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AU O 1955 ^
i BX 136 . S36 V. 1 I Schnoudi.
i Oeuvres de Schenoudi
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https://archive.org/details/oeuvresdeschenou01shen
TEXTE COPTE
ET
TRADUCTION FRANÇAISE
O
PAR
E. AMÉLIISTEAU
TOME PREMIER — FASCICULE
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28
DI
1907
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PRÉFACE
En livrant aujourd’hui au public qui s’y intéressera ce nouvel ouvrage^ je lui dois quelques explications préalables^ et sur la forme dans laquelle il paraît et sur les études préliminaires que j’ai dû faire.
Il y a déjà plus de vingt ans^ je ne l’écris pas sans quelque mé¬ lancolie^ que j’ai commencé à réunir les matériaux qui composeront cette œuvre de longue haleine. Au mois de janvier 1885^ au cours d’un voyage que je fis dans les monastères coptes, j’eus la bonne fortune d’être l’occasion à laquelle fut due la découverte de l’impor¬ tante bibliothèque du Couvent blanc, ou couvent de Schenoudi. Je fus le premier qui possédai pour quelque temps un petit nombre de ces feuillets de parchemin dont je connaissais l’existence, mais que je ne réussis pas à réunir tous en mes mains. Quand je quittai le Couvent blanc, je n’en avais même aucun en ma possession; mais, deux jours après, on m’en apportait une vingtaine qui sont sans doute encore à la bibliothèque de l’Institut français d’archéologie orientale où je les déposai. Au mois de novembre de la même année, j’appris qu’un lot considérable de ces parchemins avait été acquis par M. Maspero pour le compte de la Bibliothèque nationale de Paris; au mois de janvier 1886, je sus qu’un autre lot bien moins con-
a
II
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sidérable et important était à vendre chez un marchand d’antiquités
du Caire : j’en écrivis aussitôt à M. Guimet qui m’autorisa à les acheter et me fournit l’argent nécessaire. A mon retour à Paris, je lui fis part du désir qui m’avait été manifesté que tous les parchemins
})rovenant du Monastère blanc ne fussent pas séparés; M. Guimet, avec une parfaite bonne grrîce, consentit à ce que je lui demandais, et tous les parchemins coptes provenant du Deir el’Abiad et achetés au Caire furent ainsi réunis à la Bibliothèque nationale.
J’ai mis une restriction dans la phrase précédente au mot tous en le limitant aux feuillets dont l’achat fut fait au Caire, quelques-uns de ces parchemins avaient été en effet apportés en Europe, on les avait présentés notamment au musée du Louore où l’on avait acquis un cahier contenant des discours de Schenoudi. D’autres ont pu
trouver le chemin d’autres musées, ou même entrer dans des collec¬ tions particulières.
Ces parchemins, je parle de ceux qui furent déposés à la Biblio¬ thèque nationale, étaient dans le plus grand désordre et le plus piteux état. A côté de parchemins fins et réunis en cahier, il y avait une foule de feuillets séparés de leur voisin, de leur cahier, de leur volume, sans compter qu’un nombre encore considérable était dé¬
chiré même en tout petits fragments qui ne purent être utilisés et qui durent être et sont encore renfermés dans des cartons. On avait assez maltraité ces pauvres restes d’une littérature jusqu’alors presque dédaignée et au sujet de laquelle je venais de montrer tout à coup quel profit on en pouvait tirer. Avant même d’être sortis du couvent de Schenoudi, on les avaits couverts de terre, les pigeons domestiques ou autres en avaient fait élection pour y laisser tomber leur fiente : en un mot ils étaient en trop grand nombre sales et dégoûtants.
Après un premier classement rapidement fait, je crois, par M. Mas¬ pero pour ceux qu’il avait achetés, on les divisa en trois classes : ceux contenant des œuvres de l’Écriture, ceux contenant des œuvres
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III
conciliaires ou hagiographiques et enfin ceux contenant des œuvres oratoires. Ce classement préliminaire avait été fait en vue d’une publication intégrale; M. Maspero se chargea de la première classe de ces parchemins; à feu Bouriant fut réservée la seconde, et M. Maspero voulut l)ien me confier la troisième. Ce n’était pas la plus facile, comme je pus m’en convaincre après avoir copié la liasse qui m’avait été remise. M. Maspero a puldié la partie qui regarde l’Ancien Testament dans les mémoires de la Mission cuxliôolorjique française au Caire y volume VI, fascicules I et II ; il avait copié en grande partie ce qui avait trait aux livres du Nouveau Testament et m’a remis ses copies que je n’ai pas encore utilisées, mais que je compte bien uti¬ liser quelque jour. Feu Bouriant, sur sa part, publia les Aetes du concile d'Éplièse dans le tome VIII des Alé/noires cités plus haut, fascicule I, et V Éloge de Vapa Victor, fils de Romanos, dans le fasci¬ cule II du meme volume. Seul de ce triumvirat, je n’ai encore rien publié.
Cependant les conservateurs du département des manuscrits à la Bibliothèque nationale ne furent pas longtemps sans s’apercevoir qu’on ne pouvait utiliser tous ces feuillets dont la plus grande partie était en désordre, surtout quand j’eus versé au département les fragments acquis pour le compte de M. Guimet et que je venais de copier en entier. Il fallait tout d’abord classer méthodiquement les œuvres diverses qu’ils contenaient : on me chargea de ce travail, et la première chose que je fis fut de copier intégralement tous les feuillets, sans en omettre aucun. Ce travail long, pénible, me prit plus d une année. Cependant tout a une fin et je parvins à peu près à savoir à quel ouvrage ou à quelle série d’ouvrages appartenait tel feuillet, ou meme tel fragment. C’est sur mes indications qu’on réunit ensuite en volumes tous les feuillets. Tout compte fait, il y en avait 41. Sans doute tout n’est pas parfait dans l’ordre que j ai attribué à tous ces feuillets, mais tel qu’il est, je crois sans vanité qu’il est utile, qu’il
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épargne journellement à ceux qui consultent les manuscrits de longues et pénibles recherches qui bien souvent n’auraient pas abouti.
Quand on songe quelle quantité de travail^ de recherches et aussi — pourquoi ne le dirais-je pas ? — de connaissances, il m’a fallu pour en venir à bout, on peut en conclure que la science — et aussi les savants — me doivent quelque reconnaissance. Aujourd’hui cette reconnaissance n’est plus de mode : dans la science se sont intro¬ duites des rivalités apres, même des jalousies féroces. On ne s’en prend plus à l’œuvre seulement, on fouille la vie, on décrète que telle école seule peut se réclamer de bonne critique, presque d’in¬ faillibilité ; on a transporté dans le clan scientifique les rivalités poli¬ tiques, les rancunes confessionnelles, ce qui est bien pis encore; on ne prête plus aucune foi à ses adversaires, on ne s’occupe plus que de chercher s’ils ne se sont pas trompés : les services rendus disparais¬ sent, on ne cite plus les ouvrages des devanciers qu’afin d’établir sa propre suprématie ou bien celle d’une école particulière, on n’a même plus entre savants les égards les plus simples de la politesse la plus élémentaire. Ce n’est pas ce que nous avaient appris nos maîtres disparus, quelle qu’ait été la vivacité de leurs polémiques à une époque où il importait autrement à la science d’asseoir solide¬ ment ses bases de travail. Et non seulement on ne s’en tient pas aux défaillances véritables ou supposées, on fait entrer la calomnie même la plus éhontée dans la lutte, si bien qu’il est visible pour tous les gens sages que ce n’est plus une discussion scientifique, mais bien une rivalité personnelle.
Telle est l’histoire des parchemins coptes déposés à la Bibliothèque nationale^ l’histoire sans légendes. Ce n’est peut-être pas celle qui est reçue et admise, mais c’est celle qui correspond à la réalité des
Tout en copiant, en traduisant la partie qui m’avait été réservée dans la publication projetée des parchemins coptes de la Bibliothèque
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V
nationale, je m’étais bien vite rendu compte que mon travail appelait un complément qui me semblait nécessaire et qu’il ne suffisait pas de publier par exemple les æiœre,^ de Schenoudi qui se rencontraient dans ces parchemins, mais qu’il serait autrement utile de publier tout ce que l’on connaissait de ces œuvres, surtout celles qui existent à Naples et à Oxford. Je demandai au Ministère de l’Instruction publique de me rendre possible l’étude de ces œuvres et je trouvai d’abord dans M. Xavier Charmes, puis en M. Liard, l’appui qui m’était nécessaire, et leur successeur, M. Bayet, m’a continué leur bon vouloir.
J’ai donc réuni dans mes études d’abord^ puis dans cette publication, les manuscrits conservés à la Bibliote(xi luuionale de Naples, au Clarendon Press d’abord, puis à la Bodleian librairj d’Oxford, à ceux de Paris pour une publication que je projette aussi complète qu’il me sera possible de le faire. Je me suis meme attaqué à cer¬ taines collections privées, comme celles de Lord Crawford and Bal- carres et de Lord Zouche que je remercie ici de la bonne grâce avec laquelle ils m’ont confié leurs précieux manuscrits pour que je pusse en prendre connaissance et copie. J’ai estimé de plus que, pour mettre l’historien à même de connaître l’histoire du couvent de Schenoudi, il me fallait joindre aux œuvres de ce célèbre cénobite celles de son disciple et successeur. Visa. Assurément ces dernières n’ont pas la même valeur que celles de Schenoudi : il y avait entre le maître et le disciple trop de différences dans le tempérament. Aufant l’un était vif et emporté, autant l’autre était paisible et doux d’après ce que nous en connaissons. Tous les deux eurent la meme tâche, mais ils furent loin de la remplir de même façon. Toutefois quelque terne que soit d’ordinaire le style de Visa, quelque grande que semble être sa pénurie d’expressions, on trouve dans ses Panfnjij tiques et dans ses Letti'es des faits qu’il est bon de recueillir parce qu’ils nous aident à connaître la vie des cénobites soit au Coiœent blanc, soit dans le couvent des
VI
PRÉFACE
femmes qui y était attenant, soit même au Coiœent ronge, situé plus au nord. De plus on y rencontre parfois des mots que le lexicographe enregistrera avec plaisir. Mais pour ce qui regarde la lexicographie rien ne saurait égaler la richesse du style de Schenoudi.
Cette particularité idest pas faite pour rendre la traduction de ces oeuvres plus facile. Non seulement on se trouve en face d’une gram¬
maire compliquée, ainsi que je le dirai dans l’Introduction, mais encore on rencontre très souvent des mots qui ne figurent ni dans les dictionnaires coptes, ni dans les dictionnaires hiéroglyphiques, sans que le sens indique suffisamment dans cjuel ordre d'idées il faille chercher la signification du mot. Il y a donc une difficulté considé¬ rable de ce chef pour la traduction. De plus les mouvements de l’ame de Schenoudi l’emportent à des figures si violentes, si heurtées, si peu classiques, si différentes môme de celles que nous employons dans notre société qu’il est parfois bien difficile, sinon absolument impossible de le suivre dans ses développements, d’autant mieux qu’il emploie des incidences sans nombre où il se perd, qu’il a un culte particulier pour lasyllepse, mettant tantôt un pluriel lorsque la grammaire demanderait un singulier, employant au contraire le singulier quand la règle exigerait le pluriel. Et ces difficultés inhé¬ rentes à son style ne sont rien en comparaison des allusions qui nous échappent, soit à des coutumes générales que nous ignorons, soit à
la vie conventuelle dont nous ne connaissons pas suffisamment les détails. Enfin, pour exprimer les idées abstraites où parfois il se complaît, Schenoudi n’a à son service qu’une langue vieillie à la vérité, mais qui ressemble, malgré tout, de très près à celles qu’em¬ ploient encore les Nègres dans l’intérieur de l’Afrique, où un môme suffixe dans la même phrase peut représenter jusqu’à trois sujets dif¬ férents. Le lecteur ne devra donc pas trop m’en vouloir si parfois je n’ai pas su trouver le fil d’Ariadne pour me sortir de ce labyrinthe nouveau. Je sais qu’on attend ma publication pour en faire une cri-
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Vil
tique impitoyable: je n’ai pas l’heur d’appartenir à l’école des impec¬ cables et des infaillibles. D’autres sont sans doute plus heureux que moi : je serais tenté d’envier leur bonheur, mais je me contente de le noter ici. Ce que je demande, c’est que mes successeurs n’oul)lient pas que j’ai été le premier à tracer la voie. Quand on fait un chemin à travers une foret presque inextricable, celui qui s’avance le premier doit, je crois, être suivi de la reconnaissance des autres. J’espère donc que cette reconnaissance me suivra, mais je suis liicn loin d’en être certain. Je m’en consolerai par le sentiment du devoir accompli. Il est vrai qu’on peut me dire: (( Mais qui vous force à publier ces œuvres, surtout à les traduire? » Rien, il est vrai, ne m’en fait une obligation; mais ayant, sinon découvert Schenoudi, du moins été le premier à le faire connaître dans toute l’ampleur de ses actions, l)onnes ou mauvaises, ayant publié sa vie, en ayant tiré des conclusions qui me semblent toujours logiques, bonnes à entretenir et à consolider, ayant été attaqué avec passion, avec injustice, par conséquent, ayant fourni moi-même les armes dont on se sert maintenant contre moi, ayant été à la peine en un mot, il me semble bien que j’ai le droit d’être quelque peu à l’honneur, si honneur il y a. Ce que je puis assurer au lecteur, c’est qu’il trouvera un texte impeccable, ayant eu non seulement à mon usage les copies que j’ai prises, copies qui ne sont pas sans valeur, tant s’en faut, mais encore ayant eu les manuscrits sous les yeux lors de la correction des épreuves et des photographies prises sur les manuscrits quand je ne les pouvais avoir, m’étant ainsi entouré de toutes les certitudes possibles. Quant à la traduction, je laisse au lecteur le soin de juger si elle est bonne, et de la corriger s’il le veut ou s’il le peut; je lui affirmerai toutefois que je me suis efforcé partout et toujours, sans vouloir dire que j’ai réussi, de me rendre maître du texte par la grammaire, ainsi que je l’expli¬ querai dans l’Introduction.
Un mot avant de finir sur la manière dont se fera cette publication.
Vill
PRÉFACE
Mon œuvre paraîtra par fascicules d’un nombre irrégulier de feuilles d’impression. J’eusse préféré sans doute la faire paraître volume par volume, mais il y a des choses qui en ce monde ne dépendent pas de moi, et celle-ci en est une. Ce dont je peux assurer le lecteur, c’est que, dans cette œuvre de longue haleine, j’apporterai le même soin à tous les fascicules ; que des tables détaillées seront données des mots grecs employés par Schenoudi, des passages des Écritures qu’il cite et mots coptes nouveaux ou rares qu’il emploie pour exprimer sa pensée. Chaque manuscrit ayant servi à cette publication sera en outre repré¬ senté par une planche, de manière à ce que le lecteur puisse juger par lui-même de l’écriture, de la ponctuation et de tous les signes qui entrent dans l’écriture onciale employée par les Chrétiens d’Égypte. J’espère que ces pièces justificatives plaideront ma cause et justifieront mon ambition de donner une édition, non pas défini¬ tive, mais simplement bonne et fidèle, des œuvres de Schenoudi.
Châteaudun, 28 avril 1906.
INTRODUCTION
Les textes coptes que j’ai publiés jusqu’ici n’ofïraient à leur intelligence c|ue des difficultés très ordinaires : ce n’étaient que des jeux d’enfants, si on les compare aux énormes difficultés que supposent l’édition des œuvres de Schenoudi et surtout la traduction de ces textes remplis de fautes, d’in¬ corrections, d’omissions et de tous les péchés que commettent d’ordinaire messieurs les scribes trop pressés, ou trop fatigués, ou même trop peu intel¬ ligents pour comprendre ou chercher à comprendre ce qu’ils écrivaient afin de bien le transcrire, de bien l’orthographier selon les règles reçues, et sur¬ tout afin de bien le ponctuer. Trop souvent ils ont manqué à leur devoir en l’une ou l’autre de ces obligations, quand ils ne les ont pas violées toutes à la fois. De leurs méfaits trop multiples il est résulté que des difficultés nouvelles se sont ajoutées de ce nouveau chef à celles déjà nombreuses que provoquaient la manière de penser de l’auteur, la vivacité, l’impétuosité de son âme, impétuosité le poussant à saisir la première expression venue de celles que lui présentait la langue qu’il parlait, ou de celles qu’il emprun¬ tait au grec vulgaire usité en Égypte ou à la langue littéraire qu’il connais¬ sait au moins sommairement, à saisir, dis-je, cette expression et à la lancer par-dessus la tête de ses auditeurs qui, trop souvent, n’y devaient rien entendre, soit parce qu’ils n’avaient pas à leur service un vocabulaire aussi complet que Schenoudi, soit parce qu’ils n’entendaient pas le grec, vulgaire ou littéraire, soit même parce qu’ils trouvaient peu opportun pour eux de chercher à approfondir ce qui n’entrait pas du premier coup dans leur tête, peu préparés à l’intelligence difficile des paroles que leur adressait leur supé¬ rieur. Je n’ai aucune envie de médire des cénobites du Couvent blanc, mais
b
X
INTRODUCTION
enfin si je considère la manière dont ils se recrutaient, Téducation qudls avaient reçue, les appétits dont ils faisaient preuve, je suis bien forcé de les voir tels qu’ils étaient et de ne pas leur accorder toutes les qualités, toutes les vertus, parce qu’ils ont eu l’avantage de mourir au quatrième ou au cin¬ quième siècle, et que de ce fait toute une école historique les a couronnés de lumière et de gloire, lumière qui n’a été obscurcie, gloire qui n’a été voilée que depuis qu’on a appris à les mieux connaître, d’après des manuscrits authentiques, écrits par eux-mêmes et qu’on n’avait pas encore interrogés. Parmi ces documents les œuvres de Schenoudi sont au premier rang, comme on le verra par la suite.
Quoique ces œuvres soient bien loin d’être complètes et quoique la décou¬ verte de certaines d’entre elles ne date pas de plus loin que de l’année 1885, cependant il en existait un bon nombre, soit à la bibliothèque de Naples, soit à la bibliothèque de Venise. Celles-ci sont connues par la publication qu’en a faite et la traduction qu’en a donnée Mingarelli ; celles-là sont restées dans une demi, je devrais môme dire presque complète obscurité, malgré la publication de l’admirable catalogue de Zoega, et peut-être à cause de cette publication elle-même.
Je m’explique. Quoique les œuvres de Schenoudi qu’a publiées Minga¬ relli soient relativement faciles à traduire, ce qui n’empôche pas que ce savant a bien vu par lui-même qu’il n’était pas arrivé à suivre le sens et à traduire convenablement les paroles de Schenoudi, cependant les passages difhciles des œuvres qu’il a publiées et que j’examinerai quand l’ordre de ma publication les amènera sous mon examen, ces passages dilhciles ne sont rien en face des difficultés que comportait l’intelligence des fragments publiés par Zocga dans son catalogue. Quand Zo'èga a traduit, il a presque toujours saisi le sens de ce qu’il traduisait : on ne peut lui reprocher de n’en avoir pu saisir les nuances, quand on pense qu’il eut le courage, à la fin du XVIII® siècle et au commencement du XIX®, d’entreprendre une œuvre aussi ardue, dans une langue presque complètement ignorée et lui pré¬ sentant tout d’abord ce qu’elle pouvait lui montrer de plus difficultueux. Son œuvre est un véritable monument, autant par son ampleur que par la science dont il a fait preuve. Ses lecteurs, trouvant en cette œuvre des ren¬ seignements appréciables et pouvant juger d’après sa traduction que les œuvres de Schenoudi étaient avant tout des œuvres locales d’un homme dont on ignorait complètement la vie, dont on ne savait même pas s’il avait
INTRODUCTION
XI
été orthodoxe ou hérétique, n'eurent aucun désir de faire plus intime con¬ naissance avec le supérieur du Couvent blanc, et eussent-ils eu ce désir qu'ils furent sans doute arrêtés par les obstacles qui se dressèrent devant eux, obstacles imposants et qu'ils estimèrent infranchissables. C'est du moins ainsi que je m'explique l'oubli dans lequel furent laissés les écrits de Sche- noudi jusqu'à ces vingt dernières années.
C'est depuis cette époque récente que la publication des œuvres de Sche- noudi est devenue possible, et même désirable. C'est pourquoi je l'entre¬ prends. Mais je vais tout d'abord mettre mes lecteurs à même de la juger en faisant passer sous leurs yeux tout ce qu'ils ont le droit de savoir, tout ce que j'ai l'obligation de leur dire.
Et tout d'abord une publication comme celle-ci comporte un ensemble de faits généraux, comme l'exposition de l'ordre que j'ai cru devoir adopter et suivre, celle des raisons qui m'ont fait prendre pour base de ma publication tel ou tel manuscrit suivant le cas, des moyens que j'ai eus de discerner quelles œuvres étaient ou non de Schenoudi ou lui avaient été imputées, quelle orthographe il avait employée ou les scribes avaient employée pour lui, en un mot l'exposition aussi complète que possible de ce qui importe à une édition consciencieuse des œuvres de Schenoudi. En outre la description des manuscrits divers qui nous ont conservé les œuvres de ce cénobite soit en entier, ce qui est bien rare, soit à l'état fragmentaire, description aussi complète qu'il me sera possible de la faire, avec mon sentiment sur la paléo¬ graphie et sur l'âge du manuscrit, cette description, dis-je, entrera néces¬ sairement dans mon œuvre, parce qibelle est au nombre des informations que le lecteur est en droit d'exiger de moi. Enfin je pense que le lecteur ne sera pas surpris, qu'il m'en saura gré au contraire, si je fais ressortir a ses , yeux les résultats qui se dégagent des documents que je lui aurai traduits et si j'en prends occasion pour discuter certaines critiques qui m'ont été faites. Dans un certain milieu on me prend pour un ennemi acharné des moines et des cénobites égyptiens, faisant flèche de tout bois pour attaquer des gens aussi saints, me servant à tort et à travers de toutes les raisons qui me sem¬ blent bonnes pour atteindre le but que je me suis proposé, on m a même accusé, dans certaines lettres qui m'ont été adressées, d être un démolisseur de l'Église ; eh bien ! qu'on me permette de le dire, vraiment jamais je n'ai eu de liaine, petite ou grande, contre les moines ou les cénobites de 1 Égypte, jamais je n'ai ramassé le bois qui était à terre pour m en faire une arme
XII
INTRODUCTION
contre ces gens qui n'étaient pas aussi saints qu'on le croyait ou qu'on le disait, pour démolir l'Église, ainsi qu’on a bien voulu me l’écrire : je n'ai qu’un amour au cœur, l’amour de la vérité. Si ce que je crois est faux, ma croyance se détruira d’elle-même ; si elle est juste, elle fera son chemin dans le monde, — je crois même qu’elle l’a déjà. fait quelque peu, — mais ce n’est
P’
pas parce que j’aurai dit le premier que les moines et cénobites de l’Egypte n’étaient pas des parangons de sainteté que l’Église sera détruite : elle suffit elle-même à sa destruction, comme il est facile de le voir, et les promesses d’éternité que Jésus le Christ lui a données sont tout aussi sujettes à dispa¬ raître que celles que Mahomet a faites aux sectateurs de l’Islam. Aussi mes écrits importent peu, les monuments que je produis au grand jour importent au contraire beaucoup. Pour moi, je n’ai que deux choses à faire : d’abord faire ressortir ce qui me semble être la vérité ; puis, conformer ma conduite à ce que je crois être la vérité. J’ai quelque raison de croire que ma conduite est conforme à ce que je crois. Il y a eu dans ma vie un moment bien diffi¬ cile : je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de traverser, même en cou¬ rant, les heures pénibles que j’ai dû vivre tout au long et qu’on a eu grand soin de me faire savourer jusqu’à la dernière minute, afin sans doute de me punir d’avoir abandonné le Dieu auquel j’avais cru jusqu’alors. Ces heures sont passées, l’orage s’est évanoui et le calme est revenu du dehors, car en ma conscience il ne m’a jamais quitté. Ce que j’ai fait sans forfanterie, en prenant même le plus grand soin de n’être pas à scandale aux âmes faibles et en me soustrayant à certaines vues qu’on avait, je le dis dans la paix et dans la volonté de ma conscience : je le ferais encore, si j’avais à le refaire.
I
La publication des œuvres de Schenoudi pouvait se faire de diverses manières : on pouvait, par exemple, ranger sous des chefs logiques les diverses œuvres sorties de sa pensée et de son calame; c’est-à-dire : on pouvait les diviser en exhortations à sa communauté du Couvent blanc, à la communauté de femmes qu’il a eu tant de peine à diriger, en lettres adres¬ sées aux archevêques, aux personnages historiques ou autres, en discours prononcés contre les païens d’Akhmim dont il voulait ruiner et dont il ruina les temples, en discours adressés aux divers gouverneurs qui passe-
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XIII
rent dans la ville d’Antinoé pendant sa vie, etc. Mais, outre (jue ces œuvres sont mélangées dans les manuscrits qui nous restent de Sclienoudi d’une façon que je puis traiter d’illogique, la publication dans cet ordre des œuvres de Sclienoudi n’aurait eu sa pleine valeur que si elle eût été chro¬ nologique ; malheureusement, si l’oippeut glaner dans celles qui nous restent et qui nous sont toutes parvenues k l’état fragmentaire, il est complètement impossible de juger, par exemple, quelle lettre fut écrite la première par lui à sa communauté, quelle la seconde, quelle la troisième, et ainsi de suite. De plus, il aurait fallu mélanger les nuances à tel point que l’on fût entré dans une voie presque inextricable à tous, et qui l’eût été certainement pour moi. De même pour les autres systèmes d’ordre logique auxquels on aurait pu se rallier.
Il m’a semblé préférable et plus simple de suivre l’ordre de Zocçja. Qu’on le veuille, ou non, et quelles que soient les très légères inégalités qu’on puisse remarquer dans son catalogue, surtout dans sa traduction, le nom de Zoëga demeurera attaché à la publication des œAivres de Sclienoudi, car il a fait son œuvre avec une conscience et, somme toute, avec une intelligence étonnante. C’était un grand savant et sans doute le plus fort coptisant qui ait existé jusqu’à l’heure présente. Ses travaux ont été du plus grand secours à ceux qui ont voulu suivre ses traces et il mérite à tous égards qu’on le prenne pour guide. L’ordre qu’il a suivi est l’ordre même des manuscrits qu’il avait sous la main, dont il a fait connaître le contenu, qu’il a analysés en en publiant ce qu’il croyait intéressant, soit au point de vue du lexique copte, soit au point de vue des mœurs monastiques. Je ne pourrai que l’imiter, en élargissant toutefois sa manière, puisqu’il s’agit d’une publication intégrale.
