne raillez pas, je vous en prie,
Car bientôt votre raillerie
Pourrait bien me coûter la vie! Ktié pour v^ raison et pitié pour mon cœur!
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16 MIRÊIO, GANT II.
— Que Dieu jamaî m'emparadise, Se i'a messorgo en ço que dise !
Vai, de créire que t'ame aeô fai pas mouri, Vincèn!... Mai se, pèr marridesso, Noun Tos de iéu pèr ta mestresso, Sara iéu, de malo tristesso,
Sara iéu qu'à tî pèd me veiras coumbouri !
— Oh! digues plus de cause ansinto! De iéu à tous i'a 'n laberinto,
L'enfant de Méste Ambroi fagué 'n bretounejant. Vous, sias dôu Mas di Falabrego La rèino davans quau tout plego... Iéu, banastié de Valabrego,
Siéu qu'un ^ndard, Mirèio, un trevaire de champ !
— Eh ! que m'enchau que moun fringaire Siegue un baroun o 'n panieraire.
Mai que m'agrade à iéu ! ié respoundeguô lèu £ toute en fiô coume une liandro. Mai se noun tos que la malandro Fure moun sang, dins ti peiandro
Perqué donne, o Vincèn, m'aparèisses tant bèu?—
Davans la vierge raubativo. Eu resté mè, coume di nivo Quand toumbo pau-à-pau un aucéu pi vêla '®.
— Sies donne masco, piéi fagué proumte, Pèr que ta visto ansin me doumte,
Pèr que ta voues au su me mounte, E me rende foulas coume un ome enchusclat
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MIREILLE, CHANT H. 79
— Dans les enfers que Dieu me plonge
Si ma parole est un mensonge ! La foi dans mon amour, Ta> ne te tuera pas...
Mais si ton âme indifférente
Ne veut pas de moi pour amante,
C'est moi qui, faible et languissante. Viendrai jusqu'à la mort me traîner sur tes pasi
— P^ler ainsi, c'est presque un crime f Entre nous existe un abîme.
Répond le fils d'Ambroise en la considérant.
D'un superbe et yaste domaine,
Vous^ Mireille, vous êtes reine...
Moi^ je suis un bomme de peine, Un batteur de campagne, un pauvre juif-errant !
— Eh I que me Mi à moi qu'un homme Soityannier ou soit gentilhomme.
S'il me plaît, si je l'aime, et s'il est comme il faut ?
Âh ! si tu veux que je reprenne
La paix du cœur, la paix sereine.
Sous tes grossiers habits de laine Pourquoi donc, ô ViacentI m'apparais-tu si beau? *--
Devant la vierge ravissante Il resta là, bouche béante. Gomme un timide oiseau qu'un aigle a £sisciné. Puis, repris d'une ardeur soudaine:
— Mais qu'es-tu donc, fée ou sirène. Pour qu'aucune parole humaine
Gomme la tienne id m'tût jamais dominé?
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80 MIRÈIO, GANT II.
Lou veses pas que ta brassado
A mes lou fiô dins mi peusado? Car, té ! se vos lou saupre, à Tagrat que de iéu,
Paure pourtaîre de bourrèio,
Vogues faire que ta risèio,
T'ame peréu, t'ame, Mirèio ! Tame de tant d*ainour que te devouririéuf
V
T'ame, que se disien ti labro : Vole la Gabro d'or ", la cabro
Que degUQ de mourtau ni la pais ni la mous» Que sout lou ro de Baus-Maniero '^ Lipo la moufo roucassiero, — 0 me perdriéu dins li peiriero,
0 me Teiriés tounm la cabro déu peu rôus!
Tame» o chatouno encantarelio, * Que se disîés : Vole uno estelio;
Fa ni tra?ès de mar, ni bos, ni gaudre foui. Fa ni bourrèu, ni fiô, ni ferre Que m'ap)antèsse ! Au bout di serré, Toucant lou cèu, Fanariéu querre,
£ Dimenche Fauriés» pendoulado à toun coui
Mai, 0 bellasso! au mai t'aluque. Au mai, pecaire! m'emberluquel...
Veguère uno fîguiero, un cop, dins moun camin« Arrapado à la roco nuso Contre la baumo de Vau*Gki80 : Maigro, pecaire ! i lagramuso
lé dounarié mai d'oumbro un clôt de jaus^emin I
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MIREILLE, CHANT 11* 81
Ne Tois-tu pas que ton langage
Me surexcite et m'encourage? Eh bien ! sache-le donc, dût cet aveu naïf
D'un pauvre vannier qui s'oublie.
Paraître un acte de folie.
Je t'aime aussi, fille accomplie. Et je te mangerais, tant cet amour est vif!
Je t'aime tant que si ta lèvre
Me murmurait : Je veux la Ghèvroi La Chèvre d'or que nul ni ne pait ni ne trait.
Qui, sous le pic de Baus-Manière,
Lèche la mousse de la pierre.
Ou je mourrais dans sa tanière, Ou la Chèvre au poil roux à tes pieds béleraiti
Je t'aime tant que si le voile
De la nuit avait une étoile Qui te tentât ; il n'est ni feu, ni torrent fou,
Ni vent que l'orage accompagne
Qui m'anétât dans ma campagne I
J'irais plus haut que la montagne. Et l'étoile demain brillerait à ton cou !
Mais plus je t'admire, ô bel ange !
Et plus ma raison se dérange !... I
A Vauclnse,une fois,ie vis sur mon chenûn j
Un figuier de maigre venue.
Cramponné sur la roche nue.
Donnant une ombre plus ténue Que celle de l'hysope ou celle du jasmin.
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S3 MIRËIO, GANT IL
Un cop pèr an yers si racino Yen flouqueja Toundo Tesino ;
E Taubret secarous, à Taboundouso font
Que mounto à-n-éu pèr que s'abéure, Tant que n'en yôu, se bouto à béure.«« D'acô tout l'an n'a proun pèr viéure.
Goume à l'anèu la péiro, à iéu acô respond:
Que siéu, Mirèio, la figuiero,
E tu, la font e la fresquiero S basto, à iéu pauret! basto, une fes de l'an.
Que pousquèsse, à geinoui coume arc.
Me souleia i rai de ta caro !
E subre-tout de poudé 'ncaro Te floureja li det d'un poutoun tremoulant! -^^
Mirèio, d'amour tresananto, L'escoutavo... Mai éu l'aganto,
Eu l'aganto esp^u ; contro soun pitre fort L'adus esperdudo... -i- Mirèio! Subran coume eiçô dins la lèio S'entendegué 'no voues de vièio,
Lî magnan, à miejour, manjaran rèn, alort
Dedins un pin, en grande fogo, Un vôu de passeroun que jogo,
Emplîsson, i^ de fes, d'un chamatan galoi La vesprado que s'enfresquèiro ; Mai d'un glenaire que li guèiro Se toul-d'uti-cop toumbo la pèiro,
De tout cure, esfraia, tabouscon dins lou boL
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MIREILLE^, ^BÂNT tL 1
Une fois Tan, yerssàracioe
Vient clapoter l'oùdéToisine, £t ses flots abondants abreuvent l'arbrisseau.
Mais il faut, arrêt trop sévère,
Que cette eau epii le désaltéré
Lui suffise une année entière... Tout ceei me va mieux que la pierre à Tanneau :
Je suis le figuier, ô ma reine, Et toi la fraîcheur, la fontaine;
Et pûissé-je à genoux, là, comme tu m'y vois. Une fois l'an, pas davantage, Pauvre fou, pour calmer ma rage. Boire aux splendeurs de ton visage,
£t d'un baiser tremblant te becqueter les doigts I
Mireille d'amour palpitante,
L'écoutait.... d'une main brûlante, Ld la prend, éperdu, cherchant à l'amener
Contre sa poitrine... Mireille!
Fit soudain une voix de vieille
Qui vint vibrer à son oreille : Alors! les vers à soie à midi vont jeûner!
Souvent le soir, sur un vieux chêne, .
Un vol de moineaux se démène, En cherchant bruyamment son gîte pour la nuit ;
Qu'un jeune glaneur de passage
Lance un caillou dans le feuillage.
Aussitôt cesse le tapage, fit le Toi effrayé vers les coteaux s'enfuit.
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94 MIRÏIO, GANT IL
Desmeinouria de l'escaufèstre, Ansin fugis pèr lou campèstre
Lou parèu amourous. Elo, de-vers lou mas, Sènso muta, part à la lèsto, Bmé sa fueio sus la tèsto... Eu, planta coume un sounjo-fêsto,
T/arregardo landa peralin dins Fermas,
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MIREILLE, CHANT IL 85
Ainsi, troublé par le message,
Le jeune couple se dégage De ses doux entretiens remis à d'autres temps;
Mireille, agile et bientôt prête,
Court au mas, son sac sur la tête...
Lui, debout conmie un songe-féte, La suit des yeux, au loin, courant à travers champs I
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NOTES DU CHANT DEUXIÈME
i. MagnanareUo (Magaanarelles). Oa désigne par ee mot les femmes préposées à l'éducation des vers à soie, magnan,
2. S'endormon di très (ils s'endormirent de leur troisième somme). Les vers à soie vivent à Tétat de larve trente-quatre jours environ, et dans cet intervalle changent quatre fois de peau. Â rapproche de chaque mue, ils s'engourdissent et ces- sent de manger, dormon. On dit dourmi de la premiero , di dos, di très, di quatre, ce qui signifie littéralement dormir de la première (mué), des deux (mues), des trois (mues), etc.
8. Couquihudo (cochevis, àlauda cristata. Lin.).
4. Vin eue (vin cuit), moût qu'au sortir de la fouloireonfait bouillir dans un chaudron, et qui, étant cuit à point, rappelle, après un an de bouteille, la couleur et le goût des meilleurs vins d'Espagne. Les Provençaux le boivent dans les festins, et principalement an repas de Noël.
5. Capoun-fèr (sacre), sacre d'Egypte (tmitur percnoptenu Gm.), oiseau de proie.
6. Regardello (regardelles), mets imaginaire. Manja de re- gardello, manger des yeux, mâchera vide, comme dit Rabelais.
7. Aresde (cerceau qu'on adapte à la gueule d'un sac pour le tenir ouvert). On donne en général le nom d'arescle aux bois de fente dont on fait les sas, les cribles, les tambours, les boisseaux.
8. Margai (ivraie). Il s'agit de l'ivraie vivace (loUum p^ renne. Lin.), ray^grass des Anglais.
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NOTES DU CHANT IL 87
9. Grtgàli, 0egau, ou simplement grè (vent grec), vent du Bord-est
10. Pivda (fasciné). Leverbeptvela ou pipa signifie l'action, fraie ou imaginaire, par laquelle un reptile attire à lui un oiseau, et même une personne. Le peuple attribue cette attrac* tion à une aspiration irrésistible, qui peut néanmoins èlre interceptée par le passage subit d*un corps étranger.
il. LaCahro ttor (la Chèvre d*or), trésor ou talisman que le peuple prétend avoir été enfoui par les Sarrasins sous Tun des antiques monuments de la Provence. Les uns prétendent qa*^e ^t sous le mausolée de Saint-Remy, d'autres dans la grotte de Corde, d'autres sous les roches des Baux. • Cette tradition, dit George Sand (les Visions de la nuit dans les ean^gnes), est universelle; il y a peu de ruines, châteaux ou nonastères, peu de monuments celtiques qui ne recèlent leur trésor. Tous sont gardés par un animal diabolique. M. Jules Ganonge, dans un charmant recueil de contes méridionaux, a rendu gracieuse et bienfaisante la poétique apparition de la Chèvre d*or» gardienne des richesses cachées au sein de la terre. »
12. BauS'Maniero (Bau-Manière), rocher à pic au nord de la ville des Baux. Cette localité tire son nom des escarpe- ments qui l'entourent; car en provençal le moi baus veut dire escarpement, précipice, ei Baus-Maniera, Baus-Besso, sont les noms que portent encore divers quartier! du territoire des Raox.
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CANT TRESEN
LA DESGOUCOUNADO
Li recordo proovençalo. — Au Mai di Ftlabrego, un gai rondelet do cliato detcoacounon. — Jano-Mario, maire de Mirèio. — Taven, la masco di Bani. — La malo-viito. — Li descottcounarello fan, pèr pasfo-tèms, de ea$Uu en Prouvènço. — La fièro Lauro, rèino de Pamparigousto. -~ Glemënco, rèino di Baus. — Lon Ventour. loa Rose, la Darènço. — Azalals e Vi6uIano. — La Court d'amour. — Lis amour de Mirèio e de Vincèn descuberto pèr Nourado. •> Li galéjade. — Taveo la masco fai teisa li chato : Termitan âôm Leberoun e lon tant pastre. — Noro canto Magali.
Quand li pausito soun braveto, Qu'à plen barrau lis ôoliveto
Dins 11 gerlo d'argelo escampon l'ôli rous. Quand, sus li terro e dins li draio D6u garbejaire que varaio Lou grand càrri reno e trantraio,
E tuerto de pertout 'mé soun front auturous ;
Nus e gaiard coume un luchaire, Quand Bacus yen, e di chauchaire
Coundus la farandoulo i vendèmio de Grau ; £, de la caucadouiro emplido, Quand la bevèndo benesido, Souto li cambo enmoustousido,
Dins rescumouso tino escapo à plen de trau.
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CHANT TROISIÈME
LE DÉPOUILLEMENT DES COCONS
Les réeoltes provençale!. — Au Mai dei Micocoulei une jojeuM rénnion de jeunes filles détache des rameaux les cocons des vers à soie. — Jeanne-Marie, mère de Mireille. — Taven, la sorcière des Baux.— La mauvaise œillade. ~ Les dépouilleases de cocons, pour passer le temps, font des châteaux en Provence.— La fière Laure, reine de Pamparigouste. — Glëmenee, reine des Baux. ~ Le Yen- lour, le Rhône, la Dnrance.— Azalals etViolane.— La Cour d'amour. — Les amours de Mireille et de Vincent divulgués par Norade. — RaUlerie des jeunes filles.— La sorcière Taven leur impose silence: Termite do Lnberon et le saint pfltre. — Nore chante Magalt.
Quand les récoltes sont honnêtes,
Qa'à pleins barils les olivettes Epanchent l'huile rousse aux jarres du cellier;
Quand les gerbes gisent sur place,
El que le char qui les ramasse,
Gémit, cahote sous leur masse, W heurte de partout avec son front altier.
Quand des fouleurs la troupe est prête.
Que Bacchus, héros de la fôte, les mène en farandole aux vendanges de Crau;
Que de la fouloire profonde,
Sous leurs pieds rouges qu'il inonde,
Le moût s'écoule à pleine bonde Dans la cuve écumante et fait le vin nouveau;
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90 MIRÊIO, GANT III.
E, clarinèu, sus li genèsto
Quand li magnan mounton en fèsto Pèr fiela si presoun bloundinello ; e que lèu
Aquéli toro mai qu'alto
S'ensevelissoD, à cha milo,
Dins si bressolo tant sutilo Que vous sèmblon teissudo em' un rai de soulèa;
Âlor, en terro de Prouvènço,
Ta mai que mai divertissènço l Lou bon muscat de Baumo^ e lou Ferigoulet'
Alor se chourlo à la gargato ;
Âlor se canto e l'on se trato ; ;
Alor se vèi e drôle et chato An son dôu tambourin fourma si vertoulet.
— léu claramen siéu fourtunado I Sus mi canisso encabanado
Quéti flo de coucoun !... Un bos raiéus enseda» Un plus riche descoucoun^ge, L'aviéu plus nst dins lou meinage, Vesino, dempièi moun jouine âge,
Desempièi Tan de Dieu quç npU9 .siaQ marida. «-•
Ddu tèms que lou coucoun se trio»
Ansin disié Jano-Marlo, Dôu Tièi Mèste Ramoun ounourado mouié«
De Mirèio ourgueiouso maire ;
E li vesino. e li coumaire,
En trin de rire e de desfaire» Ëron à spun entour, dins la magnanarié.
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MIREILLE, CHANT III. 91
Quand sur les genêts se déploie
La pléiade des vers à soie, Qui montent pour filer leurs brillantes prisons;
Quand, diligent autant qu'habile,
Chaque ver s'enferme à la fîle,
Dans une trame si subtile Qall semble qu'au soleil elle ait pris ses rayons ;
Alors, ea terre de Provence^
Tout est fête et réjouissance ! Le bon Muscat de Baume et le Férigoulet
Se boivent à la régalade ; . _
Alors on chante et l'on gambade;
On entend la joyeuse aubade . ^ Du tambourin battant sous l'air du galojobet. ^
— Tnument I je suis d^ plus he^ureuses J
Et sur mes tiges plantufeuses Quels bouquets de cocons!... J'en dois faire l'ayett,
Jamais pareil décoconage
Ne s'était vu dans mon ménage.
Depuis qu'à la fleur de mon âge, h !ne suis mariée ainsi qu'il plut à Dieu.
Pendant que le cocon se trie^
Ainsi parlait Jeanne-M^rie, Du vieux paitre Ramon vénérable moitié,
De Mireille orgueilleuse mère;
Autour d'elle mainte commère
Et caquèteuse et familière, . . . , . v 1 L'aidait avec Tentrain d'u^e bonne. ao^itf^t 11 . a; . .
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93 MIRÊIO, GANT III.
Descoucounavon : elo-memo, Mirèio, à tout moumen, i femo
Pourgié li broat d'avaus, H dot de ronmania Ounte, à Fôudour de la mountagno» Tant Toulountié 'mé soun escagao La noblo toro s'embaragno
Que, coume rampau d'or, n'éron clafi dedin.
— Sus l'autar de la Bono Maire *, Jano-Mario à si coumaira
Venié douac, aièr, femo, anére lèu pourta De mi brout lou plus bôu pèr dèime : Ânsin lau, tôuti U milèime ; Car es pièi elo qu'à bel èime
Coumando, quand ié plais, i magnan de mounta.
— léu, digue Un dôu Mas de TOste, Ai belle pôu que me n'en costc !
Ix)u jour que tant boufavo aquéu gros Levantas, (D'aquéu laid jour vous n'en remembre !) Aviéu leissa, pèr destinèmbre, A brand lou fenestroun dôu membre...
Adès n'ai coumta vint, canela * sus lou jas ! —
Taven, pèr donna soun ajudo,
Peréu di Baus èro vengudo. \ Zèu Taven digue : — Toujour, mai que li vièi,
Gresès, li jouine, de counouisse !
Mai fau que l'âge nous angouisse,
Fau que l'on ploure e que l'on gouisse : Alor, mai bèn trop tard, l'on vèi e l'on counèi î
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MIREILLE, GQANT III. 93
On décoconnait : elle-méin6
Aux auxiliaires qu'elle aime NireiQe présentait les jets de romarin;
Odorante et saine brindille,
Qu'en filant, la noble chenille
Orne tant et tant qu'elle brille Comme une palme d'or sortant de son écrin.
— Sur l'autel de la sainte Vierge, Au lieu d'un bouquet ou d'un cierge,
Dit Jeanne, hier encpr, j'ai pris soin de porter
De mes brindilles la plus belle;
Ce soin m'est doux, j'y suis fidèle; * Car, somme toute, c'est bien elle Qui parle aux vers à soie et leur dit de monter.
— Moi, dit Iseult du Mas de l'Hôte, J'ai commis une grande faute!
Le jour que tant soufflait l'autan impétueux» (De l'oublier que Dieu me garde !) Pour n'avoir pas clos, par mégarde, La fenêtre de ma mansarde,
le Tiens d'en compter vingt aussi blancs que des œufe I --
Taven des Baux, qui donnait l'aide,
Dit alors : La leçon est raide ! Mais vous la méritez en croyant tout savoir !
Apprenez donc que la science
Ne vient que par l'expérience.
Et qu'il est tard, quand on commence ^pouvoir se flatter de connaître et de voir!
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94 MIRÈIO, CAÏ^T m
Vàatri, li femotartaTellOy
Se Tespelido parèis beJIo, Lèu-lèu que pèr carriero anas en bardoniant :
Fa mi magnan qu'es pas de crèire
Goume soun bèu! Venès lèi vèirel
L'Envejo rèsto pas à réire : Darrié vous à là chambro escalo en remotuniant
— Fan gau! te dira la vesîno ;
Es bèn tout clar qu'as ta crespino^ ! Mai tant lèu de contre elo auras vira lou pèd.
Te ié dardaio, renTejonsOy
Uno espinchado verinouso
Que te li brulo e te 11 nouso!... Es l'aoro, dires pièi, que me lis engipè *1
— Dise pas qu'acô ndun ié fagué, Respoundè Zèu. Goume que vague,
Poudiéu bèn, aquéu jour, barra moun fehestroun -* Di verinado que Tiue lanço, Quand dins la tèsto briho e danso, Faguè Taven, n'as donne doutançoT...
B sus Zèu entremen mandavo d'iue feroun.
— Oh ! pau-de-sén qu'emé l'escaupre Fumant la mort, creson de saupre
La vertu de l'abiho e lou secret déu mèu t Quau t'a pas di que, davans terme, Pôu, un regard lusènt e ferme, D6u femelan torse lou germe,
Di vaco poussarudo agouta li mamèu!
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MIREILLE, GHANT lU.
Vous autres, femmes sans cervelle.
Si réclosion parait belle. Dans tous les carrefours vous allez babillant t
Mes vers à soie! Oh! de la vie
Je n'en eus tant f J'en suis ravie;
Venez donc les voir! Et l'Envie Vous soit dans l'escalier et m0nte en gromtnelant'.
— Qu'ils sont beaux l dira ta toisinoi Tu naquis avec la crépine,
Cest é?id3nt I Et puis, quand nul ne la verra, Le front en dessous, l'envieuse Darde une œillade venimeuse, Qui te les noue ou te les creuse !...
Et tu diras après : le vent me les plâtra !
— Moi, je n'exclus aucun système. Répondit Iseult, tout de même,
En fermant sa fenêtre on se garantit mieux!
— Du maléfice que l'œil lance. Quand sous les cils il se balance. Tu doutes donc? Quelle ignorance!
Et Taven en parlant la dévorait des yeux !
— Insensé, qui pour sonder l'être Fouille la mort et croit connaître
U vertu de l'abeille, et le secret du miel ! Mais ne sais-tu pas qu'avant terme. Un seul regard, luisant et ferme, Des femmes peut tordre le germe,
Dénaturer le lait et le changer en fiel!
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m MIRÈIO, GANT IIl.
Is auceloun vèn la mascoto,
Rèn qu'à Taspèt de la machoto ; Au regard de la serp degoulon tout-d'abord
Lis auco,... e souto llue de Tome, • Tu, vos qu'un verme noun s'endrome ?. . .
Mai, contre i'iue dôujuvenome, Quand trespiro l'amour, la flamo, o l'estrambord,
Mounte es la chato proun savènto Pèr s'apara? — Quatre jouvènto
Lcissèron de si man escapa li coucoun : — Que fugue en jun, fugue en ôutobre» Toun aguïoun fau toujour qu'obre. Que ! ié cridèron, vièi coulobre !
Li drôle?... digo4é qu'avançon un brigoun!
Noun ! yenié la gaio ninèio. N'en voulén ges! parai, Mirèio?
— Se descoucouno pas, faguè, tôuti li jour : Sabe une fiolo, dins l'estivo, Qu'anas trouva fort agradivo... E MirèiOy despachativo,
Davalo dins lou mas escoundre sa ronjour.
— Bèn! iéu, mi bono, siéu bèn pauro! Acoumencè la fièro Lauro.
Mai s^ d'escouta res, iéu, l'aviéu envela. Quand lou rèi de Pamparigousto ' De sa man me farié soumousto, Sarié moun cbale, ma coungousto.
De lou vèire sèt an à mi pèd barbela!
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MIREILLE, CHANT IIL ^
Le seul aspect de la chouette
Aux oisillons tourne la tête ; Au regard du serpent Taigle tombe du ciel,...
Et tu voudrais qu'une chenille
Au regard de Thomme qui brille
Pût résister?... 0 pauvre fille! Quand l'œil d'un amoureux lance son trait mortel,
La vierge ne peut se défendre... -« Quatre fillettes au cœur tendre
Laissèrent de leurs mains échapper les cocons; Mais bientôt reprenant leur œuvre : ■— Faudra-t-il donc, vieille couleuvre, Que sans cesse ton dard manœuvre !
Les garçons te font peur ?... Qu'ils viennent, les garçons t
Pas une ici ne les redoute;
L'amour vaut moins cher qu'il ne coûte ; Mireille, qu'en dis-tu? — Je dis que toute ardeur
S'éteint, si rien ne la réveille ;
Et je cours prendre une bouteille
Dont la liqueur fera merveille... A ces mots, elle fuit pour cacher sa rougeur...
Et comme on devisait encore,
Ainsi parla la fière Laure : — Je suis pauvre, mais si, de n'avoir pas d'époux
J'avais fait vœu, le roi de France
Viendrait m'offrir son alliance.
Que ma plus douce jouissance Serait de le laisser sept ans à mes «enoux !
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0g MIRKIO, GANT III.
-- léu noun ! aqui digue Gleinènço»
Se quauque rèi, pèr escasènço, De iéu veni' amourous, pôu arriba bessai,
Subre-tout s'èro jouine e lèri
£ lou plus bèu de soun empèri»
Que, sènso taat de refoulèri, lie leissèsse pèr eu mena dins soun palaû
Mai uno fes que m'aurié messo
Emperairis e segnouresso, Emé capo ufanouso, à papàrri d'orfré,
Em' autour de ma tèsto caudo
Uno courouno qu'esbrihaudo,
Rèn que de perlo e d'esmeraudo, M'envendriéu,iéu la rèino, i Baus, moun paure endrél
Di Baus fariéu ma capitalo 1
Sus lou roucas que iuei rebalo, De nôu rebastiriéu noste vièi castelas :
Tapoundriéu uno tourrello
Qu'emé sa pouncbo blanquinello
Ajougneguèsse lis estello ! E pièi, quand voudriéu un pauquet de soûlas.
Au tourrihoun de ma tourriho,
Sènso courouno ni mantiho, Souleto emé moun prince amariéu d'escala.
Souleto em' eu, sarié, ma iistol
Cause de bon e de requisto
Peralin de perdre sa visto. Contre lou releisset, couide à couide apielal
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MIREILLE, CHANT IIL 90
— Pas moi ! reprit alors Clémence,
Et si le roi, par occurrence, De lues faibles appas devenait amoureux»
Surtout s'il était galant homme.
Et le plus beau de son royaume.
Ah ! pour le coup, vous verriez comme Je serais bientôt prête à me rendre à ses vœux.
Mais du jour où je serais reine,
Impératrice et souveraine. Sous mon manteau de pourpre, en mes riches lambrif ,
Lorsque j'aurais ceint la couronne.
Qui d'or et de rubis rayonne.