Aux manuscrits qui portaient le nom authentique de l’auteur, Zocga a mélangé d’autres manuscrits où ce nom était absent, mais où il avait reconnu l’œuvre du maître; je dois dire qu’il me semble ne s’être jamais trompé. J ai fait là encore comme il avait fait, et je souhaite qu’on puisse dire que, moi aussi, je ne me suis jamais trompé. Pour bien juger de cette question, il est nécessaire d’avoir parcouru tout d’abord toutes les œuvres authentiques, c’est-à-dire portant le nom de Sclienoudi, et la plupart des autres œuvies écrites en copte thébain. Si on l’a fait, on a dû observer bientôt la présence dans les preihières de certaines expressions typiques qu on chercherait en vain dans les secondes. Par exemple, l’expression tioctio ne se rencontre que
XIV
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dans les œuvres que Zocga a attribuées à Schenoudi ; elle se retrouve dans les nouveaux manuscrits contenant des œuvres authentiques de Schenoudi, et quand on les rencontre dans des pièces qui sont pour ainsi dire ano¬ nymes, on est tout naturellement conduit à lui reconnaître la paternité de ces pièces. De même pour d'autres expressions, pour la manie remarquable et bien vite remarquée, même par un lecteur inattentif, de reproduire sous une autre forme ce qui a été dit tout d'abord. Par exemple, rien n'est plus commun dans les œuvres de Schenoudi que de lire des phrases cons¬ truites de la sorte : la maladie qui est dans mon corps ou dans le corps, le péché dans lequel on l'a mené ou qui a été amené sur lui, etc. De plus la phrase de Schenoudi n'est pas la phrase assez simple, assez analytique des autres auteurs coptes ; c'est une phrase compliquée, aussi synthétique qu’elle peut l'être, tourmentée, coupée d’incises et de propositions subor¬ données dans lesquelles on perdrait souvent le fil conducteur si l'on ne s'at¬ tachait sans les lâcher aux règles de la grammaire, règles encore peu con¬ nues que d'ailleurs l'auteur viole, et avec la plus magnifique désinvolture. Quand donc on rencontre dans des œuvres anonymes des phrases comme celles de Schenoudi, des particularités que l’on ne retrouve point ailleurs, des expressions que tout concourt à prouver avoir été siennes seulement, il me semble bien prouvé qu'on peut reconnaître sa facture quand le nom de l'auteur est absent. Ce n'est pas à dire que toutes les œuvres de Schenoudi soient passionnées, compliquées en toutes les phrases, que son esprit ait toujours été en colère contre ses religieux; il avait des moments d'accalmie dans lesquels son langage était simple, où sa phrase était limpide, ses expres¬ sions communes, où il se laissait aller au plaisir de discourir simplement, parfois même trop simplement, où il se complaisait dans les jeux de mots chers à sa race; mais alors même qu'il est doux, bénin envers ses moines, qu'il leur parle en père, il est facile à reconnaître : lestions ne rugissent pas toujours, ils badinent quelquefois et jouent avec leurs lionceaux.
J’ai, en plus de ces diverses sources d'authenticité, à tenir compte d'un fait constant dans les œuvres de Schenoudi, car ce fait ne se rencontre pas dans les autres œuvres sa’idiques qui nous ont été conservées : Schenoudi, à chaque instant, parle de lui-même, soit à la première personne, soit surtout à la troisième, ce que Ton chercherait en vain dans les œuvres des autres cénobites coptes. Il emploie même des périphrases extraordinaires pour se désigner, se servant d'allusions à des faits survenus en son couvent ou à des
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mœurs cénobitiques : ainsi il se désigne souvent par celai qui se tient au milieu de toi, en parlant de sa communauté, celui (jui te parle, ou simplement par il, etc. Ces passages ont été soigneusement notés au cours de la traduction, parce qudl m’a semblé que je devais les noter pour faciliter rintelligence du texte et de ma traduction, et chacun sera complètement à même de voir si ce que j’ai compris est juste ou si c’est faux. En écrivant ces mots, je pense surtout à ceux de mes lecteurs qui sont ou seront à même de juger ma traduction parce qu’ils comprendront le texte; mais je dois bien me préoccuper de ceux de mes lecteurs qui, ne sachant pas le copte, me feront crédit de l’intelligence du texte et se fieront complètement à ma traduction.
Je me suis donc servi de toutes ces sources d’authenticité pour juger de la paternité des œuvres de Schenoudi, et je dois dire encore ici que je n’ai fait que suivre l’exemple de Zoëcja. D’ailleurs, j’aurai grand soin de dire quel motif m’a fait attribuer tel ou tel morceau à Schenoudi. Toute¬ fois il peut arriver que je me trompe, que je ne regarde pas, comme faisant partie de ses œmvres, des œuvres qui réellement l’ont eu pour père et que plus tard la découverte de quelque manuscrit démontre péremptoirement lui appartenir. Le lecteur ne pourra donc m’en faire un crime impardon¬ nable. Quant à l’hypothèse contraire, à savoir rattribution à Schenoudi ou à Visa d’œuvres qui ne sont pas sorties de leurs calames, il est peu pro¬ bable que je me sois trompé; et à ce propos qu’il me soit permis de faire une dieression.
En effet, toutes les œuvres que je publie sont des œuvres cénobitiques, ayant trait à des cénobites, et, même les fragments d’un feuillet ou d’un demi-feuillet, toutes ont la marque de Schenoudi, quand elles n’ont pas celle de Visa, laquelle d’ailleurs est très facile à distinguer de la première, car autant le style de Schenoudi est élevé, coloré, vivant, autant celui de l’humble Visa est rampant, terne, ou privé de vie et de mouvement, n’ayant en propre que des citations fort nombreuses de l’Écriture. Ces œuvres proviennent à peu près toutes, sinon toutes exactement, soit de& couvents près d’Asiout, soit du Deir elAbiad ou Couvent blanc, cest-à- dire du couvent même de Schenoudi. Les missionnaires franciscains au XVIIE siècle et la découverte que j’ai mentionnée dans la préface au les ont fait sortir d’Égypte pour les placer dans les grandes collections européennes. Je crois, en effet, que tous les manuscrits de Naples, de Venise et de Paris proviennent de ces couvents, car jusqu’à présent, sauf
XVI
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dans les leçons de l’office de la semaine sainte, on ne possède pas la traduc¬ tion memphitique des œuvres de Schenoudi, et je ne crois pas qu on la rencontre jamais. Dans mes divers séjours dans les couvents coptes, j ai cherché à savoir si l'on avait conservé les œ-uvres de Schenoudi, nulle part
je ne les ai rencontrées, quoique de bonne volonté on m’ait montré une traduction arabe de la vie de Schenoudi. Au couvent de Moharraq en particulier où il y a une assez riche bibliothèque copte-arabe, la vie s’y trouvait bien, mais non les œuvres. J’avais cependant conservé l’espoir tenace que je trouverais la traduction arabe de ces œuvres en quelque bibliothèque de couvent; on m’a mis à même de fouiller dans diverses bibliothèques, mais ni à Moharraq, ni à Neggadeh où l’on a cependant une riclie collection d’œuvres chrétiennes traduites en arabe, rien de semblable n’existait. On se montrait même étonné que j’eusse à ce sujet des rensei¬ gnements que les chrétiens et les cénobites d Égypte n avaient plus, et j étais en assez bons termes avec eux pour voir cju’on ne jouait pas une comédie qui aurait été inutile, puisqu’on me laissait l’entrée libre dans la bibliothèque ou plutôt dans la tour carrée où depuis longtemps on avait caché les livres dans de grands coffres par crainte de quelque irruption de tribus nomades et de quelque pillage. Comme j’exprimais mon étonnement à l’hégoumène de Moharraq, anba Salîb, qu’on n’eùt pas conservé dans son couvent quek|ues parchemins, il me répondit que jadis il y en avait une riche collection, mais que dans une irruption de Bédouins (c’est le mot dont il se
servait), ils avaient tous été pillés et qu’on s’en était servi pour des usages domestiques. Aussi, quand je parle des couvents près d’Asiout, je ne pense pas à Moharraq, ni même à celui de Manfalout, qui est une dépendance de Moharraq; je pense plutôt aux couvents de la montagne d’Asiout, où il y avait une colonie de cénobites, en souvenir des anciens rapports qui avaient existé entre Schenoudi et Jean de Lycopolish II est probable aussi que
certains des parchemins de Naples proviennent des couvents situés au sud d’Asiout et au nord du Couvent blanc, mais ce couvent doit être considéré sans doute comme l’extrême limite où l’on puisse rechercher l’origine des
manuscrits contenant les œuvres de Schenoudi, quoique je doive citer plus bas un autre couvent qui possédait ces œuvres. Plus haut, en effet, commen¬ çait la religion des couvents pakhômiens, et il devait être assez difficile d y
1. Cf. Mémoires de la Mission du Caire, IV, p. 64.
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XVII
introduire les œuvres d’un iiuteur (lue l’on n’a nulle raison de favoriser, car, outre qu’il avait l'autorité sur un couvent qui s’ôtait élevé en face de ceux de Pakhôme, ses (ouvres ne devaient pas sembler assez édifiantes. D’ailleurs dans la bibliothèque du Deir el Abiad, il n’y avait guère que des couvres de Schenoudi, des ouvrages liturgiques, des o/cs de saints parmi lesquelles lac/ede Pakhôme, certaines œuvres monastiques traduites du mem- pliitique, les œuvres de saint Jean Clirysostome, de saint Grégoire le Thau¬ maturge, avec la version thébaine de l’Écriture. Toutefois dans le catalogue de la bibliothèque du couvent cVanba Hélias publié par feu Bouriant, dans le Recueil dirigé par M. Maspero’, on trouve quatre volumes des œuvres de Schenoudi. Ce couvent, comme l’avait fait observer feu Bouriant, devait •être situé près de Qous, sur la rive droite du Nil, près des montagnes de la chaîne arabique. Les livres contenant les œuvres de Schenoudi sont dési¬ gnés dans le dit catalogue comme contenant des Eæégèses et des Discours : ils comprenaient sans doute des homélies sur les livres de l’Écriture, comme ^celles que l’on trouvera au cours de cette publication et sans doute aussi les Discours autres que ceux ayant trait à l’explication de l’Écriture, mais non les Lettres de Schenoudi à sa communauté, comme l’auteur lui-même les désigne toujours dans ses Œuvres : enicToAn. Trois de ces livres étaient sur papyrus, et non sur papier comme a traduit Bouriant, et le quatrième est dit avoir été un rouleau ancien, otts.iûxxc, juLn0.Ad.1011, c’est-à-dire encore
vraisemblablement sur papyrus.
L’origine des manuscrits de Schenoudi est donc monasticiue, et les sujets ‘dont il traitait étaient des sujets avant tout monastiques, auxquels venaient s’ajouter par surcroît dans une bibliothècjue de couvent d’autres livres étrangers à la religion, comme le De re niedica publié par Zoëcja, le poème •qui termine son catalogue ' et le livre de médecine signalé dans le catalogue
1. Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à V archéologie égyptiennes et assyriennes, vol. XI, p. 131-138. Voici les titres des quatre volumes en question :
1" ov-xcocojOLe îie«^Hi*ecic iiô.nd. lyeiioirTe e^nnecic ^enoTTC X^ ^ J
3*» oJULd.1, kcAoooc îiTe ô.n*. ^ciiottc tTfie xxn g^eii Kexi.ô.pTTpidk ; 4° nd.Am
Kee^Hvecic utc d.nd. ujenovTe oT-xiDJULe juLnd.Ad.ioii ; c’est-à-dire : un livre d’exégèses d’apa Schenoudi, sur papyrus; d'autres exégèses d’apa Schenoudi, sur papyrus; semblablement un autre discours d’apa Schenoudi sur l’ivresse avec des martyres .aussi; encore, d autres exégèses d apa Schenoudi, rouleau ancien.
2. ZoEGA, CataL Cod. Copt., p. 626-630 et 642-659.
XVIII
INTRODUCTION
de la bibliothèque du couvent d’anba Héliasb D’ailleurs ce que je vais dire sur ce que j’ai vu moi-même pratiqué dans les couvents coptes montrera
encore mieux pourquoi l’on écrivait les manuscrits.
Tout d’abord les moines ou cénobites devaient apprendre par cœur un certain nombre de passages de la Bible, et de fait Pisentios apprit le psau tier par cœur, comme il est dit dans sa oieK Sclienoudi savait par cœur une grande partie de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais je crois qu il les savait assez mal, quoique cependant son style soit nourri de l’Écriture,, comme il est facile de s’en apercevoir quand on connaît 1 Ancien et le Nouveau Testament et qu’on lit ses œuvres. Cela rend compte du nombre relativement grand des manuscrits contenant les livres de 1 Ancien et du Nouveau Testament, non pas de tous les livres, mais de ceux qui avaient la vogue parmi les moines ou les cénobites, c’est-à-dire du Pentateuque (et encore !), des Psaumes, des livres sapientiaux, des grands et des petits prophètes, du livre de Job quelquefois, et de presque tous les livres du Nouveau Testament’. Une fois en règle avec les livres de l’Écriture, le cénobite ou le moine qui savaient lire et qui prenaient plaisir a la lecture pouvaient emporter dans leur maison particulière les livres qui leur plai¬ saient et qu’ils devaient déposer, selon la règle pakhômienne, dans l’em¬ brasure de leur petite croisée quand ils avaient fini de s en servir . Chacun choisissait ce qui lui faisait plaisir plus particulièrement, les uns les Apo¬ cryphes dont il existe une si riche collection dans les manuscrits coptes,, les autres des récits sur les Martyres vrais ou faux composés en Égypte; ceux-ci de l’histoire ecclésiastique, ceux-là des œuvres oratoires de Jean Chrysostome, de Grégoire de Nazianze, de Basile de Césarée; d autres encoie des œuvres contenant les actions héroïques, comme les épopées des Arabes, des moines de jadis ou des cénobites primitifs. Parmi ces œuvres, dans le
1. Recueil, année XI, p. 135. Le couvent de Schenoudi en possédait sans doute aussi, car j’ai lu sur les murs de la Bibliothèque des formules de conjuration et de médecine, ce qui est tout un.
2. E. Amélineau, Étude sur le Christianisme en Egypte au VJÉ siècle, p. 75.
3'. On ne trouve jamais cités, du moins à ma connaissance, les deux livres des Paralipomènes, ceux d’Esdras et de Néhémie, le livre d’Esther, celui de Judith; on ne trouve que des allusions aux livres de Josué, des Juges, aux quatre livres des
Rois, au livre de Tobie.
4. Régula Pakhomii, C, ap, Migne, Patrologia laiina, vol. XXIII, p. 78, col. 2.
INTRODUCTrOX
XIX
couvent de Schenoudi, étaient naturellement comptées les productions, lettres, homélies, discours et autres, du maître et chef du couvent. Mais je ne crois pas cependant qu’on copiât de suite et en ordre toutes les œuvres de Schenoudi. En effet, il n’existe pas un seul manuscrit qui soit la reproduction complète d’un autre manuscrit antérieur. Chaque scribe choisissait dans 1 œuvre du maître ce qui lui plaisait et ce qu’il copiait, et un même manuscrit pouvait contenir les œuvres les j^lus disparates, comme celui du couvent d’n/?6a Héhcis, ojLiei.itoc KeAo^roc rue ujenoTTTe ej^ie n'^g^e jun g^ert Ke-
: Semblablement un autre (ou d’autres) discours d’apa Schenoudi sur l’ivresse avec des martyres aussi b C’est toujours la coutume dans les couvents coptes. A Moharraq, chacun des religieux profès avait son livre de chevet, un livre de grand format, bien écrit, et qu’il lisait quand l’envie lui en prenait, ou même à certaines heures réglées, comme chez les ascètes chrétiens l’exercice ciu’on dénomme Lecture spirituelle. Ces bons religieux me montraient avec un naïf orgueil leurs manuscrits et me les offraient pour les faire copier, ce que j’ai fait d’ailleurs pour ceux qui m’intéressaient. Tous étaient de mélanges : chacun prend son plaisir où il le trouve. Je ♦ crois donc qu’il en était de même dans le couvent de Schenoudi et que les frères qui savaient écrire étaient occupés à écrire ces livres. Il y avait même plus que des mélanges d’auteurs ou d’ouvrages, il y avait un véri¬ table Florilegiumj comme cette publication le montrera. Ce m’est une preuve que les parchemins coptes du couvent de Schenoudi ne contenaient pas ex professa et in extenso les œuvres du maître. Cette observation rend compte de l’état de dispersion dans lequel ses œuvres nous sont parvenues. De plus un grand nombre de morceaux nous sont connus par les lection- naires c{u’on lisait aux offices, les dimanches et les jours de certaines fêtes : mais ces leçons soigneusement revues et expurgées ne contiennent pas les œuvres les plus intéressantes de Schenoudi, tant s’en faut. Les morceaux qui ont cette origine seront soigneusement notés, cela va sans dire.
Cette question de l’origine et du contenu des manuscrits une fois vidée, il me faut dire quelques mots sur la manière dont j’ai résolu le problème qui se pose quand un morceau est contenu dans plusieurs manuscrits. Encore ici j’ai suivi Zoëga qui avait rencontré dans les manuscrits de Naples des ■œuvres qu’il avait déjà cataloguées. 11 s’est contenté de les indiquer sans
1. Recueil de Monuments, etc., voir p. 135, note I.
XX
INTRODUCTION
s'attarder à les publier à nouveau, ni même à en indiquer les variantes. Mais son cas n'est pas tout à fait le mien ; je ne l’ai donc pas suivi aveu¬ glément : j’ai noté soigneusement les variantes que m’offraient les divers manuscrits en prenant pour base de mon texte les manuscrits analysés ou. publiés par Zocga, si le cas se présente, ou les manuscrits de notre Biblio¬ thèque nationale^ si les manuscrits de Naples ne contiennent pas 1 œuvre en question. Mais toujours j ai noté les variantes et décrit les divers manuscrits, ne fussent-ils que d’un feuillet. Quand la publication de Zocrja se trouvait continuée par les autres manuscrits, naturellement j’ai donné l’œuvre aussi entière que je le pouvais, en indiquant mes sources. Mais le cas s’est pré¬ senté où une œuvre connue déjà par Zoëga, comme le numéro III de cette pu¬ blication, s’est rencontrée dans les manuscrits de Paris, laquelle œuvre n’était cependant pas complète, par le fait de lacunes considérables dans le manus¬ crit qui, la lacune finie, poursuivait. Quelle conduite fallait-il adopter en ce cas ? Fallait-il renvoyer à une autre partie de ma publication le reste du
manuscrit, au risque de diviser une œuvre une, car nous ne pouvons pas savoir quelle était la longueur d’une lettre de Schenoudi, d’un de ses discours ou d’une autre de ses œuvres? ou fallait-il au contraire réunir les derniers feuillets d’un manuscrit à ceux qui précédaient dans le volume, au risque- de souder ensemble deux ou plusieurs œuvres diverses? Le choix est assez embarrassant entre ces deux manières dagir, car il n y a de part et d autre aucune raison qui sollicite plus particulièrement la décision. Dans cet embarras, je me suis décidé à donner tout ce qui restait d’un manuscrit, tout en prévenant le lecteur qu’il se pourrait qu’il y eût deux œuvres d’argument divers l’une à côté de l’autre.
Cette question des manuscrits une fois réglée, puisque j’ai indiqué la manière dont j’avais procédé, il me faut occuper maintenant de celle du texte, et par là j’entends le texte seul, sans faire entrer en ligne de compte la ponctuation sur laquelle je reviendrai plus loin. J ai respecté scru¬ puleusement le texte, comme c’est je crois le droit d un éditeur conscien¬ cieux, et cela même quand il était visiblement fautif ou que les variantes d’un autre manuscrit démontraient péremptoirement la faute j j ai même respecté l’orthographe quelle qu’elle fût, me contentant de rejeter en note- an bas de la page la leçon qui me semblait la bonne. En ce faisant j ai rompu avec la coutume que j’avais prise d’insérer dans le texte la bonne ortho¬ graphe des mots grecs ou de rétablir la bonne leçon d’une faute visible
INTRODUCTION
XXI
mais en traduisant, j ai seulement tenu compte de la leçon me paraissant la bonne. Ce cas, d'ailleurs, ne s est présenté que lorsque la faute était très apparente, si apparente qu'elle crevait les yeux, pour employer une expres¬ sion vulgaire ; partout ailleurs, quand le texte pouvait s'expliquer différem¬ ment, j'ai d'abord traduit le texte tel qu'il se présentait à moi, mais j'ai bien eu soin de faire observer en note ce qu'on pouvait traduire et combien le sens était préférable si l'on ajoutait une seule lettre ou si on changeait seule¬ ment un a pour un o. Et pour bien me faire comprendre à ce sujet, il ma faut entrer dans les détails les plus circonstanciés.
Dans l’im des manuscrits de la Bibliothèque nationale, à Paris, se trouva un fragment qui ne comprend pas moins de trente-deux feuillets dont la moitié à peu près sont incomplets. Le premier de ces feuillets commençait sans doute une des œuvres favorites de Schenoudi, car au recto on trouve écrit d'une écriture presque cursive ce qui semble un titre ou une note avant le texte disposé en colonnes, comme c'est l'ordinaire presque sans exception dans les manuscrits, sauf dans les manuscrits liturgiques; cetta note court dans toute la largeur de la page et dit ce qui suit : nei-
ijyô.'îs.e is.'S'Co pooTruj ecuiiiTOY juLnd^'^ô.no'XHJuiei
nme^Kic riTepenei eiteriTonoc ô.ttü) d.nnooiio'p enei^ô.pTHC g^p^^i ïieig^oo'y THpoY -e^H ïiTeccevpô.KOCTH utne neiito(^ ii^TopTp JULït
iiîtA'ynH THpoy pjuLeiooire enTôwir^cone JULneiT«s.Ad.in(ji)poc npcoAie €^loA-
g^iTrt n^eA'AHit julïi npeq'xi ïk^oïic jülii neTTtoÆic iULJii.oo*y epon nci>.T«kïid.c e^c^'juL-
(S'oxx €KevTe^e xxixon ep mxx enTe<ïioTe>.uîOY ; c'est-à-dire 1 (( Comme ces paroles et ces règlements étaient dans mon cœur et que j'ai à souci de les rendre stables avant que je ne parte, après donc les avoir écrits sur des nniivuic, lorsque nous avons été revenus à nos endroits \ nous les avons certes transcrits sur ces parchemins en tous ces jours d'affliction avant la Pen¬ tecôte, sans que ces grands troubles et la multitude de tous les chagrins en des larmes qui ont eu lieu pour ce malheureux homme de la part des Hellènes, des gens violents et de celui qui les excite contre nous, Satan, aient pu nous empêcher de faire toute chose que nous voulions faire h » Ce texte est fort clair : il montre, sans ambages, que Schenoudi réfléchissait d'abord à ce qu'il voulait écrire, l'écrivait ensuite sur des nm^^Kic, puis, une fois rentré dans son couvent, le transcrivait sur des rouleaux de papyrus.
1. Entendez : dans les endroits où nous habitons, c’est-à-dire notre couvent.
2. On trouvera la suite du manuscrit plus loin au cours de cette publication.
XXII
INTRODUCTION
Les seules difficultés qui apparaissent dans cette note ont trait à la signi
tication précise des mots grecs nme^uic et
Je ne crois pas qu’il y ait de doute possible sur le sens du mot Ce mot veut bien dire : matière sur laquelle on écrivait^ matière bien spé- cifiée en latin: charta papyraœa, c’est-à-dire papyrus. Les Egyptiens, c’est un fait bien connu, employaient pour écrire des peaux d’animaux pré¬ parées hoc, mais ce n’était qu’une minime exception a 1 emploi du papy¬ rus qui était d’usage courant et journalier; ils employaient aussi des pierres plus ou moins polies leur présentant une surface unie sur laquelle pouvait courir leur calame, comme V ostracon qui contient les premières pages des aventures de Sinouhit ; ils employaient aussi le bois et plus sou¬ vent à une certaine époque, surtout à l’époque copte, les tessons de pots brisés qu’ils s’envoyaient l’iin à l’autre en guise de lettre. Il ne peut s’agir évidemment ici ni de pierre, ni de tesson de pot, ni de bois, ni même du parchemin qu’ils ont connu et qu’ils ont si souvent employé, car pour le parchemin ils se servaient du mot grec juiejLifipô.îioii, comme le montre le ca¬ talogue de la bibliothèque d’anba Hélias. Il ne reste donc de sens possible que ceux de papyrus ou de papier de coton. Le même catalogue montre qu’on faisait une différence entre les deux, puisque le premier était désigné par le mot second par l’expression nuenon ou x^P'*'^^
îiKenoTî'puori. Je dois noter cependant que dans ce catalogue on trouve par sept fois l’expression x^P'*'^^^ iiivAô.ïon: et une fois celle de ‘2:ü)«.e Que faut-il entendre par ces trois expressions : x^P^^c et
X^PTHC riKenon OU ïiKeno'S'pi^ori: ?
Je crois pour ma part qu’il n’y a, sous cette triple expression, que deux dénominations à entendre, à savoir le papyrus et le papier de coton. Le papyrus était encore employé au X® ou au XL siècle de notre ère, alors que le papier de coton était déjà employé et par conséquent fort connu, comme le montre la collection de fragnients publiés sous le nom de l’archiduc Rainer h Les expressions de x^^P'f”^ ^t de x^P'*'”^ dési¬
gnent le papier de coton connu normalement en Egypte et que l’on distin¬ guait par l’adjonction des qualificatifs Kenon ou Kenorpiroîi du papyrus pro-
«
• • !