Fuyant l'ivresse qu'elle donne. Je reviendrais aux Baux, mon pauvre et beau paysl
Les Baux seraient ma capitale !
Sur leur roche monumentale, lia main rebâtirait leur noble et vieux château ;
Fendant l'air, attirant la vue,
Une tourelle à flèche aiguë
Irait se perdre dans la nue ! Et puis, de temps en temps, sur le donjon nouveau,
Sans diadème, sans mantille,
Sous mes habits de jeune fille, J'aimerais à monter avec mon amoureux...
Quel plaisir ! Quelle jouissance.
Tout seuls, coude à coude, en silence»
Suspendus sur le vide immense. Vers l'horizon au loin de promener ses yeux \
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100 MIRÊIO, GANT III.
De vèirc en pi en, fasié Glemènço,
Moun gai reiaume de Prouvènço Coume un claus d'arangié davans iéu s'espandi ;
E sa mar bluio estalouirado
Souto si colo e si terrado,
E li grand barco abandeirado, Poujanto à plen de vélo i pèd dôu Castéu d*I;
E Ventour ^ que lou tron labouro, Ventour que, vénérable, aubouro
Subre li mountagnolo amatado souto eu, Sa blanco tésto fin qu'is astre, Goume un grand e vièi baile-pàstre Qu'entre li fau e li pinastre.
Coula 'mé soun bastoun, countèmplo soun vaciéu;
E lou Rose, ounte tant de vilo
Pèr béure vènon à la filo En risènt e cantant s'amourra tout-de-long»
Lou Rose, tant fier dins si ribo,
E qu'Avignoun tant-lèu arribo,
Gounsènt pamens à faire gibo, Pèr veni saluda Nosto-Damo de Dom ;
E la Durènço, aquelo cabro,
Alandrido, feroujo, alabro, Que rousigo en passant e cade e rebauJîn»
Aquelo chato boulegueto
Que vèn déu pous 'mé sa dourgueto,
E que degaio soun eigueto En jougant 'mé li chat que troTO pèr camin.
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MIREILLE, CHANT IIL fOi
De Yoîr, dans sa magnificence,
Mon gai royaume de Provence S'étendre et caresser mon regard attentif;
Sa mer bleue aux splendeurs lointaines.
Et ses collines et ses plaines.
Et ses navires par centaines Cinglant à pleine voile autour du château d'If;
Le Yentour que la foudre assiège,
Et dont le front couvert de neige, Bien au-dessus des monts courbés sous son niveau.
Va se perdre dans les nuages ;
Tel qu'un pasteur des anciens âges,
A travers les hêtres sauvages, Debout, bâton planté, contemple son troupeau ;
Le Rhône, fier même â sa source,
Dont les flots baignent, dans leur course. Tant de belles cités, qui fond sur Avignon,
Et qu'aux abords de cette ville.
On voit, vers la plaine fertile,
S'infléchir en courbe docile, Pour aller saluer Notre-Dame de Dom;
La Durance capricieuse,
Qui, dans sa carrière orageuse. Déracine l'osier, abat le romarin.
Gomme une folle jeune fille.
Revenant du puits, éparpille
L'eau de sa cruche qui vacille, Et joue avec les gars qu'elle trouve en chemin.
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102 MIRÊIO, GANT IIL
Tout en disent eiçô, Glemènço,
La gènto rèino de Prouvènço, Quitè sa cadiereto, e dins lou caneslèu
Anè veja sa faudadouno.
Âzalaïs, bruno chatouno,
Emé Viôulano e sa bessouno (Qoe si gènt d'Ëstoubloun menavon lou castèu),
Azalals ', bruno chatouno,
Emé Viôulano sa bessouno. Au Mas di Falabrego ensèn venien souvent*
L'Amour, aquéu terrible glàri
Qu'is amo tèndro e nouvelàri
Se plais qu'à faire de countràri, l'avié donna d'ardour pèr lou même jouvènt*
Azalaïs levé la tèsto :
— Fiheto, perqué sian en fèsto, Meten, dis, qu'à moun tour fugue la rèino, iéul
E que Marsiho emé si vélo, £ la Giôutat, que ris em* elo, Emé Seloun e sis ameio, Béu-Gaire emé soun Prat, tout açô fugue miéu I
— Damiseleto e bastidano, D'Arle, di Baus, de Barbentano,
Diriéu, à moun palais landas coume d'aucèut Vole chausi li sèt pu belle, E pesaran dins Tarchimbello L'amour que troumpo o que barbèlo...
Gaiamen, tôuti sèt, venès teni counsèu!
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MIREILLE, CHANT IIL 103
Tout en parlant ainsi, Clémence,
La gente reine de Provence, Qmtte sa chaise et va vider son corbillon.
Âzalaïs la pastourelle
Avait Violane auprès d'elle ;
L'une de l'autre était jumelle, (Leurs parents cultivaient la terre d'Estoublon).
Azalaïs la pastourelle,
Et Violane sa jumelle. Tenaient souvent jaser chez le père Ramon ;
L'amour qui fait tout par caprice,
Chez qui tout est ruse et malice,
Avait, par surcroît d'artifice. Enflammé les deux sœurs pour le même garçon.
Azalaïs leva la tète :
— Admettons, pour combler la fête. Dit-elle, qu'à mon tour je sois femme d'un roi I
Que Marseille et sa Ganebière, Toulon et sa rade guerrière. Salon, la belle jardinière, Et Beaucaire et son Pré, tout cela soit à moi !
— 0 vous, dirais-je, dont on parle. Filles des Baux ou filles d'Arle,
Venez dans mon palais que dore le soleil ;
Je veux qu'il s'y tienne audience ;
Que l'amour vrai, que l'inconstance '
Y soient pesés à la balance. •• Sept, prises parmi vous, formeront ic conseil.
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\0\ MIRÊIO, GANT IIL
Ni'a pas pèr èstre maucoorado, Se i'a 'n parèu que bèn s'agrado,
Que, la mita dôu tèms, noun posque s'aparia? Mai iéu, Azalaïs la rèino, Dins moun empèrî, malapèino ! De quauco injuste e laide gèino
Se jamais un parèu se vèi countraria,
An tribunau di sèt chatouno Trouvara lèi que ié perdouno !
Pèr jouièu o pèr or, de sa raub^ d'ounour Quau fara pache, à sa mestresso Quau fara 'scorno vo treitesso, Au tribunau di sèt beilesso
Trouvaran lèi terrible e venjanço d'amour 1
E quand pèr une se rescontro Dous calignaire ; vo, pèr contro,
Quand se vèi dos chatouno amoureuse que d'un. Vole que lou counsèu désigne Quau mies ame, quau mies caligne, E d' èstre ama quau es pu digne...
Enfin, e pèr coumpagno au bèu damiselun,
Sèt felibre vole que vèngon ;
E, 'mé de mot que s'endevèngon, E niounte enaussaran lou noble roudelet.
Vole qu'escrigon sus de rusco
0 sus de fueio de lambrusco
Li lèi d'amour ; e tau di brusco Lou bonmèu coule, tau v^n coula si coublet.
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MIREILLE, CHANT HL 105
N'est-ce pas chose désolante.
Que souvent, malgré leur attente. Deux cœurs faits pour s'aimer ne puissent pas s'unir t
Eh bien ! je jure, moi, la reine.
Que si jamais, dans mon domaine,
Un couple que l'amour enchaîne Voit briser sans raison ses rêves d'avenir»
A la Gour rendant sa sentence
Il trouvera loi de clémence. Pour or ou pour joyau, de sa robe d'honneur
Qui fera pacte; à son amante
Qui fera trahison sanglante ;
Dans sa justice intelligente Lff Gour le frappera de la loi de rigueur.
Qu'une même fille convienne
 deux garçons, ou qu'il advienne Que deux filles aient l'œil sur le même garçon ;
Il faudra qu'à tel ou tel signe
La Gour reconnaisse et désigne
Le plus aimable et le plus digne... Enfin, pour rehausser l'éclat de ma maison.
J'y veux amener sept poètes. Qui, de myrtes ornant leurs têtes,
Aux arrêts de la Gouï* unissent leurs chansons > Et qui, sur Técorce des hêtres. De l'amour, dans leurs jeux champêtres. Gravent les lois, en toutes lettres ;
Le miel ne sera pas plus doux que leurs leçons 1
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f08 MIRÈIO, GANT III.
Ântan, di pin sonto lou tèomey
Ansin Faneto de Gantèume ^^ Dévié parla segur, quand soun front esfela
De Roumanin e dis Aupiho
Enluminavo li mountiho ;
Ansin la Goumtesso de Dio ^^^ Quand tenié court d'amour, segur dévié parla.
Mai, à sa man tenènt un fiasco, Belle coume lou jour de Pasco, Dins la chambre di femo, en aquéu tèms d'aqui, Mirèio ère tourna yengudo :
— An, se fasian une begudo ! Acd 'sgaiejo la batudo,
Faguè ; femo, aparas, avans de persegui. — *
E dôu flasquet bèn garni d'aufo, La liquoureto que rescaufo, Dins la tasso, à-de-rèng, raie couroe un fiéu d'en
— léu l'ai facho, aquelo menèslro, Digue Mirèio; s'amajèstro Quarante jour sus la fenéstro,
Pèr fin que lou soulèu n'adoucigue lou fort.
l'a de très erbo de mountagno ; E lou sumoustat que H bagne N'en garde une sentour qu'embaimo l'estonma.
— Mai, que ! Mirèio, — veici qu'a no Vèn à-n-aquesto, — ve, chascuno, Se quauque jour ère en fourtuno,
Nous a di ço que, rèino, aurié lou mai ama ;
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MIREILLE, CHANT III. 107
Ainsi, sur les vertes collines,
De Romanin dans les Alpines, Panette de Gant«(kne a dû souvent parler;
Et tel est aussi le langage
Que sans doute, dans son jeune âge.
Aux Cours d'afnour du voisinage, La comtesse 4e Die aimait à moduler.
Mais, pendant ce temps«là, Mireille
Arrive, montrant la bouteille Qa*aux rayons du cellier elle vient de choisir;
Et vive, et gaie, et sémillante,
A tout verre qm se présente
Verse la liqueur enivrante, Qa'on célèbre à la ronde et qu'on boit à plaisir.
Et de la bouteille épuisée Quand toute la liqueur rosée^ Goutte à goutte, eut passé dans chaque verre plein t
— C'est moi, dit-elle, qui l'ai faite; n faut, pour qu'elle soit parfaite, La laisser, pendant qu'où l'apprête»
Quarante jours entiers exposée au serein ;
Trois fines herbes de montagne. Qu'un clou de girofle accompagne. Un donnent le parfum qui réchauffe le cœur.
— C'est fort bien, dit alors Norade, Venant de boire sa rasade,
Mais tout à l'heure, en sa ballade. Chacune a dit ici son rêve de bonheur;
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108 MIRÈIO, GANT IIL
Tuperéu, digo lèu, Mirèio, Digo-nous tambèn touQ idèio ! — Que Youlès que vous digue?... Urouso emémigènt, A noste mas de Grau countènto, Ta pas rèn autro que me tènto.
— Ah ! faguè "lor una jouvèato, Verai, ço que t'agrado es ni d'or ni d'argent 1
Mai, un matin, iéu m'ensouvène...
(Perdouno-me, se noun lou tène, Mirèiol), èro un dimars ; veniéu de buscaia;
Goume anave èstre à la Grous-Blanco»
Emé moun fais de bos sus Tanco,
T'entre-veguère, dins li branco, Que parlaves em' un, proun escarrabiha !....
— Quau ? quau ? cridèron. De mounte éro t
— Emé lis aubre de la terro, Nourado respoundè, destriave pas bèn ;
Mai, se noun troumpo lou parèisse, Me semblé bén de recounèisse Aquéu que li panié saup tèisse, Aquéu Valabregan que ié dison Vincèn.
— Oh ! la capouno, la capouno ! Esclafiguèron li chatouno.
Avié 'nvejo, parèis, d'un poulit gourbelin.
E i'a fa 'ncrèire au panieraire
Que lou vouiié pèr calignairel
Oh ! la pu belle dôu terraire Qu'a chausi pèr galant Vincèn lou rampelint
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MIREILLE, CHANT III. 103
Mireille, de ta préférence Fais-nous aussi la confidence ! — Près d'une mère tendre et d'un père indulgent, Â notre mas de Grau, contente. Rien autre au monde ne me tente.
— Oh ! toi ! reprit l'impertinente,
Ce qui te plaît le plus n'est ni d'or ni d'argent S
Un matin, je me le rappelle...
(Et, malgré moi, je le révèle). Je revenais du bois, c'était jour de mardi;
Gomme j'arrive à la Groix-Blandie,
Avec mon fagot sur la hanche,
Je te vis derrière une branche. Avec un beau jeune homme et pas mal dégourdi! •••
— Qui donc? qui donc^ crièrent-elles. — - Songez que les feuilles nouvelles
Me gênaient, dit Norade, et qu'à peine en passant
Je l'ai vu; mais, à sa tournure.
J'ai reconnu, je m'en crois s^re,
Ge jeune homme, brun de figure. Qui tresse des paniers et qu'on nomme Vincent.
— Oh ! la coquette ! Oh I la Mponne ! Sans doute, que Dieu lui pardonne !
Sus doute pour avoir de plus jolis paniers.
Au vannier elle en fit accroire...
Voyez donc la plaisante histoire !
La plus belle du territoire, toi prend pour amoureux Vincent le va-nu-pieds I
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110 MIRÊIO, GANT III.
E la galejavon. Toat-d'unOy
E sus la caro de cadiino Permenanl tout au tour un regard de galîs :
Malavalisco vàutri, pèco!
Faguè Taven. Que la Roumèco '*
Vous rendeguèsse tôuti méco ! Passarié ion bon Dieu dins soun camin d'Alis,
Que se n'en trufarien, esturto ! D'aquéu Vincèn, à toute zurto,
Es bèUy parai? de rire!... £ sabès ço que tèn, Paure que paure?... Ausès Touracle : Même davans soun tabernacle, Dieu, uno fes, moustrè miracle I
Vous lou pode afourti, s'èi passa de moun tèir.
Ëro un pastre : toute sa Tido,
L'avié yiscudo asséuvagido, Dins Taspre Lebereun i3, en gardant soun avô.
Enfin, de-vers lou cementèri
Sentent plega soun cors de fôrri,
A Termitan de Sant-Ouquèri Vonguè se counfessa, coume èro soun de?ô«
Seul, esmarra dins la Vau-Masco ^^^ Desempièi si proumiéri pasco,
Dins glèiso ni capello avié plus mes li pôd; Tayié passa de la memôri Même sis ourol... De sa bôri Eu mountè donne à Termitôri,
E davans l'ermitan jusqu'au sôu se courbé.
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MIREILLE, CHANT IIL ili
Et comme pluie oa comme gréle^ Les traits railleurs fondaient sur elle ;
Qaand lançant tout autour un regard de travers Taven leur dit : — Filles maudites 1 Pour tous les ragots que vous fîtes, Que vos lèvres soient interdites !
Passerait le bon Dieu dans les cieux entrWvertSi
Qu^elles s'en moqueraient, les foJlesi
Voilà qu'en vos propos frivoles Voos raillez sans merci ce malheureux Vincent l.».
Qui le connaît ?... Oyez l'oracle :
 deux pas de son tabernacle.
Une fois Dieu fit un miracle! Je puis vous l'affirmer, le fait est tout récent.
C'était un pâtre : pauvre hère,
Qui vécut toiyours solitaire, En gardant son troupeau dans l'âpre Luberon ;
Quand la vague odeur de la bière
Lui vint du fond du cimetière.
Songeant à son heure dernière. Gomme tous, il voulut implorer son pardon.
Or, depuis sa plus tendre enfance.
Perdu dans l'ombre et le silence. Dans église ou chapelle il n'était plus entré ;
Tout ce qu'un bon chrétien doit croira
Avait fui loin de sa mémoire!...
Pourtant il gagne l'oratoire I>e Saint-Ëucher, et tombe aux pieds de son curé.
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m MIRËIO, GANT III.
— De que vous acusas, moun fraire? Digue loa capelan. — Pecaire !
Respoundeguè lou vièi, iéu m*acuse qu'un cop Dins moTia (roupèu, un galapastre (Qu'es un aucèu ami di pastre) VouJastrejavo... Pèr malastre
Tuère em'uncaiau lou paure guigno-co!
— Se noun lou fai à bel esprèssi, Aquel ome dèu èstre nèsci !
Pensé Termito... Ë lèu roumpènt la counfessioan :
— Anas penja su 'quelo barro, lé fai en estudiant sa caro, Voste mantèu, que iéu vau aro,
Moun fraire, yous douna la santo assoulucioun.
Aquelo barro que lou prèire,
Pèr lou prouva, ié fasié vèire, Ëro un rai de souléu que toumbavo en galis
Dins la capello. — De sa jargo
Lou bon vièi pastre se descargo,
E, creserèu, en Ter la largo... E la jargo tengué, pendoulado au rai lise!
— Ome de Dieu! cridè Terraito... E tout-d'un-lèms se precepito
I geinoui dou sant pastre, en plourant soun sadou :
— Iéu, se pôu-ti que vous assôugue? Ah! de mis iue que Taigo piôugue,
E sus iéu vosto man se môugue. Que vous sias un sautas, e iéu un pecadout
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MIREILLE, CHANT lU. 113
— Accusez Yos fautes, mon frère, Dit Termite. — Voici, mon père.
Ce dont je me confesse : Un jour dans mon troupeau
Arrive une bergeronnette
Oiseau propice à la boulette ;
Horreur! pendant qu'elle volette. fai, d'un coup de caillou, tué le pauvre oiseao.
— Vraiment! ou cet homme plaisante Ou sa raison est cbancelante !
Pensa le cbapelain, qui, pour voir de plus près,
Si c'était bêtise ou malice.
Lui dit: A cette perche lisse.
Allez pendre votre pelisse, Car je vais vous bénir et vous absoudre après*
Or, cette perche imaginaire
N'était qu'un beau rayon solaire Qui du haut du vitrail tombait obliquement.
Plein de foi, le pâtre s'avance
Saisit sa pelisse et l'y lance....
Et la pelisse, en récompense, Demeure suspendue à son rayonnement.
— Homme de Dieu! cria l'ermite. Qui tout ému se précipite
Aux pieds du pauvre pâtre, en pleurant de tout cœur:
Puis-je encor faire mon office!
Que de larmes mon œil s'emplisse.
Et que votre main me bénisse ! Car vous êtes un saint, moi je suis un pécheur.
B
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tu MIRÈIO, GANT III ^
E Taven finiguè soun dire.
I chato avié coupa lou rire. — Acô mostro, Laureto alor ajusté 'nsin,
Acô mostro, e noun lou countèsti,
Que noun fau se trufa dôu vièsti,
E que de tout peu bono bèsti... Mai, chato, reyenen. Goume un gran de rasin,
Nosto jouineto majouralo,
Ai vist que venié vermeialo, Tant lèu que de Vincèn lou dous noum s'éî ausi;.;^
Ta mai que mai!...^ejanl poulido,
Quant duré de téms la culido ?
En estent dous, Fouro s'ôublido. Es que! 'mé *n calignaire, avés toujour lesil...
— Travaias, descoucounarello! NTa panca proun, galejareilo?
Hiréio respoundé; farias dana li sant!
Oh ! dis, mai vés ! pér vous counfoundre. Pu léu que de me véire apoundre A-n-un marit, me vole escoundre
En un couvent de mourgo, à la flour de mis an.
— Tan-deran-lan ! tan-deran-léron 1 Tôuti li chato ensén cantèron.
Aneu ! eiçô sara la bello Magali,
Magali, que, dôu grand esglàsi Qu'avié pér Tamourous estàsi, En Arle au couvent de Sant-Blàsi,
Toute vivo, amémai courre s*enseveli.
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MIftEILLE, CHANT III. 115
Taven finit là son histoire...
Un frisson gagna Tauditoire. — Ceci prouTe, dit Laure, et ne le nions pas,
Que rhabit ne fait pas le moine,
Et qu'au plus maigre patrimoine
Tout champ peut donner bonne avoine... Mais, filles, revenons, revenons sur nos pas;
Au seul nom de Vincent, Mireille
A pris une teinte vermeille... Je Tai vu, ceci cache un mystère profond...
Etait-il tard, voyons, jolie.
Quand la cueillette fiit finie?
Lorsqu'on est deux, l'heure s'oublie ! Avec un amoureux le temps n'est jamais long!...
— Mais, travaillez donc, paresseuses f Cessez surtout d'être railleuses,
Dit-elle ; vos propos feraient damner le^ saints I Eh bien I que ceci vous confonde ; Sachez qu'avant que je réponde A l'amour d'un homme en ce monde.
Le dottre pourrait bien servir d'autres desseins,
— Tra la la la ! Que vous en semolel Répètent les filles ensemble;
Elle veut imiter la belle Magali,
Qui ne devait jamais se rendre. Qui, plutôt que de laisser prendre Son cœur par un sentiment fendre.
Aima mieux au couvent le voir enseveli.
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H6 MIRËIO, GANT IIL
Noro» an! d'aut! tu que tant bèn cantef, Tu que, quand vos, Tausido espantes,
Ganto-ié Magali, Magali qu'à Tamour Escapavo pèr milo escampo, Magali que se fasié pampo, Aucèu que toIo, rai que lampo,
E que toumbè pamens, amourouso à s<mn tour*
— 0 Magali, ma tant amadof.,.
Goumencè Noro ; e l'oustalado A l'obro redoublé de gaieta de cor;
£ coume, quand d'une cigalo
Brusis la cànsoun estivalo,
En Cor téuti reprenon, talo U chatouno au refrin partien téutis en Cor.
MAGALI
0 Magali, ma tant amado, Mete la tèsto au fenestroun ! Escouto un pau aquesto aubado De tambourin e de viéuloun.
Es plen d'estello, aperamount L'auro es toumbado.
Mai lis estello paliran, Quand te veiran
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MIREILLE, GHÂNT III. 117
Allons, allons, gentille Nore,
Toi, dont la yoix est si sonore. Chante-lui Magali, Magali qu'à Tamour
On croyait à jamais rebeUe ;
Qui, pour mieux fuir son étincelle.
Trouvait toujours ruse nouvelle, Et qui tomba pourtant amoureuse à son tour.
— 0 Magali, ma tant aimée t.. .
Nore entonne, et la maisonnée Redouble pour Touvrage et d'entrain et de cœur ;
Et, comme aux champs, quand la cigale
Agite sa frêle cymbale.
Le chœur suit ; d'une ardeur égale, Les filles an refrain partaient toutes en chœur.
MÂ6AL1
0 Magali, ma tant aimée! Ecoute un peu mon gai refrain ; Parais ! et tu seras charmée. Du son joyeux du tambourin.
D'étoiles d'or, le ciel est plein.
L'onde est calmée ; Mais quand les astres te verront.
Ils pâliront.
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li« MIRÈIO, GA^NT m.
— Pas mai que déu murmur di broundo De toun aubado iéu fau cas 1
Mai iéu m'envau dins la mar bloundo Me faire anguielo de roucas.
— 0 Magali, se ta te fas
Lou pèis de Toundo, Iéu, lou pescaire me farai.
Te pescarai! ' "■ -
— Oh! mai, se tu le fas pescaire. Ti vertoulet quand jilaras,
Iéu me farai Taucèu voulaire, M'eûYOularai dins li campas.
— 0 Magali, se tu te fas
L'aucèu de Taire, Iéu lou cassaire me farai, Te cassarai.
— I pcrdigau, i bouscarido. Se vènes, tu, cala ti las, Iéu me farai Terbo flourido
£ m'escoundrai dins li pradas-
— 0 Magali, se tu te fas
La margarido, Iéu Taigo lindo me farai, T'arrousarai.
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MIREILLE, GHÂMT III. flO
— Pas plus qu'un autre bruit du monde» Tes chants ne peuvent me toucher; Et je m'en vais dans la mer blonde Me faire anguille de rocher,
— - 0 Magali, si tu te fais
Poisson de l'onde, De l'onde j'irai m'approcher
Pour te pêcher!
— Si je te vois sur le rivage Voulant me prendre dans tes rets. Je deviendrai l'oiseau sauvage Qui vit à l'ombre des forêts.
— 0 Magali, si tu te fais
Oiseau volage,
Au bois, tu me verras passer
Pour te chasser.
— Si jamais de l'oisellerie Je vois les engins préparés^ Je deviendrai l'herbe fleurie Qui forme le tapis des prés.
- ' 0 Magali, si tu te fais
Verte prairie, Eau vive, j'irai m'épuiser A t'arroser.
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190 MIRÈIO, GâNT III.
— Se tu te fas Teigueto lindo, léu me farai lou nivoulas, £ lèu m'enanarai ansindo A rAmerîco, perabasi
" 0 Magali, se tu t'envas
AlinisIndOy L'auro de mar iéu me farai.
Te pourtarai !
— Se tu te fas la marinado, Iéu fugirai d'un autre las : Iéu me farai Tescandiliado
Déu grand soulèu que found lou glasî
— 0 Magali, se tu te fas
La souleiado, Lou yerd limbert iéu me farai, E te béurai I
— Se tu te rendes l'alabreno Que se rescound dins lou bartas, Iéu me rendrai la luno pleno Que dins la niue fai lume i masc I
— 0 Magali, se tu te fas
Luno sereno, Iéu belle nèblo me farai, T'acatarai.
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MIREILLE, GHAMT ICI. 12!
*- Si tu te fais l*onde limpide» Nuage, moi, je deviendrai. Et là-bas, loin, dans la Floride, Par le ciel bleu je m'en irai t
— 0 Magali, si tu te fais
Nuage humide. Vent doux, j'irai me délecter
A te porter !
— Si tu te fais brise légère. Je fuirai d'un autre côté. Je serai la brillante sphère Du grand soleil qui luit Tété !
— 0 Magali, si tu te fais
Rayon solaire. En lézard je m'allongerai, Je te boirai !
— Si ton astuce se promène En lézard yert dans les hallien, Moi, je serai la lune pleine. Qui la nuit guide les sorciers !
— 0 Magali, si tu te fais
Lune sereine. Je deviendrai brouillard léger Pour t'ombrager.
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122 MIRÈIO, GANT III.
— Mai se ]a nèblo m'eumantello. Tu, pèr acô, noun me tendras; léu, bello roso viergineUo, M'espandirai dins Tespinasl
— 0 Magali, se tu te fas
La roso bello, Lou parpaioun iéu me farai^ Te beisarai.
— Vai, caliguaire, courre, courre ! Jamai, jamai m'agantaras.
Iéu, de la rusco d'un grand roure Me yestirai dins lou boujscas.
— 0 Magali, se tu te fas
L'aubre di moure, Iéu lou ciot d'èurre me farai, T'embrassarai I
— Se me vos prene à la brasseto, Rèn qu'un vièi chaine arraparas... Iéu me farai bianco moungeto
Déu mounastié déu grand Sant Bias !