1. Recueil, etc., p. 132-135.
2. Mittheilungen. ans cler Sammlung dev Papyrus Erzherzog Rainer, t. III, p. 96-97.
INTRODUCTION
XXIII
prement dit qui était connu et employé depuis si longtemps en ce pays qu on le nommait newAe^ion, quand on ne rappelait pas simplement
Il semblerait cependant que l’opposition, si bien marquée dans un document de si petite étendue que le catalogue de la bibliothèque du couvent d’an])a Hélias, suppose une opposition quelconque entre les deux choses désignées, et que ce n’est pas sans raison que certains livres de cette bibliothèque sont dits avoir été faits de n*.Ad.ïoii et d’autres simplement de
Aussi j’admettrai volontiers qu’il y avait une différence entre les deux sortes de papyrus, mais cette différence provenait surtout du temps, et aucunement de la matière : le papyrus était bien de même matière dans les deux cas, mais dans l’un il avait été fabriqué anciennement, x^^P'^^^ et dans l’autre nouvellement, x*^P'‘‘«c, tandis que dans l’expression x^^P^hc îiKenori, x*"P'f”^ ïiKetioTrpiroïi il n’y a pas seulement différence de temps, mais différence de substance, le papier de coton ayant remplacé le papier primitif ou papyrus.
Schenoudi emploie assez fréquemment le mot x^P'^^c dans ses œuvres ; il parle assez souvent des règlements propres aux cénobites de son couvent, lesquels règlements étaient écrits sur des x*^P'*'«c; en d’autres endroits il fait allusion à la x*^P*f«^ chaque cénobite entrant dans le couvent devait souscrire en s’engageant à respecter les règles, et qu’à certaines époques de l’année on mettait sur l’autel afin que le Seigneur fût témoin de l’engage¬ ment qui était souscrit b etc. Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un au monde qui puisse soutenir qu’au IV® ou au V® siècle il s’agit, non de papyrus, mais de papier de coton. D’ailleurs je puis citer quelques textes qui devront prouver ce que j’avance. Dans la règle pakhômienne qui est à peu près du même temps, quoiqu’elle soit antérieure aux œuvres de Schenoudi, il est dit que le cénobite, après avoir fait sa lecture, doit lier son volume et le placer dans la petite niche ménagée dans le mur de sa cellule. Voici d’ailleurs le texte de saint Jérôme à ce sujet : « Nemo vadens ad collectain seu ad vescendum dimittat codicem non hgatum. Codices qui xn fenesira, id est iniiunsecus parietis reponuntur ad vesperum, erunt sub manu secundi qui numerahxt eos, et ex moxx concludet^ , » Quand saint Jérôme traduisit cet article de la règle pakhômienne, il dut faire entrer dans son texte une glose explicative,
1. Je citerai plus loin les textes.
2. Patrologia latina^ t. XXIII, col. 78, n® C.
XXIV
INTRODUCTION
à savoir : ni feaestra, ici est intrlnsecas parietis; car \‘d/enestra des romains à son époque ne répondait guère à la niche des cénobites pakhômiens. Tous les hommes faisant partie de la même maison devaient donc en certaines occasions placer leurs volumes dans la niche susdite après avoir pris soin de les lier, et le second était chargé de voir si les volumes étaient tous réunis et de les attacher ensemble selon riiabitude, concladere, car il ne peut s’agir de les enfermer en un lieu clos, puisque ce lieu clos n’existait pas plus alors qu’il n’existe aujourd’hui. Saint Jérôme, qui avait bien compris cependant <|ue \d fenêtre était une niche puisqu’il l’a expliqué, n’a pas expliqué aussi clairement quel était l’acte du second. Pour ma part, je crois bien qu’il était ce que je viens d’écrire. S’il se fût agi d’un livre en parchemin ou en papier, on n’aurait pas eu à le lier parce qu’il l’aurait été, car nous n’avons nulle preuve en Égypte qu’on se soit servi du parchemin à l’époque copte pour en faire autre chose que des livres souvent fort gros, puisque quelques- uns ont jusqu’à trois cents et trois cent cinquante feuillets, ainsi que j’aurai
l’occasion de le dire au cours de cette introduction. D’ailleurs, s’il avait fallu ranger ces livres dans l’embrasure de la niche, cette niche n’aurait pu les contenir, car elle était et est encore de petite dimension. De plus encore, ainsi que je le ferai observer bientôt, les Coptes ont eu de très bonne heure l’habitude de faire relier leurs volumes, c’est-à-dire d’encadrer leurs feuil¬ lets de parchemin entre des cartonnages dont leurs ancêtres connaissaient fort bien l’usage, comme le démontrent les gaines de momie des basses épo¬ ques. Il s’agit donc bien, à mon sens, de papyrus dans l’expression codicem non ligatum.
Je peux citer encore un autre fait raconté tout au long dans le Synaxare dont je me suis servi pour écrire ma Géographie de l’Egypte à Vépoque copte. Ce document particulier à l’église de Neggadeh contient un résumé de la vie d’Anba Ephraïm de Fargoud, où il est raconté que ce saint homme vivait, sous le règne de Justinien, le roi Calchédonien, comme il y est appelé. Cet empereur commanda à Ephraïm de se rendre à Cons¬ tantinople pour y faire preuve de sa foi. Ephraïm, après avoir deniandé une dispense qu’il n’obtint pas, préféra se réfugier au couvent blanc et laisser passer l’orage. Pour employer ses loisirs, il se mit à copier les règlements faits par le saint anba Schenoudi et à les écrire sur des jusqu’à ce qu’il eût hni; puis, il les mit dans des les cacheta et les envoya dans
INTRODUCTION
XXV
le couvent du saint abou Mesîs, en leur recommandant ' de les bien garder. Il disait dans sa lettre : « Ces jlkl contiennent des graines et des semences bien choisies; gardez-les chez vous des jours. )) Et après cela, les semences qui étaient dans le couvent du saint abou Mesîs finirent, et Ton ne trouva point de graines pour ensemencer, et les (frères) pensèrent aux que le père saint, abouEphraïm, leur avait envoyés. Ils les ouvrirent pensant que c’étaient des semences, et ils y trouvèrent des canons que le père saint, anba Schenoudi, avait écrits, car les frères qui étaient dans son couvent ne per¬ mettaient à personne de les copier b » Ce passage présente des difficultés ana¬ logues à celles de l’article discuté de la règle pakhômienne traduite par saint Jérôme. D’abord anba Ephraïm copie les œuvres de Schenoudi sur des Jljjl. Ce mot signifie au propre une feuille d’arbre; il a donc très bien pu servir à traduire le mot gréco-copte quoiqu’il serve actuellement pour
désigner une feuille de papier, le papier d’aujourd’hui n’étant que le succes¬ seur du papyrus et se faisant par des procédés analogues, bien que différents. Ces Ephraïm les préserve avec des jlk' : le mot voulant dire : garder un champ, une vigne, il peut très bien servir à désigner l’enveloppe dans laquelle on avait mis les précieuses jj! pour les conserver : je crois pour ma part que c’était d’autres feuilles de papyrus dans lesquelles on avait roulé les papyrus écrits, ou même n’était-ce que le lien conservant le papy¬ rus roulé et que l’on scellait ensuite. C’est ce que fit Ephraïm : il scella ses Jljjl : S’il se fût agi de parchemins, le parchemin s’écrivant par
cT.
1. C’est-à-dire : recommandant aux frères de ce couvent.
2. Synaxare copte m’appartenant, au 24 Toubah, n*^ 1. Voici le texte : l-b»
y \ jfp jLkil ci y)
^ _ y) yp vdJJS UU ^-Uc
XXVI
INTRODUCTION
cahiers assez gros, de 16 pages parfois, il eût été difficile de les rouler, de les sceller de manière à ce que les frères d’Abou Mesîs ne connussent pas ce qu'ils contenaient. Il est vrai que Ton peut expliquer le jlk' par une enveloppe protectrice quelconque, comme une boîte en carton ou en bois, dans laquelle on aurait mis les précieux livres et qffion aurait ensuite scellée; mais en ce cas il serait difficile d’expliquer comment, le copte ayant des mots spéciaux pour désigner ces objets, hauteur a employé un mot aussi vague et que le traducteur arabe a nécessairement rendu par un mot vague. Il me semble bien préférable de prendre les mots arabes dans leur sens premier et de les expliquer ainsi. Je dois dire en outre qu’au siècle de Justi¬ nien, le VI®, le parchemin était peu employé en Égypte, et pas du tout dans les couvents coptes, du moins nous n’en avons aucune preuve péremptoire, et, comme le papier de coton n’était pas encore inventé, les paroles que j’ai citées ue peuvent donc s’appliquer qu’au papyrus. Cette conclusion concorde donc parfaitement avec les renseignements que nous fournissent les œuvres de Schenoudi, à savoir que les règles avaient été écrites sur des papyrus. Je dois expliquer maintenant le mot nme^Kic. Je me trouve ici en mauvaise position, car c’est la seule fois que se rencontre ce mot grec dans les œuvres de Schenoudi en particulier, et je crois bien dans les œuvres coptes en général, du moins à ma connaissance. Ce mot a servi pour dési¬ gner les tablettes en cire dont se servaient les Romains, aussi les planchettes en bois préparées pour y tracer des caractères : peut-être a-t-il désigné aussi autre chose, car il me semble bien que le matériel pour écrire n’a pas dû se borner au papyrus, au bois, à la cire. Le bois a été employé à cet usage en Égypte, bien qu’il n’y fût pas commun; je ne connais pas d’exemple que la cire ait servi au même usage. Nous connaissons au contraire, pour en pos¬ séder un grand nombre, les tessons de pots sur lesquels ont été écrits des documents publics ou privés que les Égyptiens, presque à toutes les époques, ont écrits sur toutes sortes de sujets. J’ai trouvé moi-même pendant mes fouilles d’Abydos des tessons de ce genre en très grande quantité, et même les comptes d’une banque locale, lesquels n’ont pas été publiés. On avait employé pour ces derniers des tessons de forme à peu près pareille. Il se pourrait très bien que Schenoudi eût utilisé pour écrire ses lettres à son couvent de semblables matériaux, soit tessons de pots, soit planches, soit même toute matière calcaire qui se trouvait sous sa main; ce qu’il y a de cer¬ tain, c’est qu’il y avait une différence entre les ninô^Kic dont il se servait
INTRODUCTION
XXV II
pour écrire ses brouillons et les sur lesquelles il les faisait ensuite
transcrire, une fois rentré dans son couvent ; mais il faut avouer qu’il devait
*
employer une quantité très grande de ces matériaux quand on voit la lon¬ gueur de certaines de ses œuvres, puisque quelques-unes des lettres à sa communauté n’ont pas moins de cinquante, soixante feuillets de parchemin. Il devait falloir plusieurs cénobites pour transporter au couvent ces œuvres peu portatives.
On peut se demander au sujet des œuvres de Sclienoudi si les brouillons ou les minutes qu’il écrivait lui-même étaient écrits en caractères onciaux, ou bien encore si le mot employé par le scribe ô^imoonoY, littéralement : nous les avons transportés, nous les avons fait passer doit s’entendre, non seulement d’un changement de matériel pour écrire, mais aussi d’un chan¬ gement d’écriture. Je m’explique. Schenoudi pouvait écrire en employant ou l’écriture démotique encore connue et usitée au VIII® siècle, témoin l’épisode de Pisentios dans la caverne de Djimé où il lit les noms des momies écrites sur une liste, liste écrite en démotique très probablement, presque certainement si l’on en juge par les listes de cette sorte qui nous sont parvenues^ ; ou bien il pouvait employer l’écriture dont on se servait dans les contrats coptes de cette époque ou des époques postérieures, écri¬ ture compliquée, difficile à déchiffrer, dont on connaît de nombreux spéci¬ mens. Il est en effet peu probable qu’il employât l’écriture onciale, écriture comportant beaucoup de place, exigeant un temps matériel fort long pour former les lettres, et par conséquent beaucoup de loisir, beau¬ coup de calme et beaucoup de patience. Or la vie de Schenoudi ne fut jamais très calme, il n’eut jamais beaucoup de patience, s’il eut jamais des loisirs appréciables. La seule lecture de ses œuvres suffit pour montrer qu’il avait un caractère plus qu’ardent, et quand on a un semblable caractère on ne passe pas béatement son temps à fignoler des caractères : le mouvement de la pensée emporte le mouvement de la main. Je considère donc comme très probable que Schenoudi, en écrivant ses minutes, se servait de l’écri¬ ture usitée pour les contrats, écriture qui, par ses multiples ligatures, quelquefois si difficiles à déchiffrer, convenait admirablement à son carac¬ tère.
1. E. Amélineau, Étude sur le Christianisme en Égypte au V//® siècle. Vie de Pisentios, p. 44.
XXVI II
INTRODUCTION
S’il en était ainsi, il serait facile de comprendre comment les scribes, même les plus habiles, aient pu se tromper quelquefois assez grossièrement, tandis qu’il faudrait leur supposer plus que de la distraction, c’est-à-dire une certaine dose d’inintelligence, pour n’avoir pas pu lire une écriture aussi facile à lire, à caractères aussi gros qne l’écriture onciale des manuscrits coptes, comme le lecteur pourra s’en convaincre en se reportant aux planches qui accompagnent ce fascicule ou qui accompagneront les suivants . 11 n’y a pas à le nier, les manuscrits que je publie sont remplis de fautes, quelque¬ fois très grossières, et il n’y a qu’à voir les variantes que présentent deux manuscrits lorsqu’ils contiennent la même œuvre fragmentaire, pour en
être convaincu.
Il fut un temps — qui n’est pas encore bien éloigné de nous où la reli¬ gion du manuscrit régnait en maîtresse : il fallait expliquer coûte que coûte L texte écrit, quelque fautif que l’évidence le montrât. Aujourd’hui le bon sens a repris ses droits et, tout en respectant le texte, on peut s’étonner de la présence de tel ou tel mot, de telle ou telle expression, qui va à l’encontre de la pensée telle que nous la montre le mouvement de la phrase. La com¬ paraison des textes, lorsqu’il se rencontre deux ou plusieurs exemplaires du même fragment, a permis de le montrer avec éclat. Les scribes étaient faillibles, il faut bien l’avouer, et avoir écrit une œuvre il y a douze ou quinze cents ans, quand ce n’est pas quatre ou cinq mille ans, n’est pas une preuve d’infaillibilité, tout au contraire, surtout quand il s’agit des systèmes
d’écriture employés par les Égyptiens.
Quand, dans une école égyptienne, sous la férule du maître, les élèves
copiaient un morceau quelconque qu’on leur dictait dans le but de leur enseigner la langue et l’orthographe, on ne doit pas s’étonner de trouver des fautes dans celles de leurs copies qui nous sont parvenues : autant vau¬ drait trouver parfaites en orthographe toutes les copies que les élèves de nos lycées ou collèges remettent chaque matin à leurs professeurs. Les sources des fautes les plus fréquentes et les plus grossières doivent être cherchées dans l’emploi de déterminatifs faux ou de voyelles égarées là où elles n’avaient que faire, car, bien loin d’adopter le système qui rejette les voyelles en égyptien, je tiens fermement au système contraire. Il y avait, dans les écritures égyptiennes, un ensemble de lois usuelles qu il fallait connaître, car tous ou à peu près tous les mots avaient leur physionomie particulière, celle que les sages d’antan leur avaient donnée et que les
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XXIX
écoliers devaient connaître, s’ils voulaient être salués docteurs ès-art d’écrire. Les scribes coptes ont de même leurs règles, règles bien éta¬ blies, mais qu’ils ont cependant violées encore assez fréquemment, malgré eux sans doute, mais qui n’en restent pas moins violées, ce qui est une source de difficultés pour le lecteur.
Les copistes coptes de nos jours écrivent à l’audition, et cela pour une bonne raison : ils ne peuvent pas, se tenant comme ils se tiennent et en tenant le papier sur lequel ils écrivent, tenir en même temps le modèle qu’ils doivent transcrire, et ils n’y peuvent jeter les yeux, quand le modèle est à terre, sansVoccasionner une perte de temps considérable. Ils ont bien plus tôt fait de prendre un compagnon qui leur lise le modèle à transcrire et qui pourra les remplacer, le cas échéant, car alors ils pourront faire courir leur calame sur le papier avec toute l’agilité dont ils sont capables. Les scribes d’autrefois devaient faire de même, parce qu’ils tenaient leur papyrus, leur parchemin ou leur papier de coton de la même façon, parce cju’ils s’asseyaient à terre, qu’ils n’avaient pas de pupitre sur lequel mettre le modèle à copier pour l’avoir à la hauteur des yeux, parce qu’ils devaient l’étendre sur le sol ou avoir un compagnon qui le leur lût. La nature de quelques-unes de leurs fautes prouve qu’il en était ainsi, comme je vais le démontrer avec évidence.
La langue copte, tous ceux qui l’ont quelque peu étudiée le savent, était un instrument quelque peu avarié par suite d’un long usage, puisque c’est la dernière forme sous laquelle nous soit arrivée la langue égyptienne qui fut employée au moins pendant huit ou dix mille ans. Les formes de cette langue réduites à leur plus simple expression ont été tellement usées qu’un grand nombre de formes grammaticales en sont venues, quoique d’origine fort différente, à avoir une prononciation semblable : je ne citerai ici, car ce n’est pas le lieu de faire un cours de grammaire, que les formes par¬ ticipiales venant de l’hiéroglyphique ( ^ et transcrites en copte e, et la préposition c:^ devenue également e. Ces deux formes ne donnent pas lieu à méprise ; mais la forme e du participe peut donner lieu à des fautes énormes qui influent sur le sens de la phrase d’une manière considérable. Par exemple, si une proposition subordonnée, s’annonçant par e =; étant (jue, commence par la négation Aine, laquelle se prononçait exxue, suivant que l’e sera ou ne sera pas écrit, on pourra prendre cette proposition sub¬ ordonnée pour une proposition principale, et ainsi on manquera l’enchaî-
XXX
INTRODUCTION
nement des propositions entre elles, et par suite on ne comprendra pas la phrase. De même le pronom de la deuxième personne du singulier au mas¬ culin est celui de la troisième est q; ils se prononçaient en ou eq, comme le pronom de la première personne du pluriel n se prononçait en; si à ces pronoms on veut joindre un participe, comme ckuhy, eqiiHY. chhhy, Te du participe est assimilé à l’e d’appui des consonnes pronominales, et il fallait obvier à cette source indéfinie de mésintelligences : aussi les experts en orthographe copte ont-ils pris le parti d’écrire k, q, ü, quand les affixes pronominaux affectent un verbe non au participe, et d’écrire au contraire €k, eq, en, quand 1 auxiliaire uni aux pronoms k, q, n, annonce que le verbe est au participe, si bien que cRnH-y, eq^Hy, crrhy signifient! tu viens, il vient, nous venons, ou ! toi venant, lui venant, nous venant, étant que toi, tu viennes , etc. Quand le scribe entend la prononciation eKUHY, etc., dans les deux cas, il est tout naturellement amené à employer l’orthographe pleine, quand il faut employer l’ortho¬ graphe non pleine, et vice versa. Et le traducteur d’une de ces immenses phrases de Schenoudi, ayant trouvé une première fois un participe et se trouvant tout à coup devant un présent, lorsque le mouvement de la phrase semble exiger l’emploi du verbe au participe, se voit livré au plus cruel embarras dont il ne se peut tirer, s’il n’admet pas la possibilité d une faute. De même les deux mots 2,11 et 2_eR ne s’emploient pas indifféremment l’un nour l’autre : le premier est la forme dernière de l’ancien mot ^ ,
le second celle de l’ancien mot prononçaient
mais le premier devait s’écrire toujours et le second : quand le scribe entendait s’il n’était intelligent et s’il ne se laissait guider par le sens, il était naturellement porté à écrire pour et pour geu. La
1. Quand j’emploie ces expressions de participe, de présent, et autres semblables, je le fais pour obéir à la coutume reçue, mais dans le fond le copte, tout comme l’ancien égyptien, ne connaît ni temps ni mode : il connaît seulement le radical ou la racine verbale, et à ce radical il joint certaines formes grammaticales qui en mo¬ difient le sens, comme nos terminaisons de mode et de temps. Les trois formes sus¬ dites signifient seulement : ton venir, son venir, notre venir, et ; est ton venir, est son venir, est notre venir. La grammaire égyptienne consiste seulement à trouver les formes dont se servaient les Égyptiens pour préciser leur pensée. Au fond 1 égyptien n’est que du petit nègre plus précis, mais procédant d’une manière analogue. Et le copte fait de même.
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XXXI
méprise n’a pas d'ordinaire de conséquence grave, parce qu’il est générale¬ ment très facile de voir ce que le scribe aurait dû écrire pour se conformer aux règles usitées; mais il y en a d’autres du même genre qui conduisent à une complète inintelligence du texte. Ainsi Sctienoudi emploie fréquemment le mot grec juen, et il emploie aussi avec une plus grande fréquence la négation xxn, orthographiée julÏi et prononcée xxcn : or, si le scribe se trompe, comme cela est arrivé dans un cas qui sera signalé au cours de ce présent fascicule, le traducteur se trouvera dans le plus grand embarras. Un autre cas fort fréquent se rencontre à propos de l’e du participe suivi de la troisième personne du pluriel oy, que l’on écrit presque toujours ey et que l’on prononçait eoy; cette forme se confond très facilement avec la préposition e suivi de l’article indéfini oy, comme dans l’expression : mar¬ chant à une perte, eTjmooye eoTTô.Ko ; le scribe, ayant entendu eoTJULoouje et eoTTd.Ko, confondra fort aisément les deux orthographes et écrira evAioo^e eirTd.Ko, ce qui régulièrement donne comme sens : marchant, perdant. La faute qui fait confondre ces deux orthographes est des plus fréquentes et presque régulière, si je peux ainsi parler.
Je ne dois pas oublier ici que, encore assez souvent, il se présente de& fautes causées par la présence de la préposition suivie de la forme cons¬ truite du verbe eipe = ep ou p. Si la préposition e se trouve avant cette forme ep ou p, le scribe à l’oreille un peu paresseuse, entendant seulement ep lorsqu’on lui prononce eep, écrira seulement ep. Or cette façon d’écrire peut conduire aux plus graves mécomptes : ce mot ep entre en effet comme préformante dans la locution ep«ïd,îi = si; c’est parfois la seconde personne du féminin singulier, forme apocopée pour epe, et enfin c’est le mot écrit eep à orthographe pleine ou ep avec l’orthographe non-pleine. Les Coptes avaient parfaitement conscience des difficultés que la prononciation identique ou presque identique de ces diverses formes pouvait causer; aussi ils avaient pris le moyen de les distinguer en écrivant d’abord ep pour la préposition suivie de la forme construite du verbe eipe, p, laissant pour les deux autres cas d’amphibologie l’intelligence du lecteur décider de ce qu il devait com¬ prendre, ce qui était facile d’ailleurs, car le mot ep suivi de ep^e^n, conjonction dubitative, se distingue très facilement de la forme féminine de la seconde personne du singulier suivie immédiatement d une préfor¬ mante verbale ou de la racine verbale, comme epAo£ie = tu es folle, ou
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INTRODUCTION
epuj^n-Àofee = si tu es folle. Peyron’ cite même la forme ÿAofce, ce qüi constitue une autre orthographe pouvant causer des mécomptes sms comp¬ ter que le mot ep peut être aussi une forme faible du verbe epe =être, ce qui complique encore le cas.
Je pourrais multiplier ces exemples dont je n’ai cité que les plus obvies, mais je serais entraîné hors des limites qui me sont tracées par cette intro¬ duction ; cependant, il est une faute tellement fréquente et que j’aurai l’oc¬ casion de faire observer si souvent, que je ne puis pas me dispenser d en dire quelques mots. Ceux qui ont écrit de la grammaire copte savent, et ils l’ont noté, qu’après l’emploi de certaines formes de temps ou de certaines particules interrogatives, l’enclitique ne a toujours sa place. Et cependant si on le cherclie, on ne le trouve pas, à moins qu’il ne soit rejeté au loin. Qu’est-il donc devenu? Il s’est si bien uni au mot suivant qu il a fait corps avec lui et qu’il en semble inséparable. Il en est de même dans les deux dialectes memphitique et sa’ïdique. Je citerai d abord des exemples tirés des Évangiles dans les deux dialectes, puis j’en ferai l’application aux œuvres de Schenoudi. L’enclitique ne s’emploie après les interrogation, les explications avec un pronom personnel, comme : oy ne, tiixx ne, «tok ne, etc. Dans l’Évangile selon saint Mathieu, au chapitre V, les Béatitudes sont ainsi exprimées dans le texte de Schwartze et dans l’édition récente publiée par M. Horncr t ujo'S'niô.TO'y xininitev “îte Te ’^AXCTO'S'po riTe ,
et (OOTTIIÏÔ.TO'P nriipejUL pô^ir^ ‘2ie nocoo-p neTïievepKXHponoAim Le tllébaill
donne : neviô.TO'p OJUL nenn*. “xe Ttoo*p Te TAinTepo iiAinHire et ïid.id.TOir impÂi.
pô^uj «xe ïiTooY îieTîiôvKAHpoiiojüLei juLUKi^g^. Ces exemples de prime abord sem¬ blent réfuter ma théorie; mais regardons-y de plus près et voyons d’abord pour le mempbitique. Le texte mempbitique imprimé par Scbwartze étant le résultat de sa propre critique, je n’ai pas à l’examiner ici ; il en est tout autrement de celui édité par M. Horner, qui est la reproduction d un
manuscrit de la Bibliotbèque Bodléienne d’Oxford, Huntington 17. Ce manuscrit est daté de l’an des Martyrs 890, ce qui correspond à l’an¬ née 1174 de notre ère, c’est-à-dire au dernier quart du XIP siècle. Ce texte est en définitive assez récent et il n’est pas étonnant qu’il contienne des fautes. Je n’ai pas à examiner ici si M. Horner a fait un bon choix en prenant ce manuscrit pour en faire le type de son édition; je dois seule-
1. Peyron, Grammatica llnguœ copticæ, p. 94.
INTRODUCTION
XXXIIl
ment rechercher si d’autres manuscrits ne donnent pas de meilleures leçons grammaticales. Or, j’ai copié à Paris, à la suite d’un envoi qui m’avait été fait par Lord Zouche, un manuscrit memphitique écrit sur parche¬ min et contenant une Cateria qui a été aussi utilisée par M. Ilorner : elle a d’ailleurs été publiée par Lagarde b Ce manuscrit est daté de l’an des Mar¬ tyrs G05, par conséquent il remonte à l’année de notre ère 889, c’est-à-dire qu’il a été écrit presque trois siècles plus tôt que le manuscrit Huntington 17. Or, dans les textes sur lesquels il cite les auteurs qui composent la Catena, on trouve pour le passage qui m’occupe la leçon : ü3oiritid.TOY nmpejui -xe u-0^ü)OY eTïie.epKAHnoïtoAJLm juLniKôwg^i, ce qui est déjà une preuve que le ncT de la leçon imprimée est fautif d’une manière ou d’une autre et qu’il faut le séparer en ne-f ex : la leçon du manuscrit de Lord Zouche est-elle même fautive par suite de l’omission de ne. Fort heureusement elle se cor¬ rige eJle-même dans la suite, car partout où le manuscrit Huntington 17 a :
ne^cooy ne-o^nevci, ne^cooY neTOTnô.nô.i nbioy, n^too'p ecÇ'^, nexoTr-
nô.juioT^, le manuscrit de Lord Zouclie donne la bonne leçon selon la gram¬ maire netooY ne e^iiô^ci ; n^cooy ne eTOTnei.nd.ï ncooy ; n^cocy ne e-0^nô.ïie>.Y ;
ne eTOTnô.juLOT^ b Ces leçons ne laissent aucun doute à entretenir, mais ce n’est pas le seul manuscrit qui contienne ces leçons : le manuscrit copte du Vatican 9, écrit en l’an des Martyrs 921 = 1205, c’est-à-dire 35 ans plus tard que le manuscrit Huntington 17; le manuscrit copte de la Biblio¬ thèque nationale de Paris 14, lequel date sans doute du XIIP, sinon du XIV® siècle; le manuscrit copte du British Muséum Oriental 3381, que M. Horner fait remonter au XIIP siècle; un autre manuscrit de la même bibliothèque, coté Parham 126, daté de l’an des Martyrs 1393 et de l’an 1446, ce qui correspond aux années 1676 et 1730, tous ces manuscrits, dis-je, de provenances diverses, s’accordent à écrire la leçon grammaticale ne ex, c’est- à-dire la leçon la plus ancienne que nous ayons, et qui, seule, est conforme à la grammaire. On me permettra de citer en outre le verset 25 du chapitre vi du môme Évangile. Ce verset est ainsi édité par M. Horner^ : xinepqi ptoo^uj
1. Lagarde, Catenœ in Evangelia Ægijptiacœ quœ supersiint.
2. Ms. copte 1 de Lord Zouche, p. An-Ae. — Cf. Lagarde, Catenœ in Evan- gelia Æggptiacœ quœ supersunt, p. 5-6.
3. M. Borner, par une modestie exagérée, n’a pas voulu mettre son nom en tête de l’ouvrage, et pour une raison qu’il a bien voulu m’écrire : je n’imiterai pas son exemple, car il a dû, je le sais, beaucoup travailler pour mener son œuvre à bonne fin.
XXXIV
INTRODUCTION
TeTCii'vl^v^H is.e oy ne eTeTenitô^oToiAq le oy ne eTexennevcoq oT-^e ^5*. nexen- ciojüLô» “xe oy ne eTexennè^THiq -e-nnoT, etc^ Seloil la bODllG iGÇOn^ aussi IcS rnaiiuscrits cités plus liant concordent à cette leçon , mais les manuscrits suivants : copte n*^ 19 de la Bibliothèque nationale lequel est daté de 896 = 1180 et est écrit sur parchemin, le n® 14 de la même Bibliothèque, le n® 9 de la Bibliothèque vaticane, le n^’ 10 de la même Bibliothèque et d’autres que M. Horner désigne par ae sans mettre de chiffres pour indiquer leur état civil, mais que je crois être le premier celui de l’église d’Abou Sefein an Caire, lequel est daté de l’année 1043 = 1327, et le second, le n'' Oriental 1315 du British Muséum lequel est daté de l’an 924 = 1208, et enfin le manuscrit delà Bibliothèque Bodléienne 166 (inaresc. or. b) qui est daté de 1036 = 13’^0, ont tous la leçon i neTeTenn^kOTOAiq, etc., mauvaise, grammaticalement par¬
lant. C’est l’inverse de l’autre exemple. J’aurais pu citer pour le premier exemple les manuscrits 9 et 14 de la Bibliothèque de Loid Zouche que j ai collationnés et qui contiennent tantôt la leçon ne e^ne^ci (Z. 9), tantôt la leçon ordinaire (Z. 14), quand ce n’est pas le 14 qui a la bonne leçon ; ne e-0ni>.epKXHpon.ojLiin et le 9 qui a la mauvaise , et pour le second un manuscrit
de Lord Crawford, les manuscrits de Paris, 15, 16, 59, ceux du British, Muséum, 425, 1316, Orient. 17, où l’on avait écrit nexe et où l’on a corrigé ensuite ne exe, les deux manuscrits de Lord Zouche, 9 et 14, qui contiennent la bonne leçon, tandis que les 13 et 14 et 60 (pour une partie) de la Biblio¬ thèque nationale, les n^^ 1001 et 1315 du British Muséum, auxquels on peut joindre le 3381, contiennent la mauvaise leçon, le dernier donnant même la première personne du pluriel au lieu de la seconde b
Mais, me dira-t-on, ces exemples ne regardent que le memphitique et,, quoique vous avanciez que le thébain obéit en ce cas aux mêmes règles que le memphitique, il vous reste a le prouver, et 1 exemple que rous a^ez cité,, vous l’avez reconnu, vous donne tort. Il est fort vrai qu’il me donne tort 2^pp‘^]70ii'ini6nt, mais seulement apparemment. Poui le piemiei exemple il n’y a malheureusement pas de variante, le manuscrit catalogué par Zoërja au numéro XXXIV étant unique au monde. Quant au second, il a été publié- par Woïde sous cette forme : Jünrpqi pooirig exexitxpvxH oy ne xexn^OTOAiq
1. Si je cite des mss que îsl. Borner n’a pas cités, c’est non par une vanité futile, n^ais pour montrer que je ne me suis prononce pour la tliese que je soutiens que tres^ fortement documenté. Je travaille sérieusement.
INTRODUCTION
XXXV
•2£.e oy ne TeTUd^ccoq neTnccojuiô. -xe oy neTeTiievT^^*<q g^icoTTHTTn ' . Dans Ic
fragment de Zoëga, n^ XXXV, ce verset présente des lacunes, mais le verset 31 qui le reproduit donne une leçon équivalente : jmnpqi pooTuj eTCTu-xco JULULOC ■2£.e oy neTiinivOTOJULq h oy neTnnô.cooq h oy neTnnô.Te^d.q 2^iü)(jon. Cependant ce dernier verset nous permet de voir que le précédent contient une ano¬ malie ortliographic|ue — pour moi, c’est une véritable faute — TeTnô.T*.d.q, TeTiid^OTOAiq, TeTnevcooq, pour TeTnnekOTOJULq, TeTitndwCOoq, TeTnnei.Tevd.q. Eli citant
ce premier verset j’ai conservé la séparation des mots telle que l’a conçue
Woïde, oy ne TeTnevOTOJUiq, oy ne TeTnd.Tevô.q et oy neTeTnevcooq - sans cloute
dans cette dernière forme, il y a une simple faute d’impression, car dans les deux autres la syllabe est bien séparée de ce qui suit — : ces formes peuvent s’expliquer à la rigueur sans la présence du e, mais je ne puis m’empêcher d’y voir une véritable faute : quoi c'est vous aller manger lui, au lieu de : quoi c'est étant vous aller manger lui, boire lui, donner lui sur vous. Ces •exemples ne constituent donc pas une forme ni pour, ni contre, et il me faut en apporter d’autres où la présence du ne devant le pronom ou la particule CT est indéniable. Je les prendrai de préférence dans les Evangiles. Au cha¬ pitre xviii de saint Mathieu, v. 1, les disciples demandent au Christ : mxx d.pô. ne nno(5' ^n TUinTepo njunnire, et le Christ répond au verset 4 : neTnev^Afiioq (3'e n-e^e nn^npe ^nui nô.i ne mio<^ ^n TAinTppo nAxnnire. Ici, malgré la présence du n au mot suivant, le ne est bien mis selon l’usage grammatical. Cela n’arrive pas toujours, car dans la phrase suivante qui se trouve au chapitre xxi, V. 11, si un manuscrit a : n^vi ne nenpot^HTnc ic% un autre porte ne^i nenpo- 'ci^HTHc ïc, le ne verbe ou le ne article étant omis. De même l’expression : Que te semble est rendue au chapitre xvn, v. 25, par : oy neTc-^oneï nkn, et il n’y a pas une seule variante ni dans YAppendiæ de Woïde, ni dans les fragments XLI et XLII de Zoëga, ni dans ceux de la Bibliothèque nationale.
-et cependant s’il fallait faire de neTc-î^^onei un seul mot, la première partie du mot serait du masculin et la seconde du féminin, nex et c, ce qui ne peut avoir lieu. En effet neT avant une racine verbale signifie celui qui et celui qui masculin ne peut être un sujet féminin dans la seconde partie du mot. Il est bien plus simple, plus conforme à la grammaire et par conséquent plus .scientifique d’écrire : oy ne eTc-^konei ne^n, quoi est ce que cela semble ci
1. Woïde, Appendix ad editionern Noci Testamenti gvœce, p. 8.
2. Woïde, op. cit., p. 24.
XXXVI
INTRODUCTION
toi. De même dans TÉvangile selon saint Jean, cli. iv, v. : e^qeiAie ncs'i
netjeiCüT “xe imeik.'Y' eTULAiô^.'y* ne itTiv ic oiooc ne^.çj[ “îte nenujHpe Gt SOîl pèl G SUt
quG d était VJiGurG oit Jésus lui avait dit : Ton fis vit. Si Ton ne sépare pas ne de nTô., il n’y a pas de verbe clans la proposition principale, ce c|ui n’ar¬ rive jamais en copte et il faudrait traduire : Gt son pèrG sut quG VJæurG quG lui avait dit Jésus : Ton fis vit. De même clans l’interrogation que Jean- Baptiste fait faire à Jésus : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre : utok neTnny *2s.e Tô.pnc^'w^T nneoT*.’, le mot nejnny, si on le prend dans le sens de l’orthographe, veut dire : celui qui doit venir, et alors la phrase n’a plus le sens qu’elle doit avoir; si au contraire on écrit ainsi i utok, ne ncTnny, la phrase est sur ses pieds, comme elle doit 1 être.. Au contraire dans la réponse de Jésus : c’est lui, Élie, qui doit venir : nToq ne neTuny, le mot neTnny a sa raison d’être et le ne enclitique suit
régulièrement njoq, nToq ne. De même dans l’expression nenji^qeipe, si le ne est enclitique : num ne nT*.qeipe, qui est celui c|ui a fait, il doit être séparé de iiTô^qeipe; il doit au contraire être considéré comme l’article déterminant le mot uTô^qeipe si l’oii a l’intention de désigner celui qui a fait : nenvi^qeipe. Les scribes, il est vrai, auraient pu mettre un trait ou un point sur la pre¬ mière lettre de nTe^q, et il faut avouer que, s’ils l’ont jamais fait, ils ont, dans la presque totalité des cas, écrit nenjô^q; mais je citerai 1 exemple suivant
Cjui montre les deux cas : OTon niAx eTC(DTiUL en^ô.'^Le njAinTepo ïieqnoei xixioq ewîi ^e^qei nc^i nnonnpoc neqTtopn jULnenTev'8'‘2toq ^pô>-i neqg^HT n*.! ne nTek.'5'‘2toq g^ivTn Te^ïH. Si les deux expressions nenTô.Tos.oq et ne nTô.TT's.oq doivent s’écrire de la même manière, alors il n’y a aucune différence entre : cg qui a été sGiné et c’Gst cg qui a été sGmé, alors l’explication du Christ n’a aucun sens. Et cependant si je prends le texte memphitique de ce même passage, je vois que les deux ont été soigneusement rendues : oTon mfien eTccDTCJui emcè.'xi. ïiTe '^jmeTOTpo OTTOg» eje nquev"^ epoq 0.11 ujei^qi n-îte ninex^woy uje^qg^wAejui
julcÇh CTôwTTcevTq n^Spni ^en neqg^HT ne eTô^TTcevTq ecnen niJuicoiT. Au premier juinenTô.T'xoq Correspond en memphitique eTô<Trc*.Tq, et c’est exactement la même forme, julç^h = june, nTô.ir'xoq =: eT0.Tc0.Tq ; pour le second, si l’on écrit toujours n*.! nenTô.T-xoq, le verbe est omis, et ce verbe se trouve bien dans le memphitique ne t^n eTd.Tc0.Tq. Si je prends maintenant le texte grec sur lequel ont été faites les deux versions, je trouve que le premier
1. Evang. sec. Maith., xiii, 19.
INTRODUCTION
XXXVII
neiiTiWxoq rend sjrapiJiivov et (lldîlll SeCOlld correspond s7t-v : rav-o;
ày.ooôv'o^ Tov Àôvov SaT'.Àîia; xx'. ;j.t, a'jviévTO^, è'pys'at 6 Tzovripo? xal àp-awet xo £'nraQ;ji.ivov
Ev xapo'a akoj- ecîtiv ô -apà -/'v ooôv j-aps-!?. Oii lie pcut doiic demander rien de plus clair et de plus concluant. Je pourrais multiplier ces exemples ([ue je n’apporterais à la solution de ce problème orthographique aucun élément nouveau : je m’abstiendrai donc.
Je citerai encore deux fautes communes et j’en aurai fini. Lorsque l’en¬ clitique ne est suivi d’un verbe précédé de la préposition e qui est voulue par la grammaire, souvent les scribes omettent l’un des e. Ainsi, dans le troisième fragment publié dans ce fascicule, dans la partie qui provient du manuscrit de la Bibliothèque nationale, il y a une phrase où cet e omis après l’enclitique ne devant un premier verbe reparaît devant le second : H imô.^pe ne nô.pev£î.*< h eei^pn*. ïiO'5'ujei^‘2SLe eekn‘2s.ooq h ei.n:ciULn.Tq JutneuLTO
eko\ noTpcojuLe : n’est-ce rien pour toi de transgresser ou de nier une parole que nous avons dite ou que nous avons solidement établie en présence d’un homme Il me semble que si la tournure exige la présence de la préposi¬ tion e devant le second verbe, elle l’exige également devant le premier, et cependant cet e se trouve dans un cas et ne se trouve pas dans l’autre. Ce qui cause la faute, c’est la réduplication de l’e : c’est une faute que com¬ mettaient déjà Messieurs les scribes des grandes dynasties égyptiennes, car ils avaient pris l’habitude d’écrire pour On ne
peut pas m’ol)jecter qu’il y a une crase des deux voyelles, car la crase ne peut avoir lieu que pour deux mots intimement liés ensemble et non, comme ce serait ici le cas, pour un mot intimement lié avec celui qui précède, et non avec celui qui suit, pour un mot après lequel il doit y avoir un léger arrêt de la prononciation qui le sépare de celui qui suit, puisque l’enclitique s’appuie sur le mot précédent et ne peut s’unir avec le mot suivant. Ce sont là des règles qui sont pratiquées dans toutes les langues, et non pas seule¬ ment dans une langue particulière. .
Une autre faute encore assez fréquente qui provient de l’inintelligence des scribes a rapport à la manière d’écrire ct ou cot. Ces deux manières d’écrire se prononcent exactement de même, et cependant elles s’appliquent à deux cas fort différents : est réservé pour écrire la forme participiale
de la troisième personne du pluriel : eirpiAi-e = eux pleurant, e = (j ^ et
1. Voir p. 118 du présent fascicule.
XXXVIII
INTRODUCTION
T = ^ OU I de rancienne langue; tandis qu’au contraire dans eoTptoxie, vers un liomine^ e <r ^ ot est 1 article indéfini^ ce qui est tout différent. Or, souvent un scribe entendant prononcer eoTpwxie, ou tel autre mot qui se rencontre dans l’ouvrage qu’il copie précédé de eoir, écrira eiï'pü)Aie, ce qui donne à ce mot un faux air de verbe au participe, air qui n’emporte pas ici trop de diiiiculté pour l’intelligence, mais qui dans d’autres cas est une source d’erreurs, lorsque la racine a la môme forme comme verbe et comme nom, par exemple i cT^ine =: eux ayant honte et eoT^me =; vers une honte.
Ces défaillances des copistes une, fois notées, je dois passer maintenant à une autre source de fautes très nombreuses, je veux parler de la ponctua¬ tion. La ponctuation telle que nous l’entendons n’existe pas chez les Coptes, ■ou plutôt chez les copistes coptes et dans leurs œuvres, car elle devait nécessairement exister dans la réalité, puisque l’homme qui parle doit nécessairement et automatiquement en quelque sorte s’arrêter pour repren¬ dre haleine et qu’il s’arrête nécessairement quand il a achevé de faire sa phrase. Ce que je dis n’avoir pas existé chez les Coptes, c’est cet ensemble de petits signes indiquant, soit pour la prononciation, soit pour l’esprit, un léger arrêt de la pensée articulée ou non, séparant les diverses propositions de la phrase ou même les diverses parties de la proposition, établissant en quelque sorte une hiérarchie bien déterminée entre ces diverses parties, le tout concourant à faciliter rintelligence de ce qui est écrit ou de ce qui est lu. Je ne veux pas dire cependant que les auteurs coptes n’aient pas connu, en tout ou en partie, ces marques extérieures d imposer sa pensée a l’esprit de celui qui écoute ou qui lit; je n’en sais rien, parce que je ne peux en juger que d’après les manuscrits que j'ai eus sous les yeux et que ce qui existe dans ces manuscrits tendrait plutôt à obscurcir la pensée de l’auteur qu’a l’éclairer, du moins à en juger par notre système de ponctuation. Ce n’est pas que les copistes coptes n’ont pas employé les signes de la ponctuation ; ils les ont employés, mais à tort et à travers, et ils les ont employés en tel nombre que si Ton voulait les reproduire dans une édition cela compliquerait terriblement la composition et nécessiterait l’emploi de caractères nouveaux. Aussi, je me suis complètement abstenu de transcrire ces signes dans le texte de ma publication, mais j’en ai tenu compte dans la description des manuscrits. Je sais bien qu’en choisissant cette ligne de conduite, je m’expose à d’àpres et ardentes critiques, et que, dans quelques publications partielles de fragments qui ont été faites, on a tenu grand compte de ces
INTRODUCTION
XXXIX
signes en Allemagne; mais la manière dont on Ta fait m'a montré qu’on avait plus affecté d’en tenir compte qu’on n’en avait tenu compte en réalité.
Voici un passage, le second de ceux qu’a publiés M. J. Leitpold, tel qu’il so trouve dans la Zeitschrift für œgijptisclie Sprache und Altertumskunde' :
iiu|CO‘2£.n jL*.nei ‘xcocojLie h ÂinKeceene ïÏTe>.ïi‘2s:oo'y g^îÏTJUieg^poJLine
ciiTe lAimcA-TpeiiKCOT AxiiHi , g^ULnKd^ipoc RTô..ïï£ies.p£id.poc j^coÀ ujA.ïiTOTr£i03K e^OTii ct- tïoAic eTOTAiOTTC epoc “iSLeKoeic, g^JuincHY ïÏTes.neVnoc?' ÜJLiHHige (3'oeiAè epoîi eTrnHT oHToy iiîiecS'oo^e eTX5LAiô.Y iiTevTr^oTujoY Xâjulooy g^noT(5'ojLi eièi€,jxxii'VàJT(^oÀx KOiULec ïïg^eAAHii, itcecooirîi pw 0.Î1 ^ïÏTeTrxiiiTô.nicTOc jüLneuTô^qTevuiiooY (^ojÙl îc. JLiô^AAoii *:^e nennofiè CTp^^OTo kijul eTOiKOTUienH ïitooy neTTOTiioc
eopô.V e‘2i(joîi. JÂJüLOïi oenoy g^toojqne enjHpq ïïties.2^pjuLniiOTT€ ; eqTtoii nGTqipooTUj
n€2^fiH = OTe^ ÂinïiOTTe, noirk noirk KevTei^Teqjuiin.€, •xeeqnes.'^cî'oJUL iie>.îi; mxx neTe-
penoioeic niioTTe uô.'îiïiois'q 2^ïji.n...u II n’est personne qui à la lecture de ce texte ainsi présenté ne conclue tout de suite au soin minutieux ajDporté par l’au¬ teur à reproduire le manuscrit d’aussi près que possible et au complet succès; eh bien! je dois dire en toute conscience que M. Leitpold n’a pas réussi à donner une idée même approchante du manuscrit qu’il a copié, non pas que je lui fasse le reproche de n’avoir pas bien copié le manuscrit en (juestion, mais parce que les difficultés d’exécution étaient trop grandes pour l’imprimeur qui n’avait sans doute pas les caractères qu’il aurait fallu pour donner une idée exacte du manuscrit. Ce manuscrit se présente en effet sous cet aspect ! îlujOi'xn jÜLnei’‘:2sco(jajuLe, h juLnKeceene ïÏTevU'xoo'y
ou TJUieg^ pojuLne'cîÏT^ Aiiiïïcev TpeuKtDT ünHV nuevipoc ïït*^ üA*.p£iô.po^ ujoj'^ U50.ÏI- totAcok eg^OTu gtitoAic eTO^rjULOTTe epoc “xe Koeic gJÜL ncuq' ïiiis. jiciiicxs' jXjuiHH^e (S'oeiAe epou* eirnuT g^uTOY üuefS'oouje eTJULJULe>.‘p ïïtô^tt^otuîo'p ïÜAJLooy g^ïï oTfS'oxx,. £Tfie TJLlUTes^TC^'OJUL Üg^GU KOJULGC ïïg^eAAHU ÏÏCGCOOTU pù) Ô.U g^ïï TGITAJLÜTôvniCTOC JÜnGU- Ti«.qT*.JL».iooY* ô.ir(jo neTUô^'^ (S'oÂx ucvy ic U0.AA0U ueuuofie eVp ooto kijul gtoikot- JUieuH UTOCY uGTTOiruoc^ Ggpe>.i G'xcou* juljulou g^eu oy g^coLoq ue euTupq iiuô.gpjUL niiOTTG : eqrcou nejqi pooT^ g^*^ uegnuoTre jutniioTTG noires. noTes KevTes TeqjuLiue “ite eqnes'^ (S^ojoTuesir; injuCnGTepe ^ n‘2£.OGic huoittg ues-îioirq ojul n... Où M. Leitpold a
1. Vierzigaier Band, p. 129.
2. M. Leitpold fait observer ici qu’avec otg commence une nouvelle ligne.
3. M. Leitpold met en note que ce texte est une sorte de paraphrase détaillée im¬ putable non au copiste, mais à l’auteur lui-même.
4. Lisez : iiTooq" ne eTTOirnoc.
5. Zeitschrift, loc. cit., p. 128.
XL
INTRODUCTION
mis le manuscrit met un où le savant allemand a mis % le manuscrit met un point en haut; où run met un point-virgule, l’autre met deux points. Et ce n’est pas tout : M. Leitpold ne s’est pas aperçu que ce signe avait servi au copiste pour indiquer la séparation des mots ! ce signe, le scribe l’employait après tous les mots non grammaticaux pour en marquer la fin : ainsi il ne faut pas écrire Jxxxok mais bien Jxxxon ot
ïiè; de même on doit écrire poAine chtc et non
g^ÏÏTJULeg^pojuLnè cüTe; de même il faut séparer nnevg^px! de nnoTTe et surtout se garder d’écrire nïiô>.2^pAi, parce que le trait long indique que le mot pou¬ vait recevoir deux voyelles et que dans le mot ïini^^piA, le o ayant son appui
sur r*. qui le précède, il n’est besoin d’indiquer la voyelle que pour la syllabe fxx et que le petit trait suffit à cela. Au contraire, dans le mot TeirHÏÏTivTTicToc
les manuscrits mettent un grand trait quelquefois coupé en deux parties , I - pour montrer qu’il faut deux voyelles comme dans eT£ieTAmTivT(3^oAx, qu’il faut séparer ctê-g tjliïitôwt^'ojul, il faut trois voyelles distinctes. De meme encore dans un fragment précédent que M. Leitpold a également publié, il écrit : evriJULC^ÜTO^ ô.ïiuLe^iw.ïio'yrc JULïineg^iooTrè efioA CT^ie^OTe
n2_eri£iô.pÉiô.poc, etc. ; il eût dû séparer ainsi les mots car le manuscrit lui en
donnait l’ordre itTOj^ es-njueg^ AinoAic Aiti ïieg^iooTTe en^s.uJ k*.k
efioA cT^ie -e-o'rL fiô.p£iô.poc, car tous les mots sont suivis du signe de la séparation, sauf les mots ïï^en, eTiie et xxw qui sont des mots grammaticaux que le lecteur devait connaître, et sauf aussi l’expression composée Ke.K eSio% (ô.^ + K*.K + e£ioA), le verbe étant à la forme d’état construit pour co^ et ayant son régime kô.k introduit sans préposition.
J’ai cité ces exemples et donné ces explications pour montrer au lecteur quel était mon sentiment sur la question, et je crois que mon sentiment est d’accord avec les faits. Si je voulais maintenant raisonner sur la manière dont M. Leitpold a séparé les mots, je lui demanderais pourquoi il joint eT^e-e-oTe? est-ce que le mot eTfie n’est pas la forme la plus réduite de l’ex-
oression hiéroglyphique
, laquelle expression est déterminée par
signe évident qu’elle formait un mot par elle-même? pourquoi donc la
réunir à -e-oTe : eT^le^oTè? La langue copte n’est pas une langue agglutinative; si elle écrit les mots sans séparation, c’est que toutes les écritures l’ont fait ainsi primitivement, et qu’elle-même d’ailleurs avait pris soin d’indiquer la coupure à l’aide de ces petits signes que M. Leitpold a méconnus. D’ailleurs n’eùt-elle pas pris ce soin, et il y a un grand nombre de manuscrits où il n y
INTllODUCTION
XLI
a aucun ou presque aucun signe de ponctuation, il serait impossible de dire que des pages et des pages entières de manuscrit se prononçaient dbme seule <hnission de voix, même que les divers mots dbme phrase, ou simplement d’une proposition, se prononçaient sans aucun arrêt indiquant, soit le mot •sur lequel on veut arrêter, soit les incidences de la phrase, car la phrase de Schenoudi, puisqu’il s’agit de lui, est une phrase complexe, qui serait com¬ plètement inintelligible, si certains arrêts dans la lecture ou la prononcia¬ tion, si certaines inflexions de la voix n’en indiquaient les nuances. C’est précisément à indiquer graphiquement ces nuances que servaient les signes de la ponctuation.