— 0 Magali, se tu te fas
Mouujo blanqueto, Iéu, capelan, counfessarai, E t'ausirai t
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MIREILLE, CHANT III. 19^
— Si tu te fais la brume pâle , Pour voiler mon disque argenté. Moi, d'une rose virginale J'aurai l'odeur et la beauté !
7- 0 Magali, si tu te fah
Fkiur du Bengale, Papillon^ j'irai m'y poser
Pour te baiser.
— Oh! vole, vole à perdre haleine t Ton vol sera désespéré;
Gar de l'écorce d'un grand chône Au bois je me revêtirai.
— 0 Magali, si tu te fais
Yeuse ou frêne, Moi, lierre, au pied, j'irai pousser. Pour t'embrasser 1
— Si le lierre vers moi se penche, Croyant m'enlacer à son gré,
Sous un long voile, un beau dimanche, J'entre au couvent de Saint-André!
— 0 Magali, si tu te fais
Nonnette blanche. Moi, prêtre, je confesserai, Je t'entendrai t
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124 MIRËIO, GANT III.
Aqui li femo ressautèron;
Li rous coucoun di man toumbèroo.. E cridavon à Noro : Oh ! digo, digo pièi
Ço que faguè, 'n estent moungeto,
Magali, que déjà, paureto !
S'èi facho roure emai floureto, Luno, soulèu e nivo, erbo, auceloun e pèi.
— De la cansoun, reprenguè Noro, Vous vau canta ço que demoro.
M'erian, se m'ensouvèn, au rode ounte elo dis Que dins la clastro yai se traire, E que respond l'ardent cassaire Que i' intrara pèr counfessaire..*
Mai d'elo tourna-mai ausès l'entra vadis :
— Se d6u couYènt passes li porto, Téuti 11 mounjo trouvaras Qu'à moun entour saran pèr ortOi Car en susàri me veiras 1
' 0 Magali, se tu te fas La pauro morto,
Adounc la terro me farai, Aqui t'aurai t
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MIREILLE, CHANT III. 12$
Ici les femmes se pâmèrent ;
Les cocons roux leur échappèrent... Et toutes s'écriaient : Mais dis-nous, sans retard.
Ce que fit, derrière sa grille,
Magali, cette pauvre fille.
Qui tour à tour, fut rose, anguille. Lune, soleil, nuage, oiseau, lierre ou lézard.
— De la chanson, répliqua Nore, Il reste peu de chose encore ;
l'en étais, je crois bien, à ce couplet qui dit Que Magali se fait nonnette, Pour échapper, sous sa cornette, A son amoureux qui la guette...
Toici quel fut enfin le moyen qu'elle prit :
— Si tu franchis la sombre porta Du monastère reculé, Les nonnes t'y feront escorte Autour de mon cercueil scellé 1
— - 0 Magali, si tu te fais La pauvre morte.
Moi, la terre je deviendrai, Là, je t'aurait
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m UIRÈÎO, GANT III.
— Aro coumencd eniin de crèire Que noun me parles en risènt : Yaqui raoun aneloua de vèire Pèr souvenènço, o bèu jouvônt!
— 0 Magali, me fas de bèn!.«.
Mai, tre te vèire,
Ve lis es^ello, o Magali,
Coume an pali^*!
Noro se taiso; res mutavo.
Talamen bèn Noro cantavo, Que lis autro, enteria, d'un clinamen de front
L'acoiunpagnavon, amistouso,
Goume li mato de moutouso
Que, penjouleto e voulountouso, Se laisson ana 'nsèmble au courrènt d'uno font.
— Oh ! lou bèu tèms que fai deforo 1
En acabant jyustè Noro... liai déjà M segaire, à Taigo d6u pesquié,
De si daioun lavon la goumo...
X]luei-nous, Mirèio, quàuqui poumo
Di sant-janenco, e 'mé 'no toumo Nautre anaren gousta sout li falabreguié.
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MIREILLE, CHANT Ilf. Iti
— Tu ne deviendras pas la terre, Car je vais me rendre à tes vœux; Voici mon annelel de verre, Pour souvenir, bel amoureux!
— 0 Magali, je suis heureux !...
Mais toi, sois fièrel Car, les étoiles ont pâli, Vois! Magali!
Nore se tut ; tout fit silence* Le front des filles en cadence.
Pendant qu'elle chantait, d'un léger penchement Semblait lui battre la mesure ; Telle la verte chevelure Du souchet sur une onde pure.
Ondoie avee ses plis et suit son mouvement.
— Oh! iit Nore, quel temps superbe
Il doit faire là-bas sur l'herbe!... Mais déjà les faucheurs au cristal des viviers,
De leurs faux vont laver la gomme...
Qu'à son tour notre ouvrage chôme !
Gaeille-nous, Mireille, une pomme, Et nous irons goûter sous les Micocouliers !
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NOTES DU CHANT TROISIÈME
1. Lou bon muscat de Baumo (le bon muscat de Baume). Baume, village du département de Vaucluse, produit un vio muscat estimé.
2. Lou Feiigoulet (le Ferigoulet), excellent yin qu'on ré- colte sur un coteau des collines de Graveson (Bouches-du- Rhône). — Ferigoulo signifiant thym en provençal, le vin de Ferigoulet, comme son nom Tindique, rappelle agréablement le parfum de cette plante.
/3. La Bono Maire (la Bonne Mère), la sainte Vierge.
4. Canela (blanchis) se dit des vers à soie atteints de la terrible maladie appelée muscardinej due au développe- ment d*une moisissure qui leur donne une apparence plâ- trée.
5. As ta crespino (tu es née coiffée). — Crespino, coiffe, membrane que quelques enfants portent sur la tête en venant au monde, et qui est aux yeux du peuple un indice de bonheur.
6. Engipè (plâtra). (Voyez la note 4, même chant)
7. Pamparigousto (Pamparigouste). Pays imaginaire, comme celui de Cocagne.
8. Lou Ventour (le Ventour), haute montagne, â 48 kilo- mètres au nord-est d*Avignon, s'élevant tout â coup à 1911 mètres au-dessus du niveau de la mer, isolée, escarpée, visible de quarante lieues, couronnée de neige durant six
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NOTES DU CHANT III. 129
mois de Tannée. C'est à tort que les géographes écrivent VerUoux au lieu de Ventour. Les populations voisines de cette montagne prononcent unanimement Ventour, Un de ses appendices porte le nom de Ventouret, et un certain vent du nord s'appelle la Ventoureso^ parce qu'il vient de ce côté.
9. AiàlaUt forme provençale du nom propre Adélaïde.
10. Fanette de Gantelme. — Estéfanette, et par abrévia- tion Fanette, de la noble famille des Gantelme. présidait, vers 1340, la Cour d'amour de Romanin. On sait que les Cours d'amour étaient des assises poétiques où les dames les plus nobles, les plus belles, les plus savantes en Gay-saber, jugeaient les questions de galanterie, les litiges d'amour, et décernaient des prix à la poésie provençale. La belle et célè- bre Laure était la nièce de Fanette de Gantelme, et faisait partie du gracieux aréopage.
Non loin de Saint-Remy, au pied du versant septentrional des Alpines, on voit encore les ruines du château de Ro- manin.
11. La comtesse de Die, célèbre trouveresse du milieu du douzième siècle. Les chants qui nous restent d'elle contien- nent des élans plus passionnés quelquefois et plus voluptueux que ceux de Sapho :
Bels amies, avenèns e bos, (^uora us tendrai en mon podert E que jaguès ab os un ser, E que'us dès un bais amoros I
12. La Roumèco (la Roumèque), espèce de vampire méri- dional. Voici comment la décrit le marquis de Lafare^Âlais, dans ses Castagnados :
Sus vint arpo d'aragno S'escasso soun cors brun... Soun ventre que regagno. De fèbre e de magagno Buso l'orre frescnn.
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130 NOTES DU CHANT III.
13^ Leberoun (Lubéron), chaîne de montagnes du départe* ment de Vauclusc.
14. Vau-Masco (Yalmasque, vallée des sorciers), yallée du Lubéron, habitée jadis par les Yaudois.
15. On trouvera à la fin du volume l'air populaire sur le- quel a été composée la chanson de Magali.
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CANT QUATREN
LI DEMANDAIRS
I^ou tèms di vi6uleto. — Li pescadou d6u Martegue. — Très cali- l^naire vènon demanda Ilirèio : Alàri lou pastre, Veran lou gardian, Ourriaa lou toucadou. — Alàri, ai capitau d'ayë. — La toundeaoun.
— Visko d'un escabot que davalo dis Aup, anant en iyernage. — Entre-viato d' Alàri emé Ilirèio. — Lis Antico de Sant-Roumië* — Liéurèio d6u pastre, lou coucourelet de bouis eserincela. — Alàri es chabi. — Lou gardian Veran. — Li cavalo blanco de Gamargo.
— Veran demando Mirèio à Mèske Ranioun. — Lon Yièi loa reçanp en grand joio, Mirèio lou refuse. — Ourrias, lou doumtaire de tao.
— Li brau nègre séuvage. — La Ferrado. — Ourrias e Mirèio à la font. — Lou toucadou es chabi.
Véngue lou tèms que H viôuleto,
Dins li pradello frescouleto, Espelisson à flo, manco pas de paréu
Pèr ana li cueie à Toumbrino !
Véngue lou tèms que la marino
Âbauco sa fîèro peitrino E respire plan-plan de tout! si mamèu,
Manco pas bèto e sicelando ^
Que déu Martegue 2, à bèlli bando,
S'envan de si paiolo ' embourgina lou pèis S'envan, sus Talo de si remo, Escampiha sus la mar semo ; Véngue lou tèms qu'entre li femo,
L'eissame di chatouuo e fleuris e paréis.
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GHANT QUATRIÈME
LES PRÉTENDANTS
La saison des violettes. — Les pêcheurs du llartigue. — Trois pré- tendants briguent la main de Mireille : Alari, le berger; Vëran, le gardien de chevaux ; Ourrias, le toucheur de taureaux. — Alàri, ses richesses en brebis. — La tonte. — La transhumance ; description d'an grand troupeau qui descend des Alpes. —Entrevue d' Alari et de Mireille.— Le mausolée de Saint-Remy. —Offrande du berger, la coupe de buis sculpte.— Alari est ëconduit. — Véran, le gardien de chevaux. — Les cavales blanches de Camargue. — Vëran de- mande Mireille à Maître Ramon.— Joie et bon accueil du vieillard; refus de Mireille. — Ourrias, le dompteur de taureaux. — Les taureaux noirs sauvages. — La Ferrade. — Ourrias et Mireille à la fontaine. — Le toucheur est ëconduit.
Vienne le temps où les prairies
De violettes sont fleuries, Que d'amoureux aux champs pour aller les cueillir,
A pleins bouquets, sous la verdure I
Vienne le temps où calme et pure,
La mer apaisant son murmure. Semble se pâmer d'aise aux baisers du zéphir.
Que de vieux pécheurs au Martigue, l Qui, sans péril et sans fatif^ue.
S'en vont sur leurs bateaux tendre au loin leurs filets.
S'en vont, sur l'aile de leurs rames
S'éparpiller parmi les lames... !
Vienne le temps où grandes dames Et fillettes des champs tendent aussi leurs rets.
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134 MIRÈIO, CANT IV.
Que pastourello vo coumtesso Prenon renoum de poulidesso,
Manco pas calignaire, en Grau e i castelas; E rèn qu'au Mas di Falabrego N'en venguè très : un gardian d'eg(^ Un peîssejaire de junego,
Em* un pastre d'avé, tôuti très bèu droulas.
Venguè premié lou pastre Alàri.
Dison qu'avîé milo bestiàri Arrapa, tout Tivèr, long dôu clar d'Entressèn*,
I boni bauco salabrouso.
Dison qu'eiça quand Iqu blad nouso,
Dins li grandis Aup fresqueirouso Êu-meme li mountavo» entre que Mai se sèut.
Dison peréu, — e m'es de crèire, ^ Que, vers Sant Marc, i'a nôu toundèire
Que, très jour, ié toundien, e d'ome renouma! E iéu noun comte aquéu que lôvo Lis aus de lano blanco e grèvo Ni lou mendi que sènso trèvo
Carrejavo i toundèire un douire lèu chima.
Mai quand la caud pièi s'apasimo, E que la nèu sus li grand cimo
Adeja revouluno i terraire gavot, De l'inmènso piano Gravenco Pèr destepa l'erbo ivemenco. Dis âuti coumbo Déufinenco
Falié vèire descendre aquéu ricbe escaboi!
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MIREILLE, CHANT IV. 135
Que de soupirants dans le monde
Vont courir la brune et la blonde. L'un à rhumble chalet, l'autre au manoir altier I
G'esf ainsi qu'au Mas que signale
Sa richesse proverbiale,
A très-peu de jours d'intervalle, Il en vint trois : un pâtre, un gardien, un bouvier.
Alari, le pâtre, commence.
Ses grands troupeaux, en abondance. Paissent pendant l'hiver au quartier d'Ëntressen;
Mais de la caillouteuse plaine ,
Lui-même, en prudent capitaine.
Vers la montagne il les emmtoe. Dès que de Mai fleuri le souffle se ressent.
On dit, — et ce n'est pas un conte, —
Que pour en achever la tonte Neuf tondeurs de renom mettaient au moins trois jours;
Sans parler de l'homme de peine
Qui choisit et classe la laine.
Ni du bergerot qui promène Le broc sans cesse vide et qu'il remplit toujours.