Il va sans dire que, si les scribes ont fait les fautes manifestes que j'ai indiquées plus haut en copiant leur texte, ils ont dû aussi en faire en copiant les signes de la ponctuation : aussi, c’est bien ce qui est arrivé. Je n’en citerai que quelques exemples pour ne pas allonger outre mesure cette pre- -inière partie de l’introduction. Dans le manuscrit de Naples CLXXXVI, page cÂë, le scribe, ayant rencontré le mot qu’il ne comprenait pas
sans doute, l’a séparé en deux nei. A la page co^, il a séparé le sujet du verbe, de cette manière : -xeq C’est surtout dans l’emploi du point en
haut que les scribes coptes se sont éloignés de nos habitudes : ils l’emploient tantôt comme une simple virgule, tantôt comme notre point et virgule, pour séparer deux propositions, comme aussi pour séparer deux ou plusieurs sujets unis par la préposition iuüï. Ainsi cette phrase que l’on rencontrera •dans la suite du manuscrit que je viens de citer et qui se trouve dans le manuscrit 130^ de la Bibliothèque nationale : epon eneipe imeTejuie^ye
g^pevi ïig^HTe* ïiOT^Hpe ^hjul ei,Tp ^AAo ncooifn* iio-y^eepe ujhjul ô^rp ^'AAco g^uL nnoHJULô,* jülôwAictô, tioirg^AAo xxn iiOTiiotS' upcoJLie* noTgAAco* julïi iiotiioc5'
îicgiJULe- Et ce sont là de très bons manuscrits, où les fautes ont été réduites au strict minimum, où l’on a pris soin de relire, d’ajouter les lettrés inan- -quantes ou de biffer ce qu’il y avait en trop ; mais, je le répète, le plus -grand nombre des manuscrits, comme je le ferai voir à l’occasion, n’ont pas •ou presque pas de signes de ponctuation ou de vocalisation. Si des manuscrits
anciens nous passons aux manuscrits plus récents, nous trouverons des fautes et plus graves, et plus nombreuses. Ainsi dans le manuscrit que M. Horner a choisi comme clef de son édition du Nouveau Testament, je n’ai qu’à ouvrir au hasard et je trouverai des ponctuations fantastiques. Au chapitre xii de l’Évangile selon saint Mathieu, versets 3 et 4, Jésus dit aux Pharisiens :
XLII
INTRODUCTION
(n^oq •^e ne^».q «loof '^e) ïineTeKa>u! o-y ne ex^ ^iq. ex^q^KO neAX
nn e^ue«^q. ncoc .quie n».q e^oTn enn. OTO^ n.onK nxe -^npo^cce ^qoTO-
«OT. «H cxcn*.cïi«,». ne^q *■« ne eoir(o« efeoX îî^hxoy. OT^e nn e^ne«^q. etnX
einoTHKik ïiAx^T».xoY. C’est comme si, dans la traduction française, je mettais la ponctuation suivante : Maw lui il leur dit. Ne Usez vous^ point ce que fît David. Lorsqu’il eut faim avec ceu.v qui étaient avec lut. Comment d entra dans la maison de Dieu. Et les pains de proposition, il les mangea eux qu’il ne lui était pas permis^ de manger. Ni à ceux qui étaient avec lui. Sinon aux prêtres seuls. Je le répète, je n’ai eu qu’à ouvrir le premier- volume de M. Horner et à prendre au hasard pour tomber sur ce passage- édifiant. Le lecteur observera de lui-même que le manuscrit porte oy ne ex*., ce qui confirme la règle que je me suis efforcé d’établir pour l’enclitique ne, mais ce qui semble aller contre ce que j’ai dit de l’habitude de Messieurs les scribes de ne pas répéter une lettre qui doit être écrite deux fois de suite;; je l’accorde, et je prie le lecteur de voir seulement les variantes et il trou¬ vera que les scribes qui ont écrit les manuscrits du Vatican, numéro 9, de la Bibliothèque nationale de Paris n“ 14, du British Muséum, oriental. 3981, le manuscrit du livre appartenant à l’église de Saint-Mercure Abou Sefein, et du British Muséum, oriental. 131.5 et oriental. 1001, et enfin le manuscrit récent appartenant à la Bibliothèque of the British and Foreign Bible Society, lequel a été copié de 1816 à 1818, et qui en conséquence- n’aurait pas dû entrer dans Vappai'atus critique d’une édition du Nouveau; Testament; le lecteur trouvera, dis-je, que ces scribes ont précisément éciit
1 M Ilorncp ci impriiné ^'^5 mais prGS(j[UG toujours, sinon absoluniGnt toujours-,, iGs scribGs coptGs mGttGiit un pGtit trait GntrG Igs dGuxlGttrGs pour marquGr l’abré¬ viation.
2. CGttG iGçon eTeïidcCÏiniiïô. ôui ne niG sGinblG mauvaisG; la coupG dGS mots- . l’Gst CGrtainGinGnt : il faut : exe it^q ne; 1g prGiniGr n dans ne.clinuj^
n’Gst quG la prGinicrG négation dont la sGCondG Gst En GffGt, dans 1g manuscrit déjà cité dG Lord ZoucIig n° l, — CGlui qui contiont la Catena coptG Gt rGinontG au sièclG, — CG passagG Gst cité Gt donnG : nn nc^e ni^q ^n êoTroiAx êfioX iGçon quG contiGnnGut aussi CGrtains manuscrits de ceux révisés par M. Horner. — Cf. ms. n*^ 1 dG Lord ZoucliG, p. q^, et de Lagarde, Catenœ in Ecangelia Ægyp- tiaeœ quœ supersunt, p. 34. De Lagarde a coupé fort heureusement les mots dans cette publication, il avait longtemps étudié et il avait très bien saisi le mécanisme, de l’écriture copte, je suis heureux de le dire ici.
INTIIODUCTION
XLIII
oy TieTi., ce qui confirme parfaitement ce (jue j’ai eu riionneur d’écrire plus liant à ce sujet.
Mais ce n’est pas seulement clans les manuscrits mempliitiques que se trouve le mauvais emploi du point comme signe de ponctuation, les manus¬ crits de dialecte sa’idique sont tout aussi sujets à caution que leurs frères du Nord, et souvent la mauvaise ponctuation a été une cause d’erreur pour Zoëcja lui-même. J’en citerai plusieurs exemples. Dans le fragment pris du manus¬ crit CLXXXIV de Naples et dont il a cité les premières pages presque en entier, il écrit ce C|ui suit I tcitujh nTd.rinè.i'îi^e'S'e nneipcoAie ïtô.TcAü3
ng^HTC JLinitoTTe, eg^TCOve ncoir\^ic Jutne^oT TioAe, eTOTn en-
iid.Kpi«e ep nd.Kd.-»evpTOC eTJULULô.'p ïiujjuljulo jutne^c. irei^üjA einevy epoq g^JUL mp*.- JULTi'xoeic (jui)nTHpq, “xe erie €kô.*.y iieicTitd^r'COTTH, oiene^uje^
enü)pK iiTeirïioirite e^ioA n^^HToy. eic OTrptouLe eq‘2ii juLnecJuiOT eev'S'Tiiuoo'yq
eAoAg^iTXi ncTo rmoc^ c:poq, ô.qoiCOTe eg^oirn: ptocy îtniTonoc ^ine, epe Keoirek
OTTHg^ nccoq g^toc euj^ie eqg^ô^pd^Tq g^coüjq JULnd.1. e>.q*.iJLe>.g^Te iULJULOi, einevpevue g^it ngip, iiniTonoc, eiJuiOKgïtg'HT e'xii iipwjLie nAoiAioc eTjmuLô.q’. evqivpp(^€i îiqi Teqt^'ios. eg^p*.! epoi epnoAejuioc eqo n^e AineTqi pooT^ g^ô. ïieTJULJuevY ^ Ou peut faire de
ce qui précède trois phrases distinctes si l’on arrête la première phrase après la première proposition principale suivie de sa proposition subordon¬ née, c’est-à-dire à jum*.! avant d^qi^jutevg^Te. La seconde va de ce mot jusqu’après eTiu-jm-iv-y î troisième commence avec evqô.pxei et va jusc|u’à la fin; mais on pourrait avec autant de raison n’en faire qu’une seule en mettant des virgules après chacune des deux dernières phrases. Aussi ne regardé-je pas comme fautive la présence du point à la fin de chacune de ces phrases. Mais du commencément jusqu’à ô.qevJULô.g^Te, il y a trois points, ce qui seinblerait, d’après nos usages, impliquer trois propositions : or, la première phrase ne contiendrait que des propositions circonstancielles de temps, d’état pour les moines que l’on allait juger et de disposition pour le juge, toutes proposi¬ tions introduites par e marquant le participe; la seconde contient bien une proposition principale suivie de propositions subordonnées indiquant que Schenoudi était en prière et (luel était l’objet de sa prière, mais cette pro- ' >
1. ZoEGA met ici en note que osLenenj^e est mis pour ‘2ie eue eujye. Or, on pourrait soutenir qu’ici aussi il y a une crase, n’était la présence de ces mêmes mots écrits tout au long à quelques mots de distance. Je ne pouvais demander une preuve plus convaincante en faveur de ce que j’ai soutenu plus haut.
2. ZoEGA, Cat. Cad. copt., p. 380.
XLIV
INTPvODUCTION
position principale nei^co^i eiïievY epoq est ainsi libellée qu’elle annonce l’objet de la vision que Sclienoudi prétend avoir eue, et cet objet est précisément décrit dans la troisième partie de la phrase qui est cependant séparée par un point de la seconde, alors que nous mettrions, nous, deux points pour indiquer que ce qui suit explique et décrit précisément la vision de Sche- noudi. Et la phrase est bien terminée, et Sclienoudi peut passer à l’ex¬ pression de sa conduite en cette circonstance où l’on ne peut dire qu’il s’agit d’une vision. Je ne sais si cette ponctuation avait induit Zoëga en erreur, parce qu’il n’a pas traduit ce passage; mais ce que je sais bien, c’est que, pour nos habitudes, cette ponctuation est fautive et nous induit en erreur^ si nous la prenons telle qu’elle est.
Voici un autre exemple où Zoerja a été induit en erreur par la ponc¬ tuation fautive du manuscrit ciu’il a cru devoir suivre. Cet exemple est pris du manuscrit de Naples, n'’ CLXXXVI, p. cïx7. cTfie ttô.i o^xxonon ‘iie epoi eieipe xxxxà.'voi , evrt ou itpioAxe ^pô^iri^HTC, h TiToq
g^eiiKOOTe g^eriKejuLd., eTpeTr^iove epcojuie ^jul Tievpe>.ït, h ïiToq Tô^cÇopjULH eTg^it ïi‘2£.tx)ü)JLie ctch^ JuiHiiOTe p g^en^fiHire
0'5'|^0‘2£.ne juiri: OTTtoug eÉioAg^iTJUi nnoiTTe, riTe KeoiTô. h g^eiiKOOire ujine ricô^ ujo-xîie Tüiuj eÆioAg^iTJUL nitoiTTe, iie^e uTô^nnoTTe Tciy tiot*. noires, juljuloc eTpeq- juLOO^e ng^HTC TCTnoqpe £^jul nnôwipoc nesipoc. Ke>.Tes -ae enïesnesnocToAoc “xooc, ‘2ie noTô.noirev nae enTesnnoiTTe tcouj ne^q noiruji JiinicTic^* Il est incontestable que la phrase commence bien où je la fais commencer avec Zoëga, car les premiers mots sont eTfie nô.i = c’est pourquoi, ce qui annonce que ce qui va suivre est une conclusion tirée de ce qui précède. De plus, elle finit bien où je la fais finir, toujours avec Zoëga, car ce qui suit : C’est Dieu qui est témoin à celui qui a dit ceci, quil ne Jait pas une telle chose sans ordre, est une explication de ce qu’il a dit auparavant, suivie d’une optation que Dieu soit témoin aussi pour celui qui fera de sem- blables œuvres. Il n’y a donc nul doute à entretenir sur le commence¬ ment et la fin de cette phrase ; mais il n’en est pas de même de ce qu’il y a entre ce commencement et cette fin, car, si nous nous en tenions à la- ponctuation du manuscrit, il y aurait deux autres phrases, puisqu’il y a deux points; pour le dernier, il est visible que Sclienoudi n’a pas terminé ce qu’il dit et qu’il n’aura terminé qu’après avoir cité le texte de l’Écriture
1. ZoEGA fait observer qu’il y a une faute pour d.'xn.
2. ZoEGA, Cat. Cod. copt., p. 389.
INTRODUCTION
XLV
(ju’il va citer, ce que Zoëcja lui-meme a bien vu, car il iba pas tenu compte du point en ce passage. Mais le premier reste bon pour lui, et il en ajoute même un second; voici sa traduction : Propterea non sohtin ego desinam Jacere opéra militis, sed neque pennittam ut aliquis apud te, sice et alii in aliis locis, verberent queinquam rneo nomine, ne quidem earuni rerum causa, quœ continentur in libris qui nobis pro nornia sunt. Absit ut si quis fecit opéra dura in te impulsu et prœcepto Dei, alius vel alii quœrant eadein facere sine impulsu et prcecepto Dei. Siquidein Deus destinavit cuique viam in qua ainbulanduni pro cujusvis temporis utilitate,. juxta quod inquit apostolus : Quisquis ut tradidit ei Deus mensuram fidei\ Il y a dans cette traduction deux endroits où Zoëga me semble n’avoir pas rendu l’original : le premier est à Absit ut si quis fecit, etc., le second embrasse toute la phrase qui commence à Siquidein, jusqu’à juxta quod. En effet, Schenoudi promet d’abord de ne plus faire ces œuvres de violence plus dignes d’un soldat que d’un supérieur de couvent, et il annonce en plus qu’il ne les laissera pas faire à d’autres en son nom et sous prétexte des règles contenues dans les livres, « de peur que (juiHnoTe) si quelqu’un (c’est lui-même qu’il désigne ainsi) a fait en toi des œuvres dures par un dessein et un ordre de Dieu, un autre ou d’autres ne cherchent à les faire sans dessein ou ordre de Dieu )). Schenoudi était sûr de l’ordre qu’il disait avoir reçu de Dieu, mais il n’était pas aussi certain que ceux qui agissaient en son nom eussent reçu pareil ordre de pareille origine, c’est pourquoi il défend expressément de frapper les frères sous quelque prétexte que ce soit. Quant an second passage, je dois dire tout d’abord que j’ai suivi Zoëga dans la manière de couper la plirase; mois je me suis séparé de lui dans la manière de couper les mots, c’est-à-dire TCTuoqpe. Ecrit ainsi, ce mot veut dire : celle qui est bonne, et il est impossible d’expliquer la phrase, car, outre que rien dans le texte ne correspond à pro, il manque un verbe, et Zoëga l’a bien vu car il a fait de le verbe de la proposition prin¬ cipale, destinavit, tandis que ce n’est que le verbe de la proposition subor¬ donnée ; or, ce verbe de la proposition principale, je le trouve dans xe que je sépare de Tuoçjppc^ et j’explique en la manière cjue Dieu a destiné chacun pour elle afin qu’il marche en elle, c’est la bonne en chaque temps,. c’est-à-dire : Il est bon en tout temps de suivre l’ordre que Dieu nous a
1. ZoEGA, op. cit., p. 404.
XLVl
INTRODUCTION
proposé, ainsi que le dit T Apôtre : Chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a départie ; et si nous nous reportons au chapitre xii de l Epitre aux Romains d’où ce texte est pris\ nous voyons que saint Paul parle des diverses vocations auxquelles les fidèles sont appelés, disant que toutes ne «ont pas du même ordre, comme tous les membres du corps ne sont pas destinés aux mêmes actes, ce que Schenoudi s’appliquait modestement à lui-même, pensant avec raison qu’un supérieur a plus de droit à frapper un frère qu’un simple frère; et c’est ainsi que tout concourt à montrer que ma traduction est la bonne, bien que le verbe ve ne soit pas ici un enclitique et qu’il joue le rôle du verbe principal, comme il y en a de nom¬ breux exemples, tant dans la langue copte que dans la langue ancienne.
Je citerai encore un autre exemple de ponctuation dans les manusciits coptes, et celui-là je le tirerai des manuscrits de notre Bibliothèque natio¬ nale : eVcooTîi à. Tieu(^WîÎT e^pe^V e‘2iCoV. ^ neuop^H
Oïl KWTe epoV neK^^oxe ujTpTCopT vi^e CTcng^* ^Üikotk
e'xtoV* «xe oy juloiioïi ‘2ie ô.Vp rioÆie eevi-
evivq ü-TieKJULTO eAoA Te^ç^opuiH üg^eit pcoAie jinoTci np no^ie
^p^H ^OTïi eTcnoy Une jjLïie ^OTe* exine pAxeiH* eiAne *22.^0 CAxne c^toiiT
ejuine civg^oy ejuine ejuine ïiixs. cf^oAg^iTOOTK TinoTr'ie
e.jüLô.2^Te ïÏTeVjULiïie npwiULe ctIip nofie eTerv^^XH. :S.npeiîi^ e^pe^V- e‘2itoV
nnoTTTe jüLiieKpiJULev Iind.ïievui* jÜLTiecïioq üo'S'pWAs.e e«<Trnd.2^Tq eÆioA* h ed.TrAxooT- -rq* 'i'COOTii “xe ev niô.ïiô.^ ottw eq^cone g^en Kee^lOT ïïee iiîievKenee^ooq'
THpo*y* «vVjuLOTg^ ïï^ine \iO(5'ïie<3'* niioTTe ^^thk ctô^’v^'^xh* uncoTC c^ioA^^aa ne*.-
^O'Y jULniô.ïiew^ • iûïi ïiô^ nd.Kene^oo'Y* ev neipcoAxe h ries pco Aie AAiipncoTe
ÂÂïieK^o Ticixiio'X AÂAAoV* jGLTippô.KTK e£ioA îÏTivAAnTeÆiiHit g^ïi O'S'opoH* ei*.evT e£ioA^AA 5iniô.ri^uî- üotMoV eCioX£lA ï7 HAAeciTHc HT^cTîtei-^^HCic-^
ïÏTôwVp AÂîiTpe isn cTàe ^ OTT^coà eq^OTeiT-evXXev
eVoTCo^ CTpe ne^^AAOUTe epoq n^kcori* ii nôwcriHy 2.^3Tn epoK ^.^i OTAieTôwîioi*. nnoTTe* ^wTTü) enAAô. (^e ïïcon 01 àpnp ô.tô.ô.t ii^aiaao epocq*. cAAno'S'j^îi ^THy ^oXtoc eg^pes.!
e^iü)!** H £^d.poi’ 2^ AA nino(5' ïï^wiie^. Qu’oii me permette, avant de faire les ob¬ servations que me suggère ce texte, de lui comparer celui que Zoëga a pu¬ blié dans son catalogue, car c’est l’un des passages que nous possédons en double exemplaire I ’^nis.'îs.ooc eicooirn AAnA.ïio£ie, *22.0 ^ncKf^wiiT Tes.‘22po e^pîvi€‘22.toi * ô.îieKopoH on KCOTC epoi, ô^neng^OTC njjpTWpT, n^e CTcng^. e^innoTn g^Ai ne^^ine, «.iroj
1. Epist. ad Rom., xii, 3. _
2. Bibliothèque nationale, fonds copte 130b P- coc-coh, fol. 40 verso -41 verso.;
INTRODUCTION
XLVir
ncs-ccouj e'xcx)!. oie otjuloiioii “ssLe ôwipitoiJi.e itijui, evAA*. ei.in«>.pô.Ê.e»..
iiKeevïtd^ui AJincRJULToe^ioA, TevcÇopjLiH n2^eiip(A)jULe juinoirci np note eTeT'v^u'-
‘2S.IÏ1 Teirevp^H ujd^g^oTïi eTenoy. Aine evn*.^, une ^OTe, Aine pAiein, Aine ‘^s.mo, Aine (S'iionT, Aine Aine ^ô.-x.e, Aine niAi nTô.n*<i ei.d.q- eÆioAg^iTOOTK, nnoTTe,
is^Aieiwg^Te ïiTeiAiine npcoAie eTAipnoiie eTeTi^T^n. Ainpeme <S'c e^^pô^ie-xcoi, nnoTTe, AineKpiAics. Ainevnevttj, n^e AinecAioq noTpoJAie ees-irnd^g^TqeÆioA h ee^^TTAiooirTq. '^coou'n “xe evnievnivuj oirto eqi^tone ^l'^s.coi eic g^enneefiOT n-0^e nndwReneeooY THpoy. eviAioTg^ nujine nocS'net^', nnoiTTe, '^g^THR eTè^x^ir^H nvcoTC eÊ-oAg^Ai ncô^g^oy Ainii^nev^ Ain nd.n*^Rene^ooY Tnpoy, ‘^s.e A.nipü)Aie h niptoAie evô^T ng^iiev. AinpROoTe AineRg^o ncô^fcoA
AiAioi, AinppivRTR efioA nTdwAinTeÊinn ^n OTTopnn. eiewes-T eÆioA^ii ncô^g^oq’ Ainie^nd.^,
iivTrü) nnT^i£iOï eÆioAg^Ai neq^d.n, ic nAieciTHc nTô.c'S'ni’îk.Hcic* “xe nTô^ipiinTpe e^n eTÊ.e ^pHAiô. H e‘2in g^en p(^pHAiev h e-xn oTTg^co^i eq^o^yeiT, ewAAe»^ eiOTCouj eTpe ne^AiOTTe epoq “xe nô^con n n^cnny g^ioxn epoR g^n OTiieTè^noiev, nnoiTTe. ô^ttcx) eniiô^ (î'e ncon ^Æip evTrd>.ewT n^AiAio epocy, eAinoirujng^THY g^oAü)c eg^pô.ieos.ü)! n g^e^poi g^Ai nnotS' nigconeU
Il n'est personne, pourvu qu'il applique quelque peu son attention à com¬ parer ces deux textes, qui ne voie du premier coup d'œil les différences qui existent entre la manière dont ils ont été ponctués. Tout d'abord, où le ma¬ nuscrit de la Bibliothèque nationale met des points en haut, Zoëga met le plus souvent une virgule, quand il ne met pas un point pour marquer la fin de la phrase. De plus, Zoëga met les mots au vocatif entre deux virgules, ce qui n'existe pas dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale et ce qui, je le peux dire d'avance, en toute certitude, n'existe pas dans le manuscrit de Naples. Il a donc voulu rendre son texte plus intelligible en se servant de nos usages modernes ; il n'a donc pas cherché à reproduire la physio¬ nomie extérieure de son texte par rapport à la ponctuation, et je suis loin de lui en faire un crime, car son but n'était pas d'étudier la ponctuation copte. 11 est à remarquer que le manuscrit de Paris fait parfois le point en haut comme une toute petite ligne, qu'il le place soit en haut, soit au miljeu de la lettre, soit même en bas. De plus, il met le tréma sur les V quand cet V doit se prononcer comme dans e^pô.V eVcooTm, mais il le
met aussi quand cet i ne se prononçait pas neVptoAAe à côté de nmo(^ nujwïie. Le scribe ne connaissait plus la règle ou l'avait oubliée, et en tout cas l'a mal appliquée. Cette règle était de mettre le tréma sur un i précédé d'une voyelle, quand cet i ne devait pas donner lieu au phénomène de Tiotacisme,
1. ZoEGA, Cat. Cod. copt., p. 400 (c^^-cg^e).
XLVIII
INTRODUCTION
et de ne pas le mettre sur les mots qui se prononçaient en usant des règles de riotacisme, comme eic qidon prononçait ic, neipwAxe qidon pro¬ nonçait nipcoiüLe, comme le montrent une foule de variantes. La lettre h est surmontée d’un trait, ou d’une virgule, sans que l’on puisse voir quelque différence à ces variantes. Les mots ne sont pas une seule fois coupés ou séparés les uns des autres, ce qu’il est important d’observer à propos de ce manuscrit. Je dois faire observer aussi que le mot u-ne ou exine est écrit huit fois, au commencement de la ligne, de manière à ce que les lettres cor¬ respondent, c’est â-dire soient placées les unes au-dessous des autres, sui¬ vant une habitude chère aux scribes, tant du Nord que du Sud, et pour ce faire le copiste a dû laisser la ligne eTenoy incomplète et de même aussi les huit lignes suivant l’occurrence. En plus, si je passe a 1 ortliographe, je remarque que, dans les passages où Zoëcja écrit ce que son manuscrit lui fournissait, JLine, le manuscrit de Paris écrit deux fois aatic et six fois cAine, avec vocalisation sans qu’il y ait aucune raison qui justifie ce changement, sinon que les deux premières fois il a employé l’orthographe abrégée, et les six autres fois l’orthographe pleine, quand il avait entendu exactement la même chose. De même, où le scribe du manuscrit de Naples avait entendu ujÆip, celui du manuscrit de Paris a entendu Ê^pnp, mot inconnu, faute évi¬
dente. Par contre, où le premier scribe a écrit n^cone, le second a
écrit Tiïïto(^ ïî^wîie, leçon bien meilleure que la prernièie, car Schenoudi a fait continuellement allusion dans ce qui précède a cette maladie dont nous ne savons pas quelle elle fut. Par contre, tous les deux ont écrit neff-AioTTc epoq ‘s.e Tiô^cori: pour neTeiJULO'S'Te epoq ‘2£.e T[*.con;, cclui (]Ue J appelle mon fl'ère, en vertu des règles de l’iotacisme, orthographe qui ne oevait pas s appli(|uer dans ce cas parce qu’il y a deux syllabes distinctes : ncT + ei. Enfin, tous les deux ont aussi écrit en vertu des mêmes règles 2_i pour h, et je dois à ce sujet comparer le manuscrit de Paris à celui de Naples. Je citerai une courte phrase, la même dans les deux manuscrits : nAnn nnoTTe
xsLneqXÏTO efioA* ü^foirco^ erpe TieeDoy üneipcoiAe* h ïieipcojme jû-ïiemecon
noT(OT* “îte ô.iTCog h ïdÛLAJLô.'p neTne^oo-p- e^TcoKv h
ev2^ô.ï^^ô.p^v ujô.ïii^cu)ig jüLiiô.nev'g eiiT^îNi^q- ‘2ie Tertoy ïîouccoiy eq-
khIi- nô. ïiô.ïio£ie* «virco ti*. nemeg^co'È ^ mpe jîi wiëi p riotie ennoTTe* i.TS'jULOorT ivireme e^pd.i* e^coV nxxxxi^y, evTTOTiioc e^p^V e^coV nu.Aie^'p ïïoir-
(^loïiT XÂiiejuLTo efio’A. ïüLnîioTTe \ Le meme passage est ainsi écrit dans le manus—
1. Nlanuscrit de Naples CLXXXVI, p. coe.
INTRODUCTION
XLIX
Crit de Paris : nAnn nno-yTe en'fïlnujik ô.it üneqjÜLTO efi.oA* ü’foTio^
CTpe neo^ooy ujcone* ïtnei’pcouLe üneVitecon ïïoTtoT-'îie lûuLULd^Y £ii
iteTnee^ooY * «vttcokt-h e^pè.i‘ ne^p*^ Td.(5'ojL5L* jÜLnô.îiei.iij eiiTe^V-
“xe eViievOii Terioy ïïoirccouj equniSi* n*. iievïiofi.e* evircjo neVKeg^coÆi 2.-*^ mpe nevV* H iievV P n;o£ie eniiOTTe* evTuioy-d.'S'JULOO'S'T* «^Teine eg^p*^i’ C'îs.coV ujuLuievY îïo'S'^ô.h* ô.t- Tovïioc eg^pô^V e-xcoV iijuljulôwY noirc^'üOîtT ÂinejULTO eiàoA jüLnnoTTTe ' . DailS le premier texte il y a dix points en liant; dans le second il y en a quatorze ^ et cepen¬ dant il n’y a qu’une seule phrase composée de plusieurs propositions, les unes réduites quelquefois à un seul verbe, comme i>.TxsLoy ô.tjuloott-, les autres contenant les trois termes de la proposition séparément. En plus, le manuscrit de Naples sépare les mots avec soin, et si l’on excepte le tréma qui est bien employé régulièrement dans ce manuscrit, tandis qu’il est placé irrégulièrement dans le manuscrit de Paris, la vocalisation correspond exac¬ tement dans les deux manuscrits. Le mot fait seul exception, mais il
est probable qu’en copiant j’ai oublié le tréma, à moins que ce ne soit le scribe qui l’ait lui-même oublié, ce qui pourrait très bien se faire. Si main¬ tenant j’avais à examiner d’autres manuscrits, je trouverais que parfois on a employé tous les signes de ponctuation, de vocalisation, de séparation, que d’autres fois on n’en a employé qu’une partie, et enfin que parfois on n’a
1. Manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds copte n” 130', p. cir^, fol. 46 recto.
2. Je ne peux assurer que le premier chiffre soit exact, parce que je ne puis assurer que la copie que j’ai prise du manuscrit soit sans faute : en effet, quand j’ai copié ces manuscrits pour la première fois en juin 1890, je n’avais pas compris l’importance de ces signes de ponctuation et je les avais négligés. Cette importance ne m’est ap¬ parue qu’en copiant les manuscrits de la Bibliothèque nationale. Aussi quand je suis retourné à Naples en 1904 pour reviser la copie que j’avais prise des manuscrits, j’ai noté soigneusement la ponctuation, sans dire que je n’ai pas fait d’omission. C'est pour la même raison que pour les parties qu’a publiées Zoëcja je ne peux pas affirmer que telle est la ponctuation du manuscrit, parce que, n’ayant pas jugé utile de passer mon temps à copier ce que Zoëga avait déjà publié, je me suis borné à •collationner son texte et à noter les bien rares fautes qui sont dans son catalogue et que l’on . doit bien plutôt imputer à l’impression qu’à Zoëga lui-même. N’ayant pas •copié ce que Zoëga avait publié, je n’ai pas noté la ponctuation. Cette ponctuation étant toujours la même, il est peu regrettable de l’avoir négligée, puisqu’on la re¬ trouve ailleurs dans les textes que Zoëga n’a pas publiés et qui sont les plus nom¬ breux. Je fais connaître au public ce que j’ai fait, quoique je m’expose à la critique grincheuse.
ü
INTRODUCTION
rien employé du tout, ce c[ui m’u permis, avec d autres observations du même genre, de fixer à peu de chose près hâge dhm manuscrit.
Devant cette diversité d’écriture, que me fallait-il faire? comment donner la physionomie d’un manuscrit armé de tout l’arsenal de ces signes et en même temps donner celle d’un autre, contenant les mêmes choses, mais non aussi bien réunies? Il m’a semblé plus sage de ne pas chercher à donner cette physionomie qui n’est que d’importance secondaire; et je l’ai fait. Il ne me reste plus, pour avoir terminé cette première partie de mon intro¬ duction, qu’à expliquer certains sens que j’ai attribués à certains mots grecs et à un mot copte. Les mots grecs sont h, julh, et le mot copte est le mot
Le mot H est employé par Schenoudi dans un triple sens. Tout d’abord il a le sens fort commun de la conjonction ou et s’écrit dans ce sens soit h, soit 2^1 en vertu des règles de l’iotacisme; je considère la seconde ortho¬ graphe comme une véritable faute, car le mot est un mot copte, une pré¬ position signifiant sur, et c|uand on écrit pour signifier ou, on rend cer¬ taine la confusion que ce mot ainsi orthographié fera naître dans l’espriL ayant la forme d une préposition copte, quand c’est une conjonction grecque; or, les règles de l’orthographe ont été inventées précisément pour donner aux mots une physionomie propre qui les fasse reconnaître du pre¬ mier coup et, quand on confond une orthographe avec une autre, on fait naître la confusion qu’on avait voulu éviter. Il en est de même dans toutes les langues écrites. Sur ce point donc nulle difficulté. J’avais cru remarquer à ce sujet que le h (= ou) était surmonté d’un signe particulier lui assurant ce sens; mais devant des faits nombreux j’ai dû abandonner cette idée, car H soit avec le sens de la conjonction ou, soit avec les deux autres s’écrit également h, h ou h. Restent les deux autres sens que je dois établir.
Pour moi, h a tout d’abord le sens de la locution interrogative est-ce que. Mais, dira-t-on, le mot h n’a pas le sens interrogatif, hors des cas peu fréquents. Il me suffit cpie le mot h ait parfois ce sens pour que je sois au¬ torisé à penser que Schenoudi l’ait employé pour interroger. Il me semble bien d’ailleurs que ce mot a été surtout employé par le vulgaire, et ne l’eût-il pas été qu’on ne pourrait objecter sérieusement quoi que ce soit contre son emploi dans le grec vulgairement usité en Égypte. Il suffit d’ailleurs que ce sens s’impose, et je vais démontrer qu’il s’impose par des exemples péremptoires. Tout d’abord la phrase : h «TeTnnoV ô.n: «eTccoH
INTRODUCTION
LI
ïïîieiujô.'x.e e'5'eiïie JULJULOO'y ens.n rieiTtoig ïÎTeig^e* e-s"^ ou^ie iier^pd^ç^H* ïï evo£iuj epooy^,
que je traduis ainsi : « Est-ce que vous ne pensez pas que ceux qui tirent ces paroles les amenant sur ces règlements ainsi, combattent les Écritures ou les oublient? )) Voyons le contexte et tâchons de saisir la pensée de Schenoudi et le mouvement qu’il imprime à cette pensée : il s’emporte contre ceux qui ne veulent pas -chasser du couvent les frères prévaricateurs et qui appuient leur sentiment de l’exemple, donné par l’Évangile, de l’homme qui s’assied au banquet nuptial sans être revêtu de la robe nuptiale. « Voyez, disent-ils, ce qui s’est passé à cette noce : on a tranquillement laissé celui qui n’avait pas la robe nuptiale jusqu’à l’arrivée du maître de la noce; de même il faut laisser ces frères prévaricateurs dans notre couvent jusqu’à la venue du Seigneur, c’est-à-dire jusqu’à leur mort. )) Et Schenoudi qui trouve que ce n’est pas ainsi qu’il faut interpréter ce passage, que c’est un scandale, qu’il faut peser toute parole et ne pas ajouter foi à toute parole, et qui cite le livre des Proverbes pour appuyer son dire, ajoute : a Ne pensez-vous pas que ceux qui se servent de ces paroles pour leur donner cette signification com¬ battent les Écritures ou les oublient? » Et il continue en disant : « N’est-ce pas elles (les Écritures) qui disent : « Chassez le méchant de la foule, afin que la dispute sorte avec lui, car s’il reste dans la foule, tous sont dés¬ honorés », paroles qui sont également empruntées au verset dixième du cha¬ pitre XXII du Livre des Proverbes. Si au lieu de l’interrogatif : Est-ce que on traduit par ou, on a : « Ou vous ne pensez pas que ceux qui tirent ces paroles, les amenant sur ces règlements, combattent les Écritures ou les oublient », ce qui donne un sens tout à fait contraire à ce que doit dire Sche¬ noudi et ce qui arrête net le mouvement de sa pensée. Il est vrai qu’on peut retrouver ce mouvement en donnant le sens interrogatif à la phrase : « Ou ne pensez-vous pas? etc. », mais, je le demande, que vient faire cet ou en ce passage? Le mot ou est une particule indiquant la conjonction de deux idées ou leur disjonction : ici il n’y a place ni pour la conjonction, puisque ce sont deux idées qui n’ont aucun rapport ensemble, ni pour la disjonction, puisque ces deux idées sont naturellement diverses par l’exposé, et que l’on ne sent nullement le besoin de la conjonction ou.
Mais il y a encore des exemples plus péremptoires que celui que je viens de citer; dans la suite du même morceau, on lit ce qui suit : h pco
1. Cf. p. 63 de ce fascicule, ou manuscrit de Naples CLXXXVl, p. cia£i.
LU
INTRODUCTION
neiAOTTe en*.i ‘2ie peqf^coriT £^ht ujhjul enjuiev iipcojULe cou* CT^ie oy iiqïievts'cjoiiT H iiqïid.Ai.iu}e ewït ô^peo^cK TCone erJucTpeirccoTUL eTeiô.iiojuLid^ ‘2ie •xio'S'e ^p^^i itg^HTe on Axnnc*. TpeqTiooc e^pevi e-xco ^n tai-htc nnivi juin ninooTre CTOig ncS’i nevi CTepe ner-
nxxxxc'. Ce que je traduis de la sorte : Est-ce que c’est ton œuvre d’ap¬ peler celui-ci (( colère ou lâche », au lieu d’(( homme ou de frère »? Pourquoi ne s’irriterait-il pas ou ne combattrait-il pas, si tu tardes beaucoup à faire qu’on n’entende plus parler de cette iniquité en toi, à savoir voler, après qu’il l’a dit sur toi au milieu de ceux-ci et de ceux-là en nombre, celui qui parle avec toi? » Ces paroles sont prises du morceau célèbre où Schenoudi épanche les tristesses de son cœur en paroles d’affliction ; il accuse sa communauté de commettre des actes illicites et lui prédit que tous ses membres mourront dans leurs péchés, y compris lui-même. Il ajoute i (( Tu dis en réponse i Ne nous parle pas avec dureté comme un combattant, surtout pour com¬ mander. » C est la ce que ses religieux disaient pour se disculper et rejeter la cause de leurs péchés sur leur supérieur. A quoi fSchenoudi réplique: (( Est-ce cjue c est ton œuvre d’appeler celui-ci (c’est-à-dire lui-même) (( colère ou lâche » au lieu d'homme ou de frère? » C’est-à-dire: « Je suis forcé de vous parler durement par les injures que vous me dites » ; et c’est si bien le sens c|u’il a en vue qu il ajoute aussitôt : (( Pourquoi ne s’irri¬ terait-il pas ou ne frapperait-il pas, si tu tardes beaucoup à faire qu’on n entende plus parler en toi de cette iniquité, c’est-à-dire le vol, après que celui qui te parle en a si souvent parlé au milieu de toi en présence de nom¬ breuses gens. » Si la encore, on remplace Est-ce que par ou, on a un sens complètement opposé à l’effet que veut produire Schenoudi ; et, là encore, si on fait suivre ou par l’interrogation, cet ou n’a aucune raison d’être, il a même toute raison de ne pas être, car il concourt à faire comprendre- tout autre chose que ce que Schenoudi veut dire.
C’est ici le lieu de citer un autre exemple tiré du même manuscrit et déjà publié par Zoëga, de le traduire et de comparer la traduction que j’ai adoptée avec celle qu’en a donnée M. Leitpold. Voici d’abord l’exemple :
H AAAXOtt ÎITGÎI^'Y' H ÏITCC03TAX ‘2S.C. tlT^ ît.£l.^^£lôk.pOC p Oy CTCIÏIC
AXAXO, xxn TKenoAic epo xxn riKe^^-Axe xxn iiKeAid. THpoy. nejiiKd.^^
Ain me^KO un ntgcoA enTevTrô.evq nc^'i n‘2ie^‘2ie nnignpe nTeKKAnci*., pco^e €KoAd.^e Aing^HT nnce^fiecy, iievAiCTe^ npwiie nTô.'S'iiooirToy. h OTiioig^e *.n tg ‘2£^g tgcootii, 'S.c evTAiHHUjG Gnd.^U)q Æiü)k ng^d^ciG g^ii niGpo noy g^inTOoy, *.Trqi nô.i-
1. Cf. p. 74 du présent fascicule.
INTRODUCTION
LUI
^juLd.'A(')Toc, ikTTeKKe 2_^2. JU>^nô.pe^eiioc, e^rpcoK^ iig^eiieuKAiiciô., ô^iruiCoA ii^ettKooTe, e^Teipe ug^eimoc?' Aine-e^ooY ïinenuj£ipA*.eAoc h nencnfiY. ô^to) JULnoTKei.TOOTOY e£ioX ïtKecHY on eTAJumevy, eiT'îiiOTe eireipe ng^enofiHire riKpoq ^^jul nd.pe^£id.cic luxx g^pô.i- ïig^HTe ii-0^e on ‘2s.iniijopn, evirco on Tenoy AinenKô.TOOTn eÊ.oA\ M. Leitpolcl a tra¬ duit ainsi : rr Oder (rj) siehst du nicht oder (;r^) hôrst du nicht^ was die Bar- baren (l^dtcêapoç) den Geineinschaften (auv-xyMyr'), antaten, die dir^ gleicJierG, und der Stadt (ttoAic), die dir nahe ist\ und den Dôrfern und. ail den Stât- tenf Und das Herzenleid, die Zerstôrung und die Plünderung , die die Feinde über die Kinder der Kirclie brachten, genügen, das Herz
der Weisen zu ziichtigen (xoXaÇstv), besonders ([jiaXca-a) (das) der Menschen, die sich iôteteK . Oder (}') ist es nicht ein 'Wunder, dass du (zwar) tveisst^
1. ZoEGA, Cat. Cod. Copt., p. 393.
2. M. Leitpold met en note : Anrede an eine Mônchsgeineinde, c’est-à-dire : Schenoudi parle à une communauté de moines, ce qui est vrai quoique les mots communauté et moines jurent d’être ensemble.
3. M. Leitpold met en note : « Man bat wohl an das Kloster Pschais (das soge- nannte Rote Kloster) und an die Pahômkloster zu denken, die im Gaue von Ahmîm, also nahe dem Kloster Schenutes, lagen (Ladeuze, Etude sur le cénobitisme pa- khomien, 1878, S. 175). )) — Je ne suis pas de l’avis de M. Leitpold : le Monastère rouge (Deir el-Ahmar) me semble être situé trop près du couvent de Schenoudi, au¬ quel il se rallia d’ailleurs, pour avoir été victime des meurtres et des déprédations commises par les Begas sans que le Couvent blanc en ait eu à souffrir; en second lieu, Pakhôme n’avait pas fondé qu’un seul couvent dans les environs d’Akhmîm, mais bien trois : duquel s’agit-il? Schenoudi n’avait pas en vue seulement, en parlant, les couvents d’Akhmîm, mais tous ceux qui avaient été pillés par les Barbares, no¬ tamment ceux de la ville de Ptolémaïs et ceux de la ville de Qous, qu’il appelle Kois, laquelle M. Leitpold identifie avec raison avec la ville nommée par les Grecs Cynopolis^ mais en oubliant d’indiquer que c’est de la KTiionoAic h et non de la KTïionoAic H Kd.T(x), — car il y en avait deux, — qu’il s’agit, et je trouve étonnant que M. Leitpold semble ignorer ce fait. En outre, il renvoie à l’œuvre de M. La¬ deuze pour montrer quel était le couvent en question, en quoi il me semble com¬ mettre une erreur de méthode, car ce n’est pas aux œuvres de seconde main, ou même de première, qu’on doit renvoyer, mais aux originaux. Il est vrai que s’il l’eût fait, il eût dû me nommer. D’ailleurs le passage de l’œuvre de M. Ladeuze auquel il renvoie est terriblement embrouillé et n’apporte aucunement la solution désirée, car il se borne à identifier les noms des couvents d’après les identifications que j’en ai données avant lui dans ma Géographie de l'Égypte à Vépoque copte.
4. (( Vielleicht die Stadt Kois gemeint )) (Leitpold).
5. M. Leitpold met en note : « Man kônnte auch übersetzen : « besonders die Menschen, die sie tôteten»; die Worte müssten dann zu (( Herzeleid, Zerstôrung,
LIV
INTRODUCTION
dass eine grosse An^ahl im Strome ertrank, viele auf den Bergen starben, üiele gefangeti (al/^iidhozoci) genoinmen, viele lungfrauen (TtapOevoç) geschandet, Kirchen (ExxXriaia) teils eingeâschert teils geplündert wurden, dass unseren Mit-gliedern (fjtéXoç) oder (}') unseren Brüdern schweres Leid geschah — und dass man {dock) aucJi in diesen Zeiten nicht ahliess, in dir zu stehlen und bôse Werke voit laïUer Wiedersetzlichkeit (Txapagacrtç) zii vollbringenj wie im Anfang^f ))
Cette traduction qui est exacte dans son ensemble me semble pécher en ce que Fauteur n’a pas saisi le sens du mot h qu’il traduit par oder en trois passages où l’on doit le traduire par Est-ce que, et il a bien voulu que nous comprissions qu’il avait en vue de traduire le mot grec par oder, car il a fait suivre ce dernier mot du mot grec lui-même, ce qu’il a fait d’ailleurs partout où Schenoudi emploie un mot grec, donnant ainsi un rare exemple de constance et d’application, mais n’en éclairant pas davantage sa traduction. En effet si nous nous reportons encore une fois au contexte et si nous cherchons quel , est le mouvement de la pensée de Schenoudi, nous voyons que dans ce qui précède il parle encore des frères qui n’observaient pas la règle et qui ont été chassés. Il fait à sa communauté la question suivante i (( Est-ce que tu regrettes (h TeAimei TCx)ne) beaucoup que des voleurs ou des hommes rusés, faisant en toi des abominations, soient sortis de toi? » Il lui dit qu’il serait préférable pour les frères de ne pas donner le sommeil à leurs yeux afin d’échapper aux pièges et aux filets, plutôt que de recevoir le blâme de Dieu. Puis alors il cite l’exemple des communautés, des églises et des villes voisines qui ont été la proie des barbares, et il le fait ainsi : « Est-ce que tu ne vois pas ou n’entends pas dire ce qu’ont fait les Barbares à des synagogues qui te ressemblent et aussi à la ville proche de toi, à des villages et tous les autres lieux? et la douleur, la ruine, la dévastation qu’ont faites les ennemis des fils de l’Église, plus encore les morts des hommes suffisent pour châtier ' le cœur
Pllinderung )) ein viertes koordinertes Glied lunzafiigen. Aber diese Auffassung ist syntaktisch kaum moglich und durch den Zusammenhang ausgeschlossen. » — C’est cependant ce que Ton doit traduire, et conformément à la grammaire et aux moeurs de l’Égypte, comme je le démontre plus bas.
1. Zeitschrift für die œgijptische Sprache, Band XL, p. 127-128.
2. Ce mot étonne ici ; le scribe a pu entendre au lieu de ce qui
veut dire : instruire, et ce qui donnerait un sens bien préférable.
INTRODUCTION
LV
des sages ! Est-ce que ce n'est pas une merveille que tu saches qu'une foule nombreuse est allée se noyer dans le fleuve, ([ue beaucoup sont morts sur les montagnes, qu'on a fait beaucoup de prisonniers, qu'on a perdu un grand nombre de vierges, qu’on a brûlé des églises, qu'on en a dépouillé d’autres, qu'on a fait de grands maux à nos compagnons ou à nos frères, et que pendant ce temps on n'ait pas cessé en toi de voler, de faire des œuvres de ruse, en toute transgression, comme auparavant, et que maintenant encore nous ne cessions pas? » Puis il ajoute: (( N'est-ce pas Dieu qui de temps en temps amène sa colère sur le monde, enseignant aux hommes à faire pénitence ? )) Si au lieu de ces interrogations on met la conjonction ou, on a : « Ou regrettes-tu beaucoup que des voleurs », ce qui n'a aucune raison d'être, puisque la phrase qui précède est ainsi conçue : « Nous avons failli grandement la perdre, notre patience, en ces œuvres de ruse et en toute transgression en tout notre temps » ; il n'y a donc aucune raison pour Schenoudi d’employer ou, car il n'y a pas d'autre idée corrélative à ce qui précède. De même plus loin : « Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux ne pas donner le sommeil à nos yeux... plutôt que de recevoir le blâme ou le reproche de notre désobéissance au tribunal de Dieu? », si on remplace est-ce que^àv ouj on obtient encore un non-sens par ce mot, car Schenoudi dit auparavant, en parlant de ces mêmes frères prévaricateurs : « Qu'ils s'en aillent afin que tu ne sois pas prise ou qu'on ne te prenne pas avec eux dans leurs impiétés ou leurs péchés, afin que tu ne sois pas prise et saisie par la colère de Dieu et de l’Ange comme on a pris les oiseaux au piège ou la gazelle dans les filets » ; et si on lui fait dire ensuite : « Ou ne vaudrait-il pas mieux ... ? » la pensée reste étonnée devant cet ou qui n'a aucune raison d'être. Mais la phrase citée en exemple est encore plus instructive, car elle débute par une double inter¬ rogation qui se comprend très bien, au lieu que si on traduit h par ou, on se trouve devant une impossibilité manifeste. Owrépété ne peut marquer que l'opposition, ou la disjonction : il n'y a pas opposition entre voir et entendre dire, il n’y a que deux actions indépendantes, car le contraire de voir n'est pas entendre ; il n'y a pas disjonction, pour la même raison, parce qu’on peut voir et entendre dire en même temps. Schenoudi savait apparemment ce qu'il disait, il n'employait pas des mots tuant sa pensée en même temps qu’il l’énonçait, et si nous traduisons ses œuvres de manière à rompre le mouvement de sa pensée, à lui faire dire presque le contraire de ce
LVI
INTRODUCTION
qu’il devait dire, il faut bien avouer que c’est nous qui nous trompons. On parle généralement pour dire quelque chose. Plus loin encore, dans la phrase ; « Est-ce que ce n’est pas une merveille », le moto?^ n’a aucun sens, aucune raison d’être, et c’est charger Schenoudi d’une bêtise que de traduire ainsi sa pensée. D’ailleurs le copte connaît très bien la manière d’interroger par le ton seul de la voix, mais dans ce cas il n’emploie pas h; ainsi dans le passage suivant : îiTeïtô^*y oy ne nTis^q^tone JULneTujô.'xe nutuie (( Ne vois-
tu pas ce qui est arrivé à celui qui parle avec toi? » et dans bien d’autres que l’on trouvera aisément dans cette publication b
Enfin, pour en terminer avec ce passage, je ne peux admettre la traduc¬ tion du passage que M. Leitpold a traduit par: ils se sont tués, bien qu’il pense que la traduction surtout ceux qiCon a tués, ne puisse guère se sou¬ tenir grammaticalement parlant. Je crois que c’est le contraire qui est vrai. Tout d’abord si Schenoudi avait voulu parler de suicide — fait fort l'are en Egypte, autrefois comme aujourd’hui, fait presque inouï — il aurait employé le pronom réfléchi ou C3 qui en tient place et aurait dit : juLe>.‘AicTd. riptouie îiTô.iTjüLooTj'TOY jüLJULm jujuLOQ-y ; mais ü u’a rien dit de semblable, il a seule¬ ment employé un verbe cpii a pour sujet les barbares et pour régime les victinies de barbares, sujet et régime qui s’expriment par le pronom préfixe et suffixe de la troisième personne du pluriel et de même forme, fait qui est très commun dans les langues à afhxes. Il faut donc ajouter un cjua- iriènie membre coordonné, comme dit M. Leitpold. En effet, Schenoudi parle des méfaits des Barbares, et affirme que : « la douleur, la ruine, la dévastation qu’ont faites les ennemis des hlsde l’Église suffisent pour châtier (comprenez : pour instruire) « le cœur des sages, surtout ceux qu’ils ont tués ». Les trois premiers membres de l’énumération sont le produit de l’invasion des Barbares, pourquoi le quatrième ne le serait-il pas? La tra¬ duction que je soutiens me semble donc plus conforme à la grammaire, au but de Schenoudi, aux habitudes morales de l’Égypte que celle que donne M. Leitpold b Pour conclure, le sens de Est-ce que pour h me parait bien démontré.
Mais ce n’est pas le seul que lui ait attribué Schenoudi ; il lui a donné
1. Tous ces exemples sont pris de la page 57 à la page 61 de cette publication.
2. Je pourrais reprocher à M. Leitpold d’autres négligences dans sa traduction; ainsi Td.Ke signifie bien la ruine, \d. perdition, et non pas cjeschàndet qui veut dire seulement Vopprohre, la honte.