Quand du froid on sent les approches.
Et qu'aux sommets des grandes roches La neige tourbillonne avec son blanc manteau.
De la montagne pastorale,
Chassé par la froide rafale.
Et venant vers l'herbe hivernale, il était beau de voir descendre ce troupeau !
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136 MIREIO, GANT I?
Falié vèire aquelo escarrado
S'esperlounga dins la peirado! En front de tout lou rai, Tagnelun premieren
Sautourlejo pèr bando gaio...
Ta Tagnelié que lis endraio.
L'ensounaiado bourriscaio, £ li poutre, e M saumo, à béudre li seguien.
D'escambarloun dessus la bardo,
Es Tasenié que n'a la gardo : Dins lis ensàrri d'aufo, es éli, sus lou bast,
Éli que porlon la raubiho,
E la bevèndo e la mangiho,
£ dôu bestiàn que s'espeio lia peu enca saunouso, e l'agneloun qu'es las.
Gapitàni de la bregado,
E li bano revertegado, Après venieu de frcmt, en brandant si redoun,
E lou regard vira de caire,
Cinq fîèr menoun cabessejaire;
Darrié li bôchi vèn li maire, E li fôli cabreto, e li blanc cabrctoun.
Troupo courriolo emai groumando. Es lou cabrié que la coumando.
U mascle de Tavé, li grands esparradou
De quau li mourre en l'èr se drèisson, Dins la carrairo aqui parèisson : A si grand bano se counèisson,
Très fes envertouiado autour de Tausidou ,
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MIREILLE, CHANT IV. 137
Quel spectacle, quand cette foule
Le long du chemin se déroule ! En tète l'agnelier, que les jeunes agneaux
Siiivent en ordre de bataille...
Un peu plus loin, par rang de taille.
Les ânes avec leur sonnaille S'avancent au milieu de leurs ànons pouveaux.
A califourchon, sur sa selle,
L'ânier les a sous sa tutelle. Dans les paniers cordés, sur le bât, ce sont eux
Qui portent le pain, le breuvage,
Les ustensiles de ménage.
Les peaux qu'un récent habillage Laissa rouges de sang, et l'agneau souffreteux.
De front sur la même rangée,
Cornes en l'air, barbe allongée, l-iO regard de travers, en princes du troupeau.
Cinq boucs à tête menaçante ,
Branlent leur clarine bruyante;
Puis viennent la chèvre arrogante. Et la chevrette folle et le petit chevreau ;
Race indocile, à dent cruelle.
Du chevrier lassant le zèle. Les mâles des brebis, les béliers conducteurs,
Dont les museaux dans l'air se dressent.
Après les chèvres apparaissent ;
Leurs Altesses se reconnaissent Aux cornes dont trois plis modèrent les hauteurs ,
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t38 MIRÊIO, GANT lY.
E peréu (ounourable signe
Que d6u troupèu acô 's li segne)
An li costo flottcado e l'esquino tambèn. Caraino en tèsto de la troupe Lou baile-pastre, e de sa roupo Li dos espalo s*agouloupo.
Mai lou gros de Tarmado arribo d'un tenènt*
E 'n une pôusso nivoulouso,
E di proumiero, e di conchouso, Gourron lis agnelado, en bramant loungamen
Au belamen de si berouge;
E, lou coutet flouca de rouge,
Ensèn pôussejon lis anouge B li môutoun lanu que ?an paloutamen ;
Li pastriboun de vouto en vôuto, £ qu'i chin cridon : A la vôutol
E, pega sus lou flanc, Tinnoumbrable Taciéu, Li nouvello, Ji tardouniero, E li segoundo, e li manière, E li fegéundi bessouniero ^
Qu'an peno à tirassa soun ventre empachatién.
Escarradoun tout espeiôti.
Entre li turgo, li yièi môti Qu'an agu lou dessouto i batèsto d'amour»
Emé li berco e li panarde,
Glauson enfin la rèire-gardo,
Aret creba, triste desfardo. Qu'an perdu tout ensén e li bano e l'ounour.
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MIREILLE, CHANT lY. 139
Gomme encore aux nombreuses houppes Qui s'échelonnent sur leurs croupes.
Cest devant les béliers, son bâton à la main. Ayant au bras sa houppelande, Que le chef des pâtres commande. Qu'il morigène et réprimande
Tout membre du troupeau qui quitte son chemin*
Dans un nuage de poussière.
Le gros de l'armée est derrière ; Les brebis répondant par de longs bêlements
Aux bêlements de leur lignée ;
Les gros agneaux vieux d'une année,
Ayant la tête enrubannée; Et les moutons laineux qui marchent à pas lents.
Les bergerots, aides modestes,
Qui par leurs cris et par leurs gestes Encouragent les chiens courant et bondissant
Pour maintenir la discipline;
Puis toute cette plèbe ovine.
Qui, les flancs marqués de résine, A du mal â traîner son ventre embarrassant.
Puis enfin, à l'arrière-garde.
Tous ceux que leur âge retarde ; Les moutons de rebut, les brebis sans valeur.
Les invalides, les boiteuses.
Et Jes béliers à peaux galeuses.
Qui dans les luttes amoureuses Perdirent â la fois les cornes et l'honneur.
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140 MIRÈIO, CANT IV.
E tout acô, fedo e cabraîro. Tant que n'i*avié dins la carrairo,
Èro d'Alàri, tout, jouine e vièi, bèu o laid.,. £ davans eu quand davalavon, Qu'à cha centeno d^filavon, ÀTié sis iue que se chalavon...
Pourtavo, coume un scètre, un rebatun de plai.
E 'mé si blane chinas de pargue Que lou seguien dins li relargue,
Li geinoun boutouna dins si guèto de peu, E rèr seren, e lou front sàvi, L'aurias cresu lou bèù rèi Dàvi Quand, sus la tardo, au pous dis àyi
Anavo, en estent jouine, abéura li troupèu.
— Vaqui Mirèio que vanego
Davans lou Mas di Falabrego ! Digue lou pastre... Oh! Dieu ! m'an di la verita :
Ni dins lou plan, ni sus l'auturo,
Ni pèr verai, ni pèr pinturo,
léu n'ai ges vist qu'à la centuro lé vague, pèr lou biais, la gràci, la béuta!
Que, rèn que pèr la vèire, Alàri
S'èro escarta de soun bestiàri. A dre d'elo pamens quand fugue : Pourriés-ti,
lé fai d'une voues que trémolo,
Me faire vèire uno draiolo
Pèr travessa li mountagnolo? Autramen, chatoj ai pôu de pas me n en sourti.
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MIREILLE, CHANT IV. 14f
Et tout cela, Tavant, Tarrière,
Béte fine, béte grossière, leune ou vieux, blanc ou noir, tout était d'Âlaril,..
Leur nombre et leur bonne tenue.
Quand il en faisait la revue,
Délectaient son cœur et sa vue... Un gouBdin blanc était son sceptre favori»
Et quand, suivi le long du fleuve
De ses grands chiens de Terre-Neuve,
Les genoux boutonnés dans ses guêtres de peau, Il promenait ses goûts champêtres, Vous auriez cru voir sous les hêtres, David, au puits de ses ancêtres.
Allant dans sa jeunesse abreuver son troupeau
Mais tout à coup voilà Mireille
Qui se promène sous la treille I . — Ciel ! dit-il, on m'avait bien dit la vérité ,
Et pas plus en cliair qu'en peinture
Je n'ai connu de créature
Qui puisse aller à sa ceinture, Pour la taille, le port, la grâce et la beauté.
C'était pour la voir,, on s'en doute,
Qu'Alari s'était mis en route; i Et dès qu'il l'aperçut, voulant la pressentir :
— Belle ! dit-il, d'un air timide,
Je cherche un avis qui me guide
A travers cette côte aride. Sinon, j'aurais grand peur de ne pas en sortir.
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142 MIRÊIO, GANT IV.
— Fa que de prene la drechiero, Vés ! respoundè ]a masag^iero,
E pièi de Pèîro-Malo enregas lou désert, E caminas dins la vau torto, Fin que vegués uno grand porto, Emé 'no toumbo que suporto
Dons generau de pèiro, eilamount dins lis ir ^;
Ëi ço qu'apellon lis Antîco.
— Gramaci! lou jouvènt replico... Milo bèsti d'avé, pourtant ma marco, en Grau,
Mounton deman à la mountaguo, E iéu précède la coumpagno Pèr ié marca dins la campagne, Li coussou, la couchado, e peréu lou carrau.
E tout de bèstio finol... E quouro Que me maride, ma pastouro
Entendra tout lou jour canta lou roussignèu... E s'aviéu Tur, belle Mirèio, Que tu vouguèsses ma lîéurèio, Te semoundriéu, noun de daurèio,
Mai un vas que t'ai fa, de bouis, e flame-nôu. —
E de parla tant lèu s'arrèsto, Goume un relicle, de sa vôsto
Sort un coucourelet taia dins lou bouis viju, Gar, à sis oureto de pauso, Amavo, asseta su 'no lauso. De s'espassa 'n-aquéli cause;
E rôn qu'emé 'n coutèu fasié d'obro de Dieu!
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MIREILLE, CHANT IV. 143
— Vous n'avez qu'à suivre la voie
Qui sur la droite se déploie. Dit Mireille; par là vous allez aux déserts
De Peyremale, et de la sorte
Vous atteignez la gi*and6 porte
Et le grand tombeau qui supporte Deux généraux de pierre élevés dans les airs
C'est ce qu'on nomme les Antiques ,
Des Romains ce sont des reliques. — Merci, dit le berger, mille bétes demain
Doivent aller à la montagne ;
Quoiqu'un pâtre les accompagne.
Je fais moi-même la campagne , Pour marquer la couchée et montra le chemin.
C'est la fleur de ma bergerie... ' Et si jamais je me marie, Ma femme sera plus que la femme d'un toi ;
Et si toi, belle, d'occurrence.
Tu voulab de mon alliance.
Je t'offrirais en récompense Un beau vase de buis que j'ai taillé pour toi.
Et sans attendre de réponse.
De sa veste, où sa main s'enfonce, U sort un, vase roux fait du buis le plut beau.
Car bien souvent pour se distraire.
Dans sa demeure solitaire,
Alari se plaisait à faire Des œuvres d'un grand art du bout de son couteau.
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144 MIREIO, CàNT IV.
E d'uno man caseareleto
Escrincelavo de clincleto Pèr la niue, dinç lou champ, mena soun abeié;
E sus lou càmbis di sounaio,
E sus Tos blanc que li mataio,
Fasié de taio e d'entre-taio, Ede flour, e d'aucèu, e tout ço que vouliô.
Mai lou vas que venié d'adurre,
Aurias nega, tous Tassegure, Qne i'aguèsse passa coutèu de pastrihoun :
Uno massugp bèn flourido
A soun entour èro espandido;
E dins si roso alangourido, Dous fabrôu lé peissien, fourmant li manihoun.
Un pau plus bas, vesias très fiho
Qu'èron segur très meravihol... Pas liuen, des$outo un cade, un pastourèu dourmii,
Li fouligàudi chatouneto
Se n'aprouchavon plan-planeto,
E ié metien sus la bouqueto Uno alo de rasin qu'ayien dins soun pani&
E lou pichot que soumihavo
Tout risoulet se revibavo ; Ë l'uno di chatQuno avié Ter esmôugu**.
Sens la cot^lour dôu racinage, ,
Aurias di que li personnage
Èron viéu di1is aquel ôubrage... Sentie ^n^aro lou nôu, i'avié panca begu.
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MIREILLE, CHANT IV, 145
Ainsi de sa main fantaisiste
11 découpait, mieux qu'un artiste. Des claquettes de bois pour garder les troupeaux ;
Sur le collier d'une clarine,
Ou sur l'os blanc qui s'y dandine,
Il gravait des fleurs d'églantine, Des arbres et des fruits, des nids et des oiseaux.
Mais le vase fait pour Mireille
Était une telle merveille, Que nul ne l'aurait pris pour l'œuvre d'un berger ;
On y voyait, entre autres choses.
Un grand rosier chargé de roses ;
Et gracieuses dans leurs poses, Deux biches formaient Tanse avec leur pied léger.
Un peu plus bas, sur des fougères,
Folâtraient trois jeunes nergeres. Non loin d'un pastoureau dormant sous le rosier;
Et sur sa lèvre souriante,
Chacune d'une main prudente,
Avec une grâce charmante. Suspendait un raisin puisé dans son panier.
Et l'enfant comme pour leur plaire
Entr'ouvrait un peu sa paupière ; Et Tupe des trois sœurs avait 1 air tout ému ;
Les herbes, les fleurs, le feuillage.
Les traits de chaque personnage.
Tout vivait dans ce bel ouvrage... Et dans ce vase neuf personne n'avait bu.
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146 MIUÈIO, CANT IV.
— En verita, digue Mirèio, Pastre, fai gau, vosto liéurèîo... —
E TespinchaYO. Pièi partiguè tout d'un bound :
— Moun bon-ami n'a 'no plus bello : Soun amour, pastre ! E quand me bèlo, 0 feu que baisse li parpello,
0 dins iéu sente courre un bonur que me poun.*.
E la chatouno, coume un glàri
Despareiguè... Lou pastre Alàri Estremè soun vasèu ; e plan-plan, à l'erroiir^
Eu s'enanè de la bastido,
E la pensado entreboulido
Qu'aquelo chato tant poulido Pèr autre que pèr eu aguèsse tant d'amour 1
Au même Mas di Falabrego
Venguè tambèn im gardian d'ego. Veran. Aquéu Veran ié venguè déu Samba*.