INTIIODUCTION
I.VIl
également le sens de certes en plusieurs passages, et le mot grec h a bien ce sens, mais en ce cas, comme dans le précédent, il s’écrit en grec rj, et non pas r\ comme quand il signifie ou. Dans la phrase suivante : euj-2ie jmne^ti
g^ô^poïi ivïion: uipiouie cTAinuiè». nijui enTiiiiooY ne nneicon THpoy eic ^oto
e€^lOT citevy enoTCouj CTpeTeinp ovg^HT rioTtoT nTeTn-aLCK neTug^coÊ. h ne^uj ïito tc- IIÔ.COOTÏI epe Aii^e julii ewirijo '^pHHH JLin ^TnoTô^uH eTiULKô^ek'p eei eg^oim
-enoTg^fiT n^e eje juneujcon epo «TencAco eiiTnïiooy ne. Ce que je traduis ainsi : (( Si tu n’as pas pitié de nous aussi, nous ces hommes qui méritons toute affliction, nous qui envoyons vers toi toutes ces fois depuis plus de deux mois, désirant que vous ne soyez qu’un seul cœur pour accomplir votre œuvre, certes, comment sauras-tu que tu combats contre la charité, la paix, la soumission, afin de ne pas les laisser entrer en ton cœur, comme tu ne reçois pas à toi notre enseignement que nous t’envoyons? » Voyons tout él’abord ce qui précède et ce qui suit : ce qui précède est une citation de l’Ecriture; ce qui suit est une nouvelle interrogation de Schenoudi commen¬ çant par le mot julh : il n’y a donc pas de doute possible sur la phrase, qui •est bien telle que je l’ai coupée. Puis, Schenoudi s’adresse à la supérieure de son couvent de femmes, laquelle était en lutte avec la sœur Tapollé, et le terrible homme rappelle sa conduite antérieure, qu’il a souvent envoyé des messagers de conciliation, et il ajoute : « Certes, comment sauras- tu que tu combats contre la charité, etc. », car la supérieure luttait contre la paix, la soumission, en s’efforçant de ne pas avoir le dessous dans sa lutte avec la sœur Tapollé. Si au lieu de certes on met ou, la phrase n’a plus aucun sens, de même que si on traduit par l’interrogation qui n’a aucune raison d’être et qui ruine l’argument de Schenoudi b
L’exemple que je citerai maintenant est encore plus probant . Schenoudi parle d’une maladie qui s’est abattue sur lui ; il dit que si Dieu lui-même a reçu et supporté des coups et des blessures, rien de plus admissible que Schenoudi soit malade; si Jésus « n’a pas détourné son visage de la honte •des crachats, comme il est écrit, quoiqu’il soit le Seigneur de gloire, eh bien ! que tous ceux qui habitent en toi' appellent ce pécheur^ Toute Honte, ■car je suis aussi plein de honte à cause de mes péchés et de mon serment
1. Cet exemple se trouve p. 71 du présent fascicule.
2. Schenoudi s’adresse à sa communauté, et c’est elle qu’il désigne par toi.
3. C’est de lui-même que parle Schenoudi.
h
LVIIl
INTRODUCTION
c[ue fai transgressé, afin que ces hommes échappent a la honte . Si je dois être réprimandé sur le tribunal au jour du jugement à cause de mes maux et du serment que j’ai fait, et si celui-ci ou ceux-ci n’échapperont pas non plus à la réprimande de leurs maux^ eh bien ! malheur à moi et malheur à ces autres! » Puis il écrit la phrase suivante : “îie Aineip ÆioX Axnoirp h «xe
ÜloX b.n H cene.p ÊoX eng^».n me neTn».Kpme Aino-y*. nneTOiTHg 2P*-«
ii^HTc Tc-s'il&e'toe'H *.irco g^« ToiKoifjuicnH THpc. Et alors il passe à un autre ordre d’idées. Je traduis la phrase citée de la sorte : « Car, si je n échappe pas, ils n’échappent pas, ou si je ne dois pas échapper, certes, ils n’échapperont pas au jugement de Jésus qui jugera chacun de ceux qui habitent en toi, ô syna¬ gogue, et dans toute la terre habitée. » La phrase se présente avec deux al¬ ternatives exprimées chacune par un verbe à un temps différent, le présent dans la première, le futur dans la seconde, ce qui est une manière bien parti¬ culière à Schenoudi et qui se retrouve à chaque page de ses œuvres. Ces deux alternatives, dont l’une regarde le présent et l’autre l’avenir, sont elles- mêmes divisées en deux parties dont la première a rapport à Schenoudi et la seconde aux frères de son couvent : la seconde alternative doit donc être énoncée de la même manière que la première ; si je n’échappe pas, ils n’é¬ chappent pas; si je ne dois pas échapper, ils ne doivent pas échapper au ju¬ gement de Jésus. Je le demande : où y a-t-il place, dans une phrase pareille, pour une conjonction de séparation? « Si je ne dois pas échapper ou ils n’é¬ chapperont pas )) ; que voudrait dire une semblable phrase? Et si j emploie l’interrogation, cela n’offre pas plus de sens et l’argumentation de Schenoudi tombe à plat. « Car si je n’échappe pas, ils n’échappent pas, si je ne dois pas échapper, est-ce qu’ils n’échapperont pas au jugement de Jésus? » Cela est même en complète contradiction avec ce qu’il a dit plus haut : « Malheur à moi et malheur à ces autres! » Le mot grec î, a donc ici le sens de certes, ainsi que je l’ai traduit’, et nullement celui de ou ou de est-ce que.
Ces deux exemples suffiront, j’espère, et je peux aborder la question sui¬ vante, à savoir l’emploi du m.h interrogatif. D’après les règles ordinaires de la langue grecque, s’emploie pour interroger quand la réponse doit être
1 . Le mot à mot donne : afin que ces hommes, eux, soient en dehors pour ne pas avoir honte.
2. C’est-à-dire : la réprimande que méritent leurs péchés.
3. Le lecteur trouvera cet exemple, p. 86-87 du présent fascicule.
INTRODUCTION
LIX
négative^ . Schenoudi n’a pas observé cette règle : il emploie aih comme il n employé h interrogatif, avec cette différence que julh est employé quand le verbe de l’interrogation est accompagné d’une négation, comme dans les exemples suivants : julh noir Aie ô.ïi ne nnjô^-xe enT*. ‘xooq : est-ce que ce
n’est pas une vérité que le vieillard a dite?*, aah eTàe neviiofie ô.n nT*.KAiô.cTiooY AAAioi : n’est-ce pas à cause de mes péchés que tu m’as fouetté? (c’est-à-dire châtié®). AAH est encore employé dans un autre cas où le verbe de l’interro¬ gation n’est pas accompagné de la négation, comme dans le double exemple suivant l aah oth (S'enoÆie pco eevcp noAe epo ng^HTq nàoA nnenTô.ncü)TAi epooT» aah ^pTô^g^oc pco ecnd.pô.fid^ noirei nnenToAH CTnewAAOKg^ ng^HT e-îACoo^ AAneg^ooT Jcah tct^h : est-ce qu’il y a un autre péché dont elle a péché envers toi, en dehors de ceux que nous avons entendu dire? Est-ce que tu l’as prise transgressant l’un des commandements au sujet desquels tu t’affligeras jour et nuit? )) ou ; (( Est-ce que ce n’est pas (un) autre péché qu’elle a commis envers toi, en dehors de ce que nous avons entendu dire? Est-ce que tu ne l’as pas prise transgressant l’un de ces commandements au sujet desquels tu t’affligeras jour et nuit h » Dans les premiers exemples la réponse doit être nécessairement : oui; dans le dernier elle doit être : non, quel que soit le tour que l’on donne à sa pensée.
Laissant l’emploi des mots grecs, je passe maintenant au mot copte «.irco. On attribue à ce mot le sens du mot français et, avec raison pour la grande majorité des cas; mais cependant l’on rencontre quelques cas particuliers où ce sens ne peut convenir. Voici un premier cas: au fragment que Zoëga a fait connaître sous le numéro CLXXXIV sont joints deux feuillets qui ne portent plus leurs signes de pagination; ces deux feuillets contiennent des instructions de Schenoudi sur la règle en vigueur dans son couvent. A la fin de ces deux feuillets qui se suivent, il est question de ce que doivent faire les frères vivant en communauté pour être en parfaite harmonie de senti¬ ments, et Schenoudi dit expressément: « Ils ne se cacheront aucune œuvre ni aucune chose les uns aux autres, jusqu’à la plus minime chaussure. » Puis il ajoute : ô^-itco HKcptoAAe aahictoc HevAAe eTTH^ AAAAAAi^Y eiwiTü) nneirp
AAnoTotiie iieirepHY : « ct les autres hommes vraiment fidèles qui seront
1. Cf. J.-L. Burnouf, Méthode pour étudier la langue grecque, 49® édit., p. 294.
2. Cet exemple est pris de la page 69 du présent fascicule.
3. P. 81 du présent fascicule.
4. Cf. p. 69-70.
LX
INTRODUCTION
préposés avec eux, certes qu’ils ne fassent rien sans consulter leurs compa- gnons\ )) Le premier représente bien la copule etj mais le second? si on traduit par et, on joint ensemble un nom avec un verbe, et le nom reste sans fonction dans la phrase, ce qui est inadmissible. Eh traduisant par certes le sens est complet et la présence de ce mot n’est pas étonnante. Mais cepen¬ dant on pourrait objecter qu’il est curieux d’entendre l’autoritaire Sche- noudi, l’homme de la j*ègle avant tout, conseiller aux frères eh charge de consulter leurs compagnons; on pourrait donc regarder ce passage comme fautif, s’il était le seul où le mot «.ttw comportât ce sens; mais il n’est pas le seul. En voici un second : oTpwAie e-tr^K lAAxoq
o(x)£i ev-yu) eo-yn g^ert Kooire iSiCjowpe JULJULoq ncCDoy OT^le OTTHp iiToq
ou cecWK jutnevi iieTeipe h iieTevireipe ^pe^i ïi^hth ep
g^fiHire eTite^iiïT evTW nnoTTe on gCTiv-^e JUJULoq eTpeqeve^'y oiroei ne^q ene
jüLTTeqô.d.T. Ce que je traduis ainsi : Si un homme est entraîné par une foule de gens, malgré lui, à faire quelque chose et s’il y en a d’autres qui le pous¬ sent à les suivre, combien de temps pourra-t-il lutter contre un si grand nombre? de même aussi, si celui-ci est entraîné, par ceux qui font ou qui ont fait des choses qu’il ne fallait pas parmi nous, à faire des œuvres dures^ certes Dieu aussi le pousse à les faire, et malheur à lui s’il ne les fait pas )), et il ajoute : « et s’il ne les fait pas, quelle est la manière dont il pourra rester tranquille'? » Dans cette phrase il y a comparaison entre Schenoudi et un homme qui est entraîné par d’autres à faire ce qui ne lui plaît pas et qui est en plus poussé par d’autres à suivre les premiers : il faut donc retrouver les deux choses dans ce qui s’applique à Schenoudi. Le premier point de la comparaison se trouve facilement dans ceux ciui font ou qui ont fait parmi nous les choses qu’il ne fallait pas; pour le second point, Schenoudi arrête subitement la comparaison et affirme que Dieu l’a poussé' à faire des œuvres dures . Ce qui me fait penser que la comparaison est brusquement arrêtée,.
1. Cf. p. 14.
■ 2. Voir p. 47-48 du présent fascicule. '
3. Je ne connais pas le mot qui est un verbe grec : je ne l’ai trouvé dans-
aucun dictionnaire, mais comme il est mis ici en remplacement de ^lü)^ope qui a bien le sens de pousser, je lui ai attribué ce sens. Malheureusement ce mot se rencontre dans d’autres passages où l’on ne peut penser à lui donner ce sens, si bien que je dois avertir le lecteur que ma traduction de ce mot n’est qu’une traduction douteuse^ se pliant à ce que le sens m’a paru exiger.
INTRODUCTION
Lxr
c’est qu’il n’y a point eaj-xe comme dans le premier membre de la phrase, ni la lettre e du participe comme dans les deux termes qui se rapportent à l’homme pris pour point de comparaison. S’il ëii est ainsi, il faut un verbe à la proposition principale, et ce verbe ne peut être que dès lors, qua
ferait = et devant la proposition principale? Que si l’on soutenait que la comparaison n’est point subitement arrêtée malgré l’absence de eujxe et s’il fallait traduire : « et si Dieu aussi le pousse à la faire », la difficulté ne serait qu’éloignée, car il y a un second devant oiroei et l’on devrait traduire : (( et si Dieu aussi le pousse à les faire, certes, malheur à lui s’il ne les fait pas! » car il est complètement impossible qu’après des propositions dubitatives la proposition principale commence par et. Le mot a donc bien le sens de certes que je lui attribue. Je ne cite pas d’autres exemples ici, je les citerai à mesure que je publierai les manuscrits où ils se rencontreront : je me contenterai de faire observer que ce mot correspond exactement au mot grec rj dans son acception de certes.
J’arrête ici la première partie de cette introduction déjà longue, et je passe à présent à la description des manuscrits publiés dans ce fascicule.
. c : i II
\
' Les fragments des œuvres de Schenoudi qui sont publiés dans ce pre-^ mier fascicule sont seulement au nombre de quatre, et il leur faut ajouter le commencement d’un cinquième. La numérotation de ces fragments suit l’ordre dans lequel Zoëga a fait connaître les manuscrits de Naples : elle commence au manuscrit coté par Zoega, CLXXXIV, lequel correspond à mon numéro I, et continue de la sorte jusqu’au numéro CLXXXVIII, lequel correspond à mon numéro V. Mais les fragments signalés par Zoëga sont loin de former tout l’ensemble des œuvres qui sont renfermées dans mes quatre numéros, car par une heureuse bonne fortune son numéro CLXXXVI, 0’0gt-à-dire le numéro III de cette publication, lequel nous avait conservé une longue lettre de Schenoudi à sa communauté, s’est trouvé considéra¬ blement complété par un des fragments conservés à la Bibliothèque natio¬ nale. Aussi dans la description qui va suivre, ce ne sont pas seulement les manuscrits de Naples qui seront décrits, mais tous ceux qui d’une manière quelconque ont servi à faire cette édition.
LXII
INTR(3DUCTI0N
I
Le premier fragment ici publié est pris uniquement du manus¬ crit CLXXXIV du musée de Naples ’ . Zoëga, dans son Catalogue en a donné la description suivante: ((Folia seæ, paginœcô^-ovZ: quatuor paginœ stbi contiguœ sine notis numeralibus, characteres classis VIIL Epistolœ Sinuthiij cujus nomen minio scriptum est inter primain et
secundatn pag, 278, et repetitum inter secundam et tertiam pag, 283. Maximain partein versantur circa res monasticas, siquideni et prima scripta est ad fratres monachos. In secunda narrat luctam, quœ ei fuit curn dœmonio, qui opem ferre par abat hominibus quibusdatn impuris quos in vincula dederat Scjenute, et utrum e sgnagogis pellendi essent secuni reputabat. Assumpta nimirurn fade lictoris, quem comitabatur socius, ilium mane in platea ambulantein comprehendere conatus est, sed cuni manus ei injecissct, ab co prostratus fuit^ . j)
J’ai cité tout au long l’analyse que Zoëga donne du second morceau con¬ tenu dans le fragment qui représente le manuscrit CLXXXIV, pour montrer au lecteur quelle était la méthode employée par lui, méthode excellente qui n’a d’autre défaut que d’être un peu écourtée, parce que de nos jours on demande beaucoup plus à l’édition de semblables textes qu’on ne pouvait exiger au commencement du XIX® siècle d’un savant qui avait seulement pour but de faire connaître l’existence et le contenu des manus¬ crits qu’il présentait au public.
1. Ces manuscrits coptes sont conservés à la Biblioteca nazionale de Naples dans de petites cassettes en bois qui contiennent un certain nombre de fragments. Chaque fragment est renfermé dans une chemise, et c’est sans doute Zoëga en personne qui a inscrit le numéro sur l’extérieur de la chemise. Quand je les ai copiés en 1890, j’ai constaté que certains feuillets avaient été dérangés de l’ordre dans lequel les avait placés Zoëga et meme qu’ils avaient échangé leur chemise pour une autre qui n’était pas la leur. Je les ai replacés dans l’ordre convenable, ce qui n’était pas difficile avec le catalogue de Zoëga. Mes confrères qui m’ont succédé dans la copie de ces fragments n’ont pas été aussi scrupuleux que je l’avais été, car, à mon second séjour à Naples, j'ai retrouvé plus de désordre encore que la première fois. Et je sais que cette année même l’ordre que j’avais de nouveau rétabli a été violé. Je dois remercier ici MM. les conservateurs de la Biblioteca nazionale, qui m'ont facilité la copie de ces manuscrits autant qu’il était en leur pouvoir. '
2. ZoEGA, Cat. Cod. copt., p. 380.
INTRODUCTION
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Le manuscrit que représentent les quatre feuillets paginés cô^-côn, les deux autres n’ayant pas de pagination et n’appartenant peut-être pas au même manuscrit, se présente à nous sous une apparence presque grossière : le parchemin est épais, il a été mal préparé, car en quelques endroits il y a eu si peu d’épaisseur laissée qu’un véritable trou s’est formé, comme un œil, et l’on a dû passer des fils et rattacher ces yeux au reste du feuillet, acci¬ dent qui arrive surtout dans les parchemins dont la peau était grossière et avait été mal préparée. La feuille a une hauteur de 0"^338 et une largeur de ü"^256. La marge supérieure est de 20 mill. en haut seulement et de 38 en bas et celle de côté sur la droite de 35 mill.h Elle est écrite, comme presque tous les manuscrits coptes, sur parchemin en deux colonnes et chaque colonne contient trente-deux lignes h La réglure n’est pas apparente, ou du moins ne m’a pas frappé : je dois dire d’ailleurs qu’à l’époque où j’ai pris les notes que je transcris, mon attention ne s’était pas portée spécia¬ lement sur ce point.
L’écriture est une onciale abâtardie de basse époque : elle est maigre, renferme des formes qui n’ont pas l’air de se tenir d’aplomb, au contraire de la belle onciale qui est pleine et largement établie. Les signes de ponctua¬ tions semblent appartenir à deux époques fort différentes. Ainsi, à côté des signes en forme de trait, on rencontre d’autres signes de ponctuation en forme de points, ce qui cependant ne pouvait se produire à la même époque : ainsi à côté de jurî ïïcfiOD ïï‘2i.«wixioitioïi on rencontre èjuLnn*., or la lettre e n’est jamais pointée ê, sinon vers le XIIL ou le XïV® siècle, de même qu’elle n’est jamais surmontée d’un trait, car ce trait avait précisément pour but de remplacer la lettre e. Si elle est pointée, c’est pour annoncer que c’est une lettre ayant une fonction spéciale dans la phrase, que c’est une préposi¬ tion comme dans êneixp**^ qui se rencontre vers la fin de la deuxième colonne
1. Il ne faut pas attacher au chiffre des millimètres une exactitude mathématique, car je n’avais à ma disposition qu’un mètre vulgaire où les millimètres ne sont pas marqués, mais où la moitié du centimètre est indiquée. Il se peut qu’il y ait une erreur d’un ou même de deux millimètres. Si je n’ai pas indiqué la marge de gauche, c’est qu’elle a été coupée si elle n’est pas attachée à un autre feuillet.
2. Ce chiffre n’a pas été compté sur toutes les pages et en toutes les colonnes : j’ai seulement compté une colonne quand il ne m’a pas paru que le nombre des lignes variait; on trouve en effet certaines colonnes des manuscrits contenant un nombre de lignes plus élevé que les colonnes précédentes.
LXIV
•INTRODUCTION
.de la page 'Les mots' ne sont généralement pas séparés grâce aux signes ■dont j’ai parlé dans le paragraphe précédent de cette Introdaction, cepen¬ dant on rencontre le signe ^ notamment dans De même la présence de ■certains autres signes sur des lettres où on ne les rencontre presque jamais, •comme dans juLHH^e, ferait penser qüe le scribe a voulu noter 1 accentuation ^tonique; comme dans certains rnanuscrüs de la meilleure épociue; mais je
n'ose rien affirmer à ce propos pour ce manuscrit. La lettre h est d'ordinaire surmonté d'un point h et le tréma se trouve en général régulièrement placé 'Sur la lettre ï, quand cette lettre doit être régulièrement prononcée : e^pevV •e-xtoV; cependant on trouve; à la fin de la seconde colonne de la page la ponctuation suivante : noirôeVuï hijul cto xiAinTpe. Parfois, au lieu du trait -, on emploie un accent grave qu’on place sur la lettre pour indiquer la voca¬ lisation en e ! ng^HTOY, îtïteptojLie. Dans le mot eTttekô.p^ei, le trait qui est placé au-dessus du second ^'indique peut-être qu'on le prononçait séparément. La virgule n'est pas employée.
Un autre signe qui indique une copie relativement récente est .l'emploi de lettres coloriées en rouge, ou, pour rriieux parler, de majuscules dans 1 in¬ térieur desquelles on a placé des points rouges, décoration qui ne se trouve que dans lès manuscrits de basse époque. Je n'ai pas noté la présence d'or¬ nements marginaux, ce 'qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas, car d'habi¬ tude dans les manuscrits des époques rapprochées de nous il y en a presque 'toujours. Le nom de Schenoudi qui est écrit en rouge à deux reprises diffé¬ rentes, à la fin ou au commencement d'une œuvre qui devait être difterenciée ;ffie la suivante ou de la précédente, ne me semble pas la preuve d'une époque devant nécessairement être regardée comme basse, au contraire des lettres majuscules. Je dois ajouter aussi que 'la présence du mot nnoTTe écrit entièrement en rouge dans la seconde colonne de la page co-^ milite au con¬ traire pour une époque qu'on peut qualifier de basse. De plus, la place qu'occupe le nom de l’auteur mentionné pour la seconde fois est anormale, car le nom est placé en-dessus de la première ligne de la première colonne, ■page cÏt^, et le scribe a craint sans doute de perdre son parchemin. Il n’y
• » t
a pas un grand nombre de lacunes dans les quatre premiers feuillets; quelques lettres seulement ont péri. De même les fautes ne sont pas en nombre; cependant les deux que j'ai à signaler sont assez grossières. Dans la première colonne de la page cô^, le scribe ayant à écrire le mot empoTpene s'est contenté d'écrire empoTpe; de même à la deuxième colonne cn-^, au lieu d'écrire eiTe
INTRODUCTION
LXV
^ooTT eiTc c^ixxe,, ce qui est Tune des formules favorites de Schenoudi, il a écrit seulement eue ^oott ec^^ijuie, ce qui n’offre aucnn sens.
Le contenu de ces quatre feuillets est bien tel que Ta fait connaître Zocga: il a trait à des choses monastiques, ou pour mieux dire encore cénobitiques; mais là encore Zoëcja me semble avoir été trop bref. Ces quatre feuillets comprennent d’abord la fin d’une lettre ayant trait aux règles du cénobi¬ tisme, laquelle lettre finit vers le milieu de la seconde colonne de la page cÔh. Cette lettre se terminait par la formule de la politesse égypto-chrétienne : (( Portez-vous bien, priez pour moi. » Elle avait été écrite à des religieuses, et le ton de Schenoudi y semble avoir été tout autre que dans d’autres œuvres qui passeront sous nos yeux. Le second morceau est complet, ou du moins il est compris entre la double mention du nom de l’auteur. Il va depuis la seconde moitié de la colonne droite de la page cÔh jusqu’au bas de la seconde colonne de la pnge cïïS. Mais de même qu’il commence ex abrupto, il finit ainsi, si bien qu’il donne un vague soupçon d’avoir été pris dans une œuvre plus complète pour être placé en cet endroit, car nous aurons l’occasion de constater que les frères du Couvent blanc avaient fait un recueil des Morceaux choisis ou un Florilegium parmi les œuvres de leur père. Cependant si cette hypothèse était juste, il faudrait dire que ces Morceaux choisis étaient de plus grande longueur que ceux que j’aurai à si¬ gnaler. Le sujet de ce morceau est bien celui qu’a signalé Zoëga, avec cette dif¬ férence toutefois que Schenoudi n’eut point à lutter contre un démon, comme il le dit et comme l’a dit après lui Zoëga, mais avec un magistrat du canton d’Akhmim qui avait appris la conduite du supérieur envers ses subordonnés. Le troisième morceau est incomplet : il commence en haut de la première colonne, page cîï? et se termine à la deuxième colonne de la page cn^; il n’a donc qu’un seul feuillet. Ce troisième morceau semble être pris d’un discours sur les devoirs et les obligations de la vie cênobitique; il est probablement pris de ces longues lettres que Schenoudi écrivait à sa communauté. Cette lettre est d’un ton très modéré, mais il est vrai de dire que pendant un feuillet Schenoudi n’avait pas eu le temps de s’échauffer beaucoup.
Quant aux derniers feuillets qui restent, peut-être ne faisaient-ils pas partie du même manuscrit que les quatre précédents. Tout d’abord, si l’on sen excepte la première page qui a bien deux colonnes à trente-deux lignes, les trois autres n’ont que trente lignes à chaque colonne, ce qui ne constitue ■pas une incompatibilité absolue, comme je l’ai fait observer plus haut, et si
LXVl
INTRODUCTION
récriture est de même sorte, d'autres arguments peuvent être apportés en faveur de la différence de manuscrits. Tout d'abord la différence de ponc¬ tuation ; alors que dans les quatre feuillets précédents le scribe n'a jamais; employé la virgule comme signe de ponctuation, celui qui écrivit les deux feuillets dont je parle a employé non seulement la virgule, mais encore le point et virgule, la virgule onze fois dans le premier feuillet et une fois seulement dans le second, le point et virgule après le membre de phrase d.qoirco^j&L ïï^i i^iuofioc; — il SC sert même des deux points après la proposi¬ tion epe noTev 'Aoroc ^^evpoq AJLiïïtOTTe : h neqTonoc, à la fin de la
seconde colonne de la dernière page. Bien plus, il introduit un signe que nous n'avons pas rencontré et que nous rencontrerons rarement dans les manuscrits qui nous ont conservé les œuvres de Schenoudi, à savoir ^ qui est un signe usité seulement dans les manuscrits mempliitiques et dans les manuscrits sa'ïdiques de basse époque. Ici ce signe termine une phrase : e^'AXo è.A‘Ao eipe kô.tô. tô^^ic Ccs deux feuillets présentent de plus
deux fautes grossières, d'abord le mot c^epcoA écrit (5'ep(.oq et ensuite le mot écrit ivq* De plus encore, la lettre e est pointée soit au
commencement des mots, soit à la fin : ê£io‘A et SinHirê. Si l'on
ajoute à ce qui précède que le mot evirco est presque toujours écrit ô.ttco tandis que dans les quatre premiers feuillets je ne l'ai noté qu'une fois écrit et que les autres observations sur la ponctuation sont encore vraies pour celub ci, on aura le bilan des particularités de ces deux feuillets, et ces particula¬ rités me font fortement incliner vers le sentiment que ces deux feuillets ne font certes pas partie du même manuscrit que les deux autres. Quoi qu'il en soit, une chose me semble certaine, c'est que ce manuscrit a été copié sur un autre manuscrit antérieur, ayant son système de points de ponctuation, que le scribe a tantôt copié les points de ce système, et tantôt employé ceux dont on se servait à son époque, le tout sans critique.