Au Sambu, dins li grand pradello
Ounte fleuris la cabridello*,
Avié cent ego blanquinello Despounchant di palun li rousèu escambo.
Cent ego blancol I^a creniero»
Coume la sagno di sagniero, Onndejanto, fougouso, e franco dôu cisèu.
Dins sis ardèntis abrivado,
Quand pièi partien, descaussanado,
Coume la cherpo d'uno fado, En dessus de si côu floutavo dins lou cèu.
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MIREILLE, CHANT IV. 147
— Oui, votre coupe est fort jolie
Dit Mireille, et d'un œil d'envie Elle l'admirait. . puis, partant d'un air moqueur :
Mais j'en sais une bien plus belle,
L'amour de mon ami fidèle;
Et quand sur moi luit sa prunelle, Il faut baisser les yeux ou mourir de bonheur...
Comme un lutin qu'un diable étrille^
S'évapora la jeune fille... El le berger confus, fermant dans son étui
La coupe qu'on ne veut pas prendre,
Repartit sans pouvoir comprendre
Gomment une fille aussi tendre Concevait tant d'amour pour un autre que lui !
Bientôt, aux heures matinales.
Arrive un gardien de cavales, Véran, le beau Véran ; il venait du Sambuc;
Du Sambuc, aux immenses plaines,
De cabridelles toutes pleines.
Où ses cavales par centaines Epointaient les roseaux et vivaient de leur sae.
Cavales blanches I Leur crinière
S'étalait sur leur tête altière. Ondoyante, tou£fue et franche des ciseaux ;
Et sitôt qu'à leur fougue innée
Leur course était abandonnée.
Comme l'écharpe d'une Fée, Elle flottait dans l'air où fument leurs naseaux.
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148 MIRËIO, GANT lY.
Vergougno à tu, raço oomenenco :
Li cavaloto camarguenco ^®, Au pougnènt esperoun que i'estrasso lou flâne,
Goume à la man que li caresso,
Li veguèron jamai soumesso.
Encabestrado pèr traitesso, N'ai vist despalria liuen déu pàti salan;
£ 'n jour, d'un bound rabin e proomte, Embardassa quau que li mounte^
D*un galop avala vint lègo de palun, La narro au vent! e revengudo Au Vacarès ", que soun nasoudo. Après dès an d'esclavitudo,
Respira de la mar lou libre salabrun.
Qu*aquelo meno séuvagino,
Soun elemen es la marino : D6u càrri de Netune escapado segur,
Es encaro tencho d'escumo ;
£ quand la mar boufo e s'embrumo,
Que di veissèu peton li gumo, Li grignoun de Gamargo endihon de bonur,
E fan brusi coume uno chasso Sa longo co que ié tirasse ;
E gravacbon lou sôu, e sènton dins sa car Intra lou trent déu dieu terrible Qu'en im barrejadis ourrible Môu la tempèsto e Tendoulible,
E bourroulo de founs li toumple de la mar.
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MIREILLE, CHANT IV. U9
Honte à toi, grande race humaine !
La belle cavale arlésienne. Ni sous râpre éperon qui déchire ses flancs.
Ni sous la main qui la caresse.
N'eut jamais la moindre faiblesse ;
J'en ai vu qu'une main traîtresse Put dérober un jour aux pacages salants ,
Et qui, d'une secousse prompte,
Jetant bas l'homme qui les monte. Du vaste Valcarès flairant le lac amer.
Après de longs jours de souffrance.
Revinrent, malgré la distance.
Aux lieux chéris de leur naissance, Pour respirer l'air libre et salé de la mer.
Car à cette race sauvage
La mer fut donnée en partage ; Ct sans doute échappée au char du dieu des flots.
Elle est encor teinte d'écume ;
Et quand l'eau s'enfle sous la brome,
Le poil de la cavale fume, Ct l'étalon s'entend hennir dans les ilôts.
Sa queue onduleuse, incertaine.
Avec bruit dans l'air se promène; Son pied gratte le sol, car il sent dans sa chair
Sous une puissance invisible,
Pénétrer le trident terrible
Du dieu dont l'humeur irascible Bouleverse à son gré les gouffres de la mer.
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150 MIRÈIO, GâNT 1Y
Aquéu Veran li pasturgavo.
En Grau un jour que traûcavo, Enjusquo vers Mirèio, ac6 s'es di, Veran
Se gandiguè. Car en Camargo,
E fin qu'alin i bouco largo
D*ounte lou Rose se descargo, Se disié qu'èro bello, e long-tèms lou diranl
lé yenguè fier, emé reboundo
A Tarlatenco, longo e bloundo, Jitado sus Tespalo en guiso de mantèu;
Emé taiolo cbimarrado
Goume uno esquino de rassado,
E capèu de telo cirado Ounte se rebâtie lou trelns déu soulèu.
E quand fugue davans lou mèstre — Bon jour à tous emai benèstre I
Dôu Rose camarguen siéu, dis, un ribeirôu ; Siéu lou felen déu gardian Péire : Es pas que noun lou déugués véire. Qu'au mens vint an 'mé si courrèire,
Moun grand, lou gardian Péire, a cauca voste eiréuf
Dins la pal un que nous enrodo,
Moun segne-grand n'avié 1res rodo *2, Vous n'en souvén I Mai, méstre, oh I se yesias dempièi
Lou riche crèis d'aquéu levame I
Podon n'en toumba li voulame 1
N'avén sèt rodo emé sèt liame^^i ^ Longo-mai! o moun fiéu, respoundeguè lou vièi.
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MIREILLE, CHANT lY. 151
Véran gardait aux pâturages
Toutes ces cavales sauvages. On beau jour vers Mireille il dirigea ses pas;
Car dans tout le delta du Rhône,
Et jusque là-bas vers la zone
Où le fleuve aux mers s'abandonne, U n'était bruit que d'elle et de tous ses appas i
Il y vint confiant et leste.
Sur son épaule ayant sa veste Selon Tus Ârlésien ; dans son simple appareil»
Une écharpe bariolée , Â sa ceinture était roulée ;
Un chapeau de toile cirée Réfléchissait au loin les rayons du soleil.
Et quand Ramon vint à paraître :
— Ronjour, dit-il, illustre maître ! Dn Rhône camarguais je suis un riverain,
Et petit-fils du gardien Pierre,
Dont le souvenir doit vous plaire ;
Car pendant vingt ans sur votre aire, il revint vous aider à fouler votre grain !
Lui, dans ses jours les plus prospères.
N'eut jamais plus de quinze paires De beaux et bons chevaux ; mais depuis, quel écart!
Ah ! viennent des moissons superbes t \ Nous aurons, nourris par nos herbes.
Autant de chevaux que de gerbes I — Ah ! puisses-tu longtemps, répondit le vieillard.
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m MIRËIO, GâNT IV.
0, lougo-mai n'en vegues naisse,
E li coundugues dins lou paisse ! Ai couneigu toun grand ; e certo, acô 'ro em' eu
Uno amista de longo toco !
Mai quand pièi Fage nous desfioco,
A la clarta de nosto moco ^^ ûemouran en repaus, e Tamistanço, adieu!
— Es pas lou tout ! yenguè lou drôle, E noun sabès qu'èi que vous yole :
Mai d*un cop, au Sambu, quand vènon li Grayen Querre de càrri d'apaiage, Entandaumens que de si yiage Fajudan faire lou bihage,
Di chatouno de Grau arribo que parlen;
E m'an retra vosto Mirèio Tant de moun goust, qu'à voslo idèîo Se trouvas Veranet, voste gendre sara.
— Veranet ! Pousquèsse lou vèire, Gridè Ramoun, que de toun rèire De moun ami lou gardian Pèire
Lou sagatun fleuri noun pou que m'ounoura! — •
£ coume un ome que rend gràci
Au Segnour Dieu, dins lis espàci
Aubourè si dos man 'm' aquesto esclamacioun :
— Mai qu'agrades à la pichoto, (Gar es souleto e la mignotol) En premierage de la doto
Lou sant toustèms t^ayèngue e la benedicioun!
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MIREILLE, CHANT lY. 153
Au milieu de tes pâturages,
Voir prospérer les élevages ! J'ai connu ton aïeul ; il se rencontre peu
D*amitiés d'aussi bonne trempe ;
Mais quand la jeunesse décampe,
A la clarté de notre lampe Nous restons en repos, et les amis, adieu !
— Ce n'est pas tout, dit le jeune homme;
Voici ce que je veux, en somme : SouYont, lorsque au Sambuc les gens du littoral
Viennent charger notre fourrage,
Pendant qu'on en fait l'emballage,
Des fillettes du voisinage Nous jasous entre nous, sans croire faire mal.
On m'a tant parlé de Mireille Qu'un instinct vague me conseille De demander sa main, et me dit d'espérer..
— Véran ! Chez moi rien ne s'oppose Au vœu que ta parole expose,
Car de ton aïeul, et pour cause. Le rejeton fleuri ne peut que m'honorer. —
Et tel qu'un homme qui rend grâces Au Seigneur Dieu, dans les espaces 11 levait â la fois et les mains et les yeux.
— Puisses-tu plaire à la petite ! Fille unique, elle est favorite ; Et qu'avant la dot, ton mérite
Vaille à tous tes souhaits le sourire des cieux ! —
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164 MIRÈIO, GANT lY.
E sono quatecant sa chato, E ié dis lèu de que se trato. Palo subitamen, lou regard enebi, E tremoulanto de cregnènço :
— Mai vosto santo couneissènço, lé faguè 'nsin, paire, en que pènso,
Que vougués, liuen de vous, tant jouino me chabi?
— Ve, fau que plan acô se mené, M'avès agu di, pèr se prene
Pau counèisse li gènt, fau n'èstre couneigu...
E li counèisse, qu'es encaro?...
£ dins la nèblo de sa caro
Subitamen pareiguè claro L'no douço pensado.... Un matin qu'a plôugu,
Se yèi ansin li flour negado A travès Taigo bautugado. La maire de Mirèio aprouvè sa resoun... E lou gardian emé 'n sourrire :
— Mèste Ramoun, dis, me retire ! Car déu mouissau, ai à vous dire
Qu'un gardian camarguen counèis la pougnesoun. -
Au mas, dins lou même estivage,
Venguè, di pàti dôu Sôuvage **, Pèr vèire la chatouno, Ourrias ^^ lou toucadou.
Déu Séuvage, negro, malino,
E renoumado es la bouvino...
I souleias, à la plouvino, Souto lou batedis di glavas negadou.
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MIREILLE, CHANT lY. ,165
Et vite en conseil de famille
Il mande et sa femme et sa fille. — Père, dit celle-ci, tremblant sur ses genoux»
Mais votre sainte intelligence
Sait-elle bien ce qu'elle pense.
En voulant, par cette alliance. Me condamner si jeune à m'éloigner de voust
Souvent votre parole sage
M'a dit que pour le mariage 11 fallait avant tout connaître, être connu...
Et qu'est-ce encore que connaître ?.•>
Et sous sa chair qu'elle pénètre.
Aussitôt on vit apparaître Une douce pensée... Un matin qu'il a plu»
On voit ainsi les feuilles blondes
Sous les plis nébuleux des ondes. La mère de Mireille admira sa raison.
Et Véran sous un fin sourire :
— Maître, dît-il, je me retire.
Car du moustique, puis-je dire. Un gardien camarguais connaît bien l'aiguillon. —
Enfin des steppes du Sauvage
Arrive, après un long voyage. Un dernier prétendant, Ourrias le grand toucheur.
Entre toutes, cette contrée
Par ses bœufs noirs est illustrée;
Et, que la terre soit givrée. Ou qu'elle se fendille au fort de la chaleur.
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t5« MIRÈIO, CANT IV.
Aqui, tout soul emé si bravo, Ourrias tout l'an li pasqueiravo.
Nascu dins la manado, abari 'mé li biôu, Avié di biôu Testampaduro, E Tiue sôuvage, e la negruro, E Vèr menèbre, e Tamo duro...
Un bihoun à la man, lou vièsti tra pèr son.
Quant de cop, rufe desmamaire,
D'entre li pousse de si maire N'avié pas derraba, desteta li vedèu!
E sus la maire encourroussado
Rout de barroun uno brassadO,
D'aqui que fuge Tespôussado, Ourlanto, e revirado entre li pinatéu!
Quant de doublen e de ternenco <', Dins li ferrado i* Camarguenco,
N'avié pas debana! N'en gardavo, lambèn, A Tentre-cibo, uno cretasso Coume lou niéu qu'un tron estrasso; E lis engano e li tirasse
De soun sang regoulant s'èron tencho pèr tèm.
Èro un bèu jour de grand ferrado.
Pèr veni faire la virado, LiSanto, Faraman, Aigo-Morto, Aubaroun*^
Avien manda dedins lis erme
Cent cavalio de si plus ferme.
Aqui pamens ounte es lou terme, E mounle un pople foui embarro un vaste round.
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MIREILLE, CHANT IV. 157
Seul en ces lieux, loin de tout maître,
Ourrias, tout Tan, les faisait paître ; Nourri dès sa naissance au milieu du troupeau,
Des bœufs il avait la structure,
Et l'œil farouche et Târae dure,
Je dirais presque la nature... Un bâton à la main, habit bas, le front haut.
Que de fois de ses mains grossières,
11 a soustrait au sein des mères, Les yeaux Tétourdissant de leurs cris enfantins.
Et de sa trique renforcée.
Battu la mère courroucée.
Qui s'enfuit enfin harassée. Hurlante et retournant la tête entre les pins.