Le contenu de ces deux feuillets qui présentent des lacunes fort nom¬ breuses dont deux de onze lignes, une de quatre et l'autre de trois, et qui sont dans un piteux état de conservation, est de même nature que le pre¬ mier et le troisième fragment des quatre feuillets précédents. Schenoudi y donne des instructions sur la vie cénobitique dans un langage fort mesuré qui ne rappelle en rien le? violentes diatribes où il s'est trop souvent complu.
INTRODUCTION
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II
Les fragments que je publie sous le numéro II sont pris tout d’abord du manuscrit CLXXXV de la Biblioteca ncuionale de Naples et d’un fragment rapporté par Woïde, conservé jadis à l’imprimerie Clarendon de l’Univer¬ sité d’Oxford et qui a été depuis transféré avec tous les manuscrits de Woïde à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford.
Zocga, en parlant du fragment de la Biblioteca nationale de Naples, a dit dans son catalogue : Folia undecim, paginer pôë-poc : :
: quatuor paginer sine numeris, characteres classis IV. Frag¬ menta epistolaruin Senuthii, docente titulo p. 518 inter duas epistolas scripto cenoT-o-ioY enicToAH. Puis il indique le contenu du premier feuillet qui est une lettre à l’empereur sur ceux qui refusent de se soumettre aux canons du concile de Nicée; le contenu du second fragment qui contient la fin d’une lettre adressée à une communauté de religieuses. Le reste du ma¬ nuscrit, ajoute-t-il, renferme une lettre écrite aux frères où sont pris à partie ceux qui refusent de prendre soin du salut de leurs frères'. Je dois ajouter qu’il publie et traduit le premier fragment en entier et qu’il publie et tra¬ duit le contenu de la page
Ainsi que je devrai toujours le répéter, ces détails sont on ne peut plus exacts ; mais ils sont incomplets et je dois ajouter ce que l’on attend de moi. Le parchemin de ce manuscrit n’est pas égal : tous les feuillets, à l’ex¬ ception du feuillet sont d’un parchemin mince qui a été assez
bien préparé ; le feuillet signalé au contraire est d’un parchemin plus gros¬ sier et épais ; cependant l’écriture semble bien de la même main : d’où l’on peut conclure que, pour une raison ou pour une autre, le parchemin qui com¬ pose un manuscrit peut n’être pas de la même préparation, soit que la peau ait appartenu à un autre animal, soit qu’on s’y soit mal pris pour la pré¬ parer. Les parcheminiers coptes avaient l’habitude de préparer une peau •dans la longueur voulue pour la copie des manuscrits, puis ils la pliaient en deux avant de la livrer aux scribes pour recevoir l’écriture : c’est ce qui nous est démontré par les nombreux cas où la double feuille a été conservée, paginée ainsi et ou une autre pagination analogue. Dans le
1. ZoEGA, Cat. Cod. copt.., p. 382-384.
2. Pour la preuve de ce fait, je renvoie le lecteur au catalogue manuscrit du fonds «copte de la Bibliothèque nationale, que j’ai fait alors que les feuillets tenaient les uns
1.x VIII
INTRODUCTION
cas présent, on devrait donc s’attendre à trouver un second feuillet cor¬ respondant au premier et de même parchemin, grossier, et c est ce que 1 on ne trouve pas. Mais je ferai observer au lecteur que le fragment en question ne comprend que trois feuillets, que par conséquent le feuillet correspon¬ dant ne s y rencontre pas. Cette observation une fois faite, le parchemin du fragment CLXXXV de Naples a une longueur de 0’"315, une largeur de 0^^247 les marges en haut sont de 0*^029, en bas de 0^^035 et sui le côté de 0"'033. Les feuillets sont écrits sur deux colonnes et chaque colonne com¬ prend trente et une lignes.
Le premier feuillet est en assez bon état, mais il va déjà quelques petites lacunes. Dans les deux feuillets qui forment le fragment suivant, les lacunes sont plus nombreuses et plus grandes. Dans le troisième fragment qui com¬ prend aussi trois feuillets, les lacunes sont presque nulles dans les deux premiers; mais au dernier, le haut de la colonne de gauche au lecto, et do droite au verso, nous présente une lacune de quatre lignes. Le quatrième fragment n’a pas de lacune. Les deux feuillets séparés, au bas du premier desquels Zoëga a mis : et au bas du recto du feuillet suivant, ç^ie (?),
et dont les lettres de la pagination ont disparu, présentent au contraire de nombreuses lacunes au commencement des colonnes pour le second et pour le premier. S’il fallait ajouter foi à cette pagination dubitative, ce feuillet et sans doute aussi le suivant auraient dû se joindre au second fragment. Dans ce cas embarrassant, sur lequel je reviendrai bientôt, les lacunes sont si nombreuses, que je n ai pas eu le courage cl admettre C|ue réellement la dite pagination eût lieu d’être prise en considération. Le fait est qu’on ne voit plus en haut de ces feuillets aucune trace de pagination, car le parche¬ min est si sec qu’il s en détache toujours de minces lamelles en haut ou en bas des marges, de même sur la marge du côté. D’ailleurs, il n’en a pas tenu compte dans la rédaction de son ouvrage. Si l’on veut conserver ces précieux restes d’ouvrages coptes, il faudra, comme j’ai eu l’honneur de le dire au conservateur napolitain, suivre la méthode adoptée par les conservateurs- du département des Manuscrits à la Bibliothèque nationale.
L’écriture du manuscrit de Naples est une onciale très négligée. Zoëga
aux autres, tandis que dans les manuscrits reliés on n en trouve plus trace, parce que les feuillets ont été détachés Tun de l'autre pour être encartés dans une feuille de papier, puis recouverts d’une pe/wre d'oignon., ce qui les conserve certainement,, mais ce qui n’en rend pas la lecture plus facile.
INTRODUCTION
UXIX
Tattribuait à la IV" classe fac-similé qu'il a donnés des diverses écri¬ tures employées dans les manuscrits thébains qu'il avait étudiés, et en elîet les spécimens qu’il cite de cette écriture et à laquelle il attribue le numéro IV sont d’une onciale irrégulière, où les diverses lettres sont terminées en pointes, ce qui produit un effet plutôt disgracieux à l’œil. Du reste le lec¬ teur n’aura qu’à se reporter à la planche qui représente une page de ce document pour en juger. Le scribe n’était pas des plus habiles en écriture, et malheureusement il était encore moins intelligent, car il a commis des fautes atroces. Tout d’abord voulant écrire le nombre 318, en copte ^ojulut ige jLiHT^xxHn, il a écrit imn^eijLiiTujjuLHii. Plus loin, au lieu de ïiTeï2.e, il a écrit ïiTeiJüLe ; plus loin encore, au lieu de juLneq^.g^oy, il a écrit juLneqnevg^oY sans s’apercevoir que l’article n’était pas demandé après le possessif neq. Il écrit epd.1 pour e^pd.1. Et je ne compte pas les fautes qu’il a commises en trans¬ crivant les mots grecs : julccithc qu’il a écrit julicithc, ei.nenHpeevcTOïi cju’il a écrit *.ïtenep€ô.cTon. Toutes ces fautes, dont quelques-unes sont heureusement des plus grossières, sont contenues dans le premier feuillet et ont été reconnues par Zoëga, sauf la dernière. Dans les feuillets suivants, ce même scribe, soit qu’on lui ait fait observer les fautes qu’il avait faites précédemment, soit qu’il apportât de lui-même plus d’application à copier son modèle, soit même qu’on l’eût changé, car le type de l’écriture employée ne renseigne pas nécessairement sur le copiste parce qu’elle n’indique pas le caractère et qu’elle ne laisse presque rien à l’initiative privée, ce scribe, dis-je, n’a pas fait les fautes grossières qu’on remarque dans le feuillet ^-poc, et n’a pas outrepassé la moyenne des fautes dans lesquelles sont tombés les copistes des parchemins coptes.
Le fragment CLXXXV de Naples, s’il n’est remarquable ni par l’écri¬ ture, ni par la correction du texte, est au contraire très remarquable par la ponctuation, la séparation des mots et le soin avec lequel tout ce qui pouvait faciliter la lecture a été employé. Ce que je dis à propos de la ponctuation surprendra sans doute le lecteur, après ce que je viens d’observer de l’écriture et de la correction du texte; mais je dois lui dire que tout concourt à mon¬ trer que ces signes de ponctuation et de séparation ne sont pas du scribe qui a écrit le manuscrit. En effet l’encre qui a servi pour la ponctuation est beaucoup plus pâle que celle qui servit à la copie du manuscrit, observation que je referai un assez grand nombre de fois dans la suite de cette descrip¬ tion de manuscrits, et de cette circonstance l’on peut tirer, je crois, la con-
LXX
INTRODUCTION
clusion que cette ponctuation est l’œuvre crun lecteur ou d’un réviseur. Ce n’est pas à dire qu’elle est sans faute, il y en a tout au moins une très grosse, à mon point de vue, car le mot eTper^cDne est ainsi séparé : ejpey ujtone, et neïippo est écrit neïïppo; mais celui qui l’a faite y a mis beaucoup de soin. Voici par exemple la phrase qui commence le second morceau du deuxième fragment I nemcoT neqovtoig ne CTpe g^eii ^npe
eAoXg^ïï civpp^’ evTTto cô^pp^ îiGcoir(x)|^ ne, eTpe ^en ^npe ïyo^ne nevc eAo'Ag^ïï è.£ipev- OÔ.JUL* ôwirio Td.V Te ^e ïÏTd. nxoeic nnoiTTe ïï^npe ndwÉipè^^d.JU^ TeqjutnTg^XAo • exq- linô ïïVccvni? eAoA^ïï cevpp^ ^n TecAJinTg^AXoj * e^q^wne nô^y noTujnpe ïijüLepiT' n^e noTTfi^n^Hpe eoT^ne. Selon la théorie que je crois la bonne, le ponctuateur devait séparer tous les mots qui présentaient quelque difficulté d’intelli¬ gence au lecteur, et je crois qu’il l’a fait. Si l’on excepte le mot qui
n’a pas le signe de la séparation au commencement de la phrase, soit que je ne l’ai pas vu, soit que le scribe ponctuateur ne l’ait pas mis, tous les autres mots, sauf les mots par trop connus et les mots que j’appelle grammati¬ caux, sont séparés par le signe -x ; le mot ô.iSipô.g'ô^jüL a lui-même ce signe de la séparation dans la suite, de même que le mot ^oi)ne et le mot ^npe. On voit aussi que le signe de la séparation n’est pas nécessaire quand le mot est suivi d’un point en haut, et que le scribe le met après ^cone devant uevc pour éviter que l’on ne puisse se méprendre et lire ^con enô,c, ce qui n’au¬ rait aucun sens, mais ce qui pourrait très bien être lu, car le mot eitô^c serait la forme à orthographe pleine de nis.c qui serait l’adjectif (ït)evc =: vieux. De même après devant eor^ ne, pour empêcher précisément le lec¬
teur de faire la faute qui aurait consisté à ne prononcer qu’une seule fois la lettre e et pour marquer un léger arrêt devant la forme participiale eoT^ ne. La lettre i est surmontée du tréma pour indiquer qu’elle doit se prononcer seule, et le scribe qui écrit ï'c*.ô.k, quoique cela ne fût pas nécessaire, n’a garde d’oublier le tréma dans ô.VjuLecTtjoq , *.ï'iULepiTq , où il devait nécessaire¬ ment se trouver, et dans Vô^kco^i; mais il ne le met pas à la fin des verbes grecs : ïïneqKAHponojuLe? OÙ il ne doit pas se trouver, quoiqu’il le mette à nTei‘2^ïi2.^'A^ OÙ il ne devrait pas se trouver, puisque Tei^ü^^ivX se prononçait très vraisemblablement le pour ti et le ti pour tgi. Il a aussi très
bien sa place dans les mots nô.V, nô.V, eVe, et les autres sem¬
blables. L’emploi des virgules est assez fantaisiste et je ne puis savoir la
1. Ces exemples se trouvent clans ce fascicule, page 20.
INTRODUCTION
LXXI
raison pour laquelle on l’employait, à moins que ce ne soit uniquement pour indiquer un léger repos ! eue g^en pcoxie eue g^en eue ïïg^coÊ.
eiiô.îiovq, eTpeTÏïevô.Y nïieTnepH*p ^OTe Iin‘2ioeic\ Les deux points sont aussi employés : d. mioirTe eneTïïKô.^?..^ Le ponctuateur emploie aussi le signe a, et à ce propos je dois dire qu’à mon avis il a voulu indiquer non seule¬ ment la séparation, mais aussi que l’accent tonique de ce mot était sur la voyelle finale. En effet j’aurai l’occasion de faire observer par la suite que non seulement les scribes ont indiqué la séparation des mots, mais encore parfois l’accentuation du mot, et par là j’entends la place occupée dans le- mot par l’accent tonique. Ce signe se retrouve également employé dans les mêmes circonstances dans la phrase suivante : ïïToo'ÿ' ïieT^d.pd.Tn: h eTo-
me, etc. Le mot e^o est séparé de et a l’accent tonique,
car on aurait pu le confondre avec cttoii écrit pour eoTou; de même le mot ud.îi est séparé du suivant, quoique ce soit un pronom fort connu, parce qu’oir aurait pu le confondre et en faire le mot m^nme qui aurait été un barba¬ risme, mais qui pouvait se lire ainsi par un frère s’inquiétant peu du sens, et il devait y en avoir beaucoup dans ce cas. Le mot ïi€t2^ô.pô.tÎi est curieux
parce que le mouvement de la phrase exige : uToo-y ne eTg^ô^pô^Tn, et le
scribe ponctuateur l’a observé et a mis ce trait sur le t : c’est du moins l’explication qui me paraît la plus plausible. L’accent tonique est encore indiqué par le ^ sur la syllabe quand cette syllabe se trouve dans le corps d’un mot et que ce mot présente une difficulté ou paraît en présenter une : ainsi le mot oTO(3'e — joue est ainsi ponctué ovocs'e, et je ne vois pas d’autre explication possible de la présence de ce trait sur cette lettre, à moins d’y voir une erreur accidentelle. Le scribe a écrit le mot h = ou le plus souvent sans accent, mais aussi avec l’accent h, et, n’en connaissant pas la raison, il a cru que la lettre h devait partout s’écrire de la sorte, et il a écrit up^vc^n, c5'enH et dans les autres mots où il a cru que la présence de la lettre h indi- ([uait un mot grec. On voit ainsi que le ponctuateur a usé de l’accent aigu.
La paléographie proprement dite offre des cas curieux à constater : d abord à la fin des lignes, le scribe n’ayant plus la place nécessaire pour écrire Ve^Kcofi écrit iWo; de même et pour la même raison, à la même place, au
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LXXII
INTRODUCTION
lieu d’écrire il réunit les lettres t et h en une seule et écrit Il
iibrège le mot cT^k.'s'poc et l’écrit pur lu sigle c^oc. Ce sont là. toutes les pur ticularités qu’il m’a semblé utile de signaler au lecteur; je dois main¬ tenant lui analyser les divers sujets contenus dans ce fragment.
Le premier fragment contient bien une lettre où Scbcnoudi semble de¬
mander à l’empereur un sauf-conduit, et où il s’adresse à lui dans un style que ne comportaient guère les usages de la chancellerie. Je crois que cette lettre est un pur exercice de style. Schenoudi est allé a Constantinople avec le patriarche Cyrille, en revenant du concile cl Lphèse . sa \ie raconte simplement comment il fut honoré des patrices, des plus hauts person¬ nages, et peut-être de l’empereur qui lui adressa sans doute quelques-unes des paroles banales paraissant, à ces religieux étonnés de voir la cour et les courtisans, la plus haute marque de faveur. Le biographe de Schenoudi, Visa, semble lui attribuer le rôle le plus en vue, mais on voit par la découverte du manuscrit qui contient les actes du concile d’Éphèse Cjue ce premier rôle fut tenu par l’archimandrite Victor de Tabennîsé. 11 n’est pas question, que je sache, d’un autre voyage de Schenoudi, et son bio¬ graphe, qui invente de toutes pièces l’histoire du transport de son maître par la barque lumineuse dans la chambre de Théodose le Jeune, n’aurait pas manqué de parler des lettres que l’empereur lui aurait adressées pour le mander à Constantinople. Assurément ce ne sont là que des impressions
personnelles et des nuances, mais ces nuances doivent être prises en sérieuse considération, et Schenoudi, s’il eût réellement écrit à l’empereur Théo¬ dose le Jeune, aurait eu sans contredit à lui tenir un autre langage et aurait dû s’abstenir de décrire à son impérial correspondant les mœurs du chien quand il est paisible ou quand il se met en colère.
Le deuxième fragment débute par une lettre de Schenoudi à des reli¬ gieuses, dans laquelle il donne des indications sur la conduite à tenir en divers cas. Au verso du premier feuillet de ce fragment est un titre : cenov^io-y enicTo^H *. Lettre (le SelænoiiAi . Cette lettre étant d’un intérêt général et développant des considérations générales devait sans doute avoir été adressée à la communauté tout entière de Schenoudi. Elle n’était pas terminée quand se trouve la première lacune — de quatre pages — du texte, mais le sujet étant le même que dans le deuxième fragment, il est presque certain que le second fragment était continué par le troisième, et, comme celui-ci est continué par le fragment d’Oxford ainsi que je le
INTRODUCTION
LXXIIÏ
dirai ])ienlôt et que le quatrième fragment reprend avant que le texte d'Ox- ford soit achevé, il est complètement certain que le quatrième fragment faisait suite au troisième et que le sujet s’est développé au gré de hauteur, de sorte que nous avons une grande partie de sa lettre.
Les deux feuillets qui n’ont pas de pagination contiennent des conseils particuliers et spéciaux qui cadreraient assez bien avec le contenu de la page mais Scbenoudi peut si facilement passer du général au parti¬ culier et la lacune de la deuxième colonne du verso est si importante que je n’ai pas senti en moi-même le courage de mettre ces deux feuillets avant la page Le lecteur, étant averti de ce cas embarrassant, fera ce que bon lui semblera. Quoi qu’il en soit, le manuscrit en question contenait une col¬ lection de lettres de Scbenoudi.
Le fragment d’Oxford qui relie ensemble les deux fragments du manu¬ scrit de Naples, ainsi que je viens de le dire, se compose de quatre feuillets qui se suivent, mais qui sont dénués de toute pagination. Ces quatre feuil-
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lets sont écrits sur deux colonnes à chaque page. Comme à l’époque à laquelle je l’ai copié je^ n’avais pas encore fait les observations qui m’ont amené à comprendre la valeur des signes de la ponctuation, je n’y ai fait aucune attention et je suis obligé de renvoyer à plus tard la description détaillée de ce manuscrit, n’ayant pas eu l’opportunité d’aller à Oxford et d’y séjourner depuis un assez grand nombre d’années. Ce que je puis dire dès aujourd’hui, c’est que le scribe de ce fragment a employé certaines formes qui avaient cours dans les anciens temps : par exemple, il écrit ujd.poei au lieu de «jô^poi, et cette circonstance suffirait à elle seule pour faire attri¬ buer au manuscrit une époque relativement reculée, n’était l’orthographe des mots grecs employés, laquelle démontre au contraire une époque relati¬ vement récente, car il écrit julô.ctikoy pour ju.ô.cth^oy, forme bien écrite que les scribes coptes emploient d’ordinaire; c’est tout ce que j’en puis dire ac¬ tuellement, et je réparerai cette brièveté dans les prochains fascicules où je retrouverai ces mêmes manuscrits que, je l’espère, j’aurai eu l’occasion de revoir dans l’intervalle.
J
LXXIV
INTRODUCTION
III
Le troisième fragment qui est publié dans ce fascicule est sans contredit la plus longue oeuvre que nous possédions de Schenoudi et celle qui nous fait le mieux connaître non seulement son caractère^ son genre d éloquence, mais aussi la vie intérieure des couvents coptes, les rivalités qui s^y exer¬ çaient et les tragédies qui sV jouaient, car tous les événements de la vie cénobitique iVétaient pas, bien s’en faut, à l’image de la vie angelique, et, malgré que Schenoudi appelât et qu’on appelât couramment son couvent la Jérusalem terrestre, cette Jérusalem était un peu trop l’image de la Jérusalem historique avec ses factions, ses luttes, ses désordres et ses
crimes.
Ce troisième fragment est pris pour une grande partie du manuscrit CLXXXVI de Naples et pour une autre, à peine moins grande, du manuscrit copte, n'’ 130’ de la Bibliothèque nationale de Paris. Zocga a décrit le pre¬ mier dans son catalogue de la manière suivante : Folia tnginta quinque, paginœ characteres classis IV. Epistola con-
ciiiatoria et eæhortatoria Scjenutii ad congregationein austeritate suâ qfflic- tam et turbatam, cui subjecti sunt threni ejusdein. Priinum Jragmentuin totum sistimus; e reliquis autem quae vel argumenti vel hnguae gratta, eæcerpere visum est\ Et de fait il a publié tout le premier fragment et une grande partie des deux autres, et même il a traduit tout ce qu il a publié, sa traduction supportant encore très bien l’examen et montrant avec évidence qu’il savait le copte admirablement h Je n’ai donc encore ici qu’a compléter les renseignements qu’il n donnés.
’ Le fragment CLXXXVI, de Naples, est écrit comme d’ordinaire, sur deux colonnes à chaque page : chaque feuillet mesure 0'”,278 de longueur sur 0'",226 de largeur; la marge sur le côté et en haut est large de 0™, 026 et en bas de 0”,046, particularité qui ne se rencontre pas très-souvent. Chaque colonne contient vingt-neuf lignes, et le scribe eût pu aisément en ajouter une autre. Je n’ai pas fait attention à la réglure. On rencontre en haut de certains feuillets, avec les lettres de la pagination, d’autres lettre.s.
1. ZoEGA, Catal. Ccd. copt., p. 385.
2. Ibid., p. 385-411.
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plus grandes et qui sont celles du numéro du cahier. D’ordinaire le verso finissant un cahier a le numéro du cahier qui finit, et le recto suivant a le numéro du cahier qui commence. Selon toute vraisemblance, c’est bien ce qui existe dans le fragment de Naples, mais je ne l’ai pas noté, m’étant con¬ tenté de noter les commencements des quatre cahiers ïê, ïc, et ïïï. Le premier cahier ïc commence à pour finir à c7», il comprend huit feuillets, soit seize pages, et mérite bien le nom qu’on lui donnait en latin : quaternio, car il est formé de feuillets repliés; le ïc commence à cT^ pour finir à cÂ^, comprenant aussi seize pages ou quatre feuillets repliés; le commence à la page cÂê pour finir à la page crî, et le Ïh commence à la page cïïd! pour finir sans doute à.la page cô? qui manque dans le manuscrit où il y a lacune. Par ■conséquent tout était bien régulier dans ce calcul. Cependant si l’on multi¬ plie les chiffres des cahiers par huit on n’obtiendra pas le nombre par le¬ quel finissent les cahiers, car ces cahiers commencent régulièrement 1-16, de 17-32, de 33-48, et de 241-256, de 257-272, de 273-288 pour les cahiers Aie, îc, et iH, tandis que nous avons c^-cÎh, 203-218; c7â-cÂ^ ou 219-234; cÂë-cïî ou 235-250 etc. Il y a donc eu erreur du scribe et s’il a bien compté les quatre doubles feuillets dans les cahiers sus-mentionnés, il ne l’a pas fait pour les précédents. On pourrait expliquer cette anomalie par le fait suivant : le plus souvent, quand les copistes coptes commencent la copie •d’un volume, ils laissent un ou deux feuillets qui comptent pour la numé¬ ration des cahiers, mais qui ne comptent pas pour la pagination des feuil¬ lets écrits, car la première page écrite est paginée un, bien qu’en réalité, telle devrait l’étre e, ou cinq. Mais cette explication ne rendrait pas suffisam¬ ment compte de l’écart qui existe entre les numéros des cahiers et les lettres de la pagination, car entre 203, ce qu’il y a, et 241 ce qu’il devrait y >avoir, il y a trop de différence, et il en faut conclure que le scribe aura dù répéter les numéros des cahiers, non pas une fois, mais au moins deux fois. Nous verrons bientôt que pareille erreur n’est pas inouïe chez les scribes ■égyptiens à' l’époque copte.
Si je passe maintenant à l’écriture proprement dite et à la paléographie du manuscrit, je vois bien, comme l’a dit Zoega, que l’écriture est une onciale, assez ferme d’ordinaire, mais vers la fin du fragment assez rapide, et par
conséquent relâchée i le scribe avait visiblement hâte d’en finir, ses lettres montrent par leur écriture molle que le copiste n avait plus le cœur a ce qu’il faisait, quoiqu’elles soient toujours très lisibles, ce qui ne peut guère
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être autrement. Il n^y aurait pas de remarque particulière à faire, si 1 on ne rencontrait souvent à la fin des lignes le mot mtoTTe écrit ainsi nçTe, ce qui devrait être lu nnoiTe et ce qui démontre péremptoirement la bâte que le scribe apportait à copier son manuscrit. Cette abréviation, si c’en est une, est connue par ailleurs et le mot est écrit n^Tc, mais la lettre Y placée au- dessous de la lettre « est reliée à la lettre n de cette manière y : le scribe, dans le manuscrit de Naples, a bien mis le i au-dessous de n, mais il a oublié de relier le tronc de la lettre i par les deux branches y qui vont rejoindre les deux traits parallèles de la lettre n. Et ce qui est tout à fait insolite dans la paléographie copte, à la page le scribe a employé cette manière d’écrire au milieu de la ligne sans qu’aucune raison apparente l’y déterminât. A la page cAh on remarque à la marge intérieure de la première colonne deux ornements faits à la plume ; mais ces deux ornements me semblent une addition postérieure : ils sont d’une certaine finesse, mais l’encre qui a servi
à les faire est beaucoup plus pâle que celle qui a servi à la copie du manu¬ scrit. Dans ce manuscrit, comme dans le précédent de Naples, si