Combien de bœufç et de génisses,
Quand la Ferrade ouvre ses lices, N'a-t-il pas terrassés avec son bras de fer!
Si bien qu'une balafre énorme
De son front altérait la forme,
Et qu'on montre encor sous un orme, La place où de son sang le sable fut couvert.
C'était un beau jour de Ferrade.
Pour ranger les bœufs en brigade, Albaron, Faraman, les Saintes, lieu béni,
Par les landes et par les bermes,
Avaient envoyé de leurs fermes.
Tous leurs cavaliers les plus fermes. Vers le point où le peuple en cercle est réuni.
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158 MIRÈIO, GANT lY.
Destrassottna dins la sansouiro,
Acoussegui de la tichouiro Que ié tanco au galop lou bouiènt toucadou,
A courso folo, tau e tauro
Venien coume un brounzimen d'auro,
En escrachant sagno e centauro, Venien de s'acampa, très cent, au marcadou.
La troupelado banarudo S'aplanto, espavourdido e mudo.
Mai, Tarmo dins li costo, à coucho d'esperoon» Très fes encaro ié fan batre Lou virouioun de Tanfitiatre, Coume lou chin après lou matre,
Goume après li ratié Taiglo dôu Leberoun^.
Quau lou creirié ? de sa cavalo, Contre l'usage, Ourrias davalo.
i porto de Tareno amoulouna, li biôu Terriblamen subran s'esbrandon, E dins Tareno lèu s'alandon Cinq bouvachoun, que sis lue brandon,
E que traucon lou cèu de si fier cabassôu !
Coume lou vent Ourrias s'abrivo,
Coume lou vent après li nivo, y secuto à la course, à la course li poun ;
Quouro à la course li davanço,
Quouro li cote emé la lanço,
A Tendavans quouro ié danso, Quouro li remoucbino emé 'n dur cop de pottfig.
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MIREILLE, CHANT IV. 15»
Surpns et traqués d'importance,
Par le bâton à triple lance, J)ont les pique au galop le toucheur véhément,
Trois cents taureaux, à course folle.
Gomme un rugissement d'Éole,
En foulant aux pieds Therbe molle, Viennent se rassembler au lieu du marquement.
Sans trop savoir ce qui s'apprête,
La foule bovine s'arrête. Pourtant il faut encor que sous l'âpre aiguillon,
Avec plus ou moins de bravoure,
Trois fois de suite elle parcoure
Le cercle d'hommes qui l'entoure ; Ainsi tourne l'oiseau fuyant devant l'aiglon.
Bravant l'usage et la prudence,
Bientôt Ourrias à pied s'avance. Aux portes de l'arène, agglomérés, les bœufs
Soudain s'ébranlent dans leur masse ;
Issus d'ime meilleure race.
Et de l'oeil dévorant l'espace. Cinq jeunes bouvillons s'élancent devant eux l
Gomme le vent suit un nuage,
OuiTias à leur suite s'engage; S'il n'est pas sur leurs flancs, il n'est jamais bien loin;
Quelquefois même il les devance,
Puis il les heurte de sa lance,
Puis devant eux il se balance. Et puis il les gourmande avec un coup de poing.
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160 MIRÈIO, GJiNT IV.
Ai ! tout lou pople di maû pico : Ourrias, blanc de pôusso oulimpico,
Pèr ]i bano, à la courso, à la fin n'a près un» £ tèsto 0 mourre, e forço à forço ! Vôu desclava si bano torse, Lou nègre moustre, e se bidorso,
E bramo de furour, e niflo sang e fum.
Yano furour I bound inutile !
Lou bouvatié, d'un cop sutile, Âmourro à soun espalo, enié troussant lou côu,
L'orro testasse dôu bestiàri ;
E rudamen e pèr countràri
Butant la bèsti, coume un barri Ë crestian e bestiau barrulon pèr lou sôu.
Une esglairado cridadisso
Estrementis li tamarisso : Bon orne, Ourrias ! bon orne !... E cinq drôle espala
Tenien lou brau. De soun empèri
Pèr ié marca lou balistèri,
Ourrias éu-meme pren lou fèrri, E 'mé lou fèrri caud ié rime lou malu.
Un vôu de fiho d'Arle, en selle,
Emé lou sen que ié bacelle, Enflourado au galop de si cavalet blanc,
Vènen i'adurre une grand bano
Rase de vin ; e dins la plane,
Zéu mai ! lou fouletoun s'esvano... Un vôu de cavalié liseguisson, brûlant.
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MIBEILLE, CHANT TV. 161
Mais qu'est'^e ? Le peuple en délire
Bat des mains; des bœufs qu'on admire. Par les cornes Ourrias a saisi le plus grand ;
Et force à force, et mufle à tête.
Pour lui dérober sa conquête,
Dans tous les sens la pauvre béte Se tortille et mugit, et renifle du sang.
Vaines fureurs ! bonds inutiles !
Le bouvier de ses mains habiles Appuie à son épaule, en lui tordant le cou,
L'homble tête de la brute ;
Maître passé dans cette lutte.
D'un grand coup sec il la culbute, Et rhomme et l'animal s'affaissent sous le coup.
Une clameur, dont l'&ir frissonne, S'étend jusqu'aux rives du Rhône :
Bonhomme, Ourrias ! Bon homme ! Et cinq gars s'épaulant, Quoique avec une peine extrême. Tiennent le boauf ; comme baptême De son triomphe, Ourrias lui-même
Le marque sur la croupe avec un fer brûlant.
Soudain de jeunes Arlésiennes,
La tête au vent, la main aux rênes, Caracolant de front sur de beaux chevaux blancs.
Lui portesnt une corne pleine
D'un vin exquis ; et vers la plaine.
Dans la voile qui les ramène. Part à leur suite un vol de cavaliers brillants.
H
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HIRËIO, GANT IV.
Ourrias yèi que biôu à-n-abatre...
E n'en demoro encaro quatre ; Mai coume lou daiaire es à toumba lou fen
Tant mai ardent que mai n'en rèsto,
I durs esfors de la batésto
Sèmpre que-mai eu tenié tésto, E de quatre animau despouderô li ren.
Taco de blane, bano superbo,
Lou que restavo toundié Terbo... — Ourrias ! n'i'a proun ! n*i'a proun ! téuti li vièi vaq«îé
lé cridéron. Vano restanco !
Contre lou brau di taco blaoco,
Lou ficheiroun pausa sus l'anco, Relent, despeitrina, déjà se bandissié.
Zan ! coume en plen mourre l'encapo,
Lou ficheiroun toIo en esdapo. L'atroço pougneduro endeméunio lou braa;
Lou toucadou ié sauto i bano»
Partott ensèn» e de la piano
Eusén afoudron lis engano. Sus si lôngui fourquelio apiela d'à chivau,
Li Taquié d'Arle e d'Aigo-Morto
Tenien d*à ment la lucho forto ; A vmcre, tôuti dous feroun, acarnassi,
L'orne doumtant lou biôu bramairOy
Lou biôu ero pourtant lou doumtaire,
E' m' un lengau escumejaire I Jpant, tout en courrènt, soun mourre ensaunousi.
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MIREILLE, CHANT IV. 103
Les taureaux qu'il s'agit d'abattre
Sont encore au nombre de quatre. Riais, comme le faucheur qui doit faucher un pré.
Est d'autant ptus vif à l'ouvrage
Qu'il en reste encor davantage,
Ourrias ranime son courage, Et, sur les quatre, trois ont bientôt chaviré.
Taché de blanc, cornes superbes.
Le cinquième tondait les herbes... — Ourrias 1 assez 1 assez 1 C'est le cri général.
Vains propos ! Gomme une avalanche.
Sur le bœuf roux, à tache blanche.
Il fond, le trident sur la hanche, Et suant, le sein nu, tente un combat final.
D'un coup qu'il porte en pleine face.
Le trident trop faible se casse ; Au trait qui Ta percé, l'animal pantelant.
Dans sa rage, n'a plus de bornes ;
Ourrias d'un bond saisit ses cornes.
Et tous deux, dans les salicornes ils partent, emportés vers le marais salant.
L'œil ûxé sur l'homme et la brute,
De loin, le peuple suit la lutte; Qui sortira vainqueur de ce duel à mort ?
Tantôt c'est l'homme qui l'emporte ;
Tantôt la bête est la plus forte ;
La béte folle en quelque sorte. Léchant son sang qui coule et sa bave qui sort.
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tu MIRÈIO, CANT IV.
Misericôrdi ! lou biôu gagno ! Coume une vilo rastelagno, L'orne i'a darbouna da?ans, dôu vanc qu'ayié. ..
— Fai lou mort ! fai lou mort ! — En terr o Lou biôu'mé si pivèu Taferfo,
E, dins lis èr, sa tèsto fèro A sèt cano d'autour lou bandis à l'arrié.
Uno esglaiado cridadissp
Estremends li tamarisso... Âlin Huen lou pauras val toumba d'abouchoun,
Amahiga. Dempièi pourtavo
La creto que lou descaravo.
Sus la cavalo que mountavo, Venguè dounc vers Mirèio, arma de soun pounchoun.
Aquéu matin, la piéuceleto
Ëro à la font touto souleto ; Avié 'stroupa si manclio emé soun coutihoun
E netejavo li fiscello ^i
Em la counsôudo fretarello.
Santo de Dieu ! coume èro bello, Quand dins lou sourgènt clar gafavon si petoun !
Ourrias faguè : — Bonjour, la bello, Bèu? refrescas vôsti fiscello? A-n-aquéu sourgènt clar^ se vous fasié pas mai, Abéurariéu ma bèsti blanco.
— Oh ! n'es pas Taigo, eici, que manco, Respoundeguè : dins la restanco
Poudès la faire béure, autant coume vous plai.
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MIREILLE, CHANT ÏV. 165
Grand Dieu ! le bœuf a la victoire ! Chute fatale pour sa gloire, L'homme a roulé par terre entraîné par l'élan.
— Fais le mort, fais le mort, s'écrie La foule anxieuse, attendrie ;
Mais l'animal dans sa furie L'accroche et loin de hii le lance sur le flanc.
Une clameur dont ïsâr frissonne
S'étend jusqu'aux rives du Rhdne ; Ourrias n'en mourut pas ; mais le jeune imprudent.
Par sa balaÊre à la figure,
Rappelle encor son aventure...
Donc, il enfourche sa monture Et s'en vient vers Mireillo, armé de son trident.
Ce jour-là, la gente fillette
A la fontaine était seulette ; Elle avait retroussé manches et tablier
Pour mieux nettoyer sa vaisselle '
Avec les feuilles de la prèle.
Saintes de Dieu! Qu'elle était belle. Au fond du dair ruisseau baignant son petit pied t -
Ourrias lui dit : — Bonjour, la belle ; Donc, vous rincez votre taisselle ! Si vous le permettez, à cette source-là J'abreuverai ma pauvre bét«.
— A celte écluse où l'eau s'arrête, Dit-elle, accueillant la requête.
Vous pouvez l'abreuver autant qu'il vous plaira.
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\£fi niKtXO, GANT IV.
— Bello, digue Fenfant séuTage, Se, pèr mariage o roomavage,
Venias à SéuYO-Riau 22, ounte la mar s'entend, Bello, n'aurias pas tant de peno ; Car la vaco de negro meno, Libre e feroujo, se permeno,
E jamai noun se mous, e li femo an bèu tèm.
— JouYéttt, ounte li biôu demoron. De languimen li chato moron.
«- Bello, de languimen, en estent dous, n'i'a ges !
— Jouvént, quau eilalin s'esmarro, Dison que béu uno aigo amaro,
£ lou soulèu i'usclo la caro... ^ Bello, souto li pin à Toumbro tous tendres.
— Jouvènt, dison qu'i pin i'escàlo De tourtouioun de serp verdalo !
— Bello, avèn li\flamen, avèn li serpatié
Qu'en dBsplegant soun mantèu rose lé fan la casso, long dôu Rose.....
— Jouvént, escoutas (que vous crose), Soun trop liuen, vôsti pin, de mi falàbreguié.
— Bello, entre capelan e fiho, Noun podon saupre la patrie
Ounte anaran, se dis, manja soun pan un jour.
— Mai que lou manje eraé quau ame, JouYènt, rèn autre noùn reclame Pèr que de moun nis me desmame.
— Bollo, s'açô 's ansin, dounas-me voste amour 1
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MIREILLE, CHANT IV. 167
— Belle ! dit le bouvier sauvage, Si jamais, en pèlerinage,
Vers la Sylve-Réal vous veniez au printemps. Vous n'auriez pas autant de peine, Car la vache en son grand domaine Libre et farouche se promène ;
Comme on ne la trait point, la femme a du bon temps.
— Au pays où les bœufs demeurent. Bouvier ! d'ennui les femmes meurent.
— Belle ! il n'est pas d'ennui quand on l'éprouve à deux.
— Bouvier! qui va sur cette plage, Ne boit plus qu'un amer breuvage ; Le soleil brûle son visage.
— Belle! vous vous tiendrez sous les vieux pins ombreux.
^ On dit, bouvier, que sous leur ombre Se cachent des serpents sans nombre.
— Belle, dans mon pays, les oiseaux échassiers.
Hérons, flamants, mieux que personne. Leur font la chasse au bord du Rhône.
— Bouvier, votre raison est bonne.
Biais vos pins sont trop loin de mes Micocouliers.
— Belle! fille qui se marie Ne sait pas en quelle patrie
Le destin lui fera manger son pain un jour.
— Bouvier ! pourvu que je le mange De compagnie avec mon ange.
Mon bonheur sera sans mélange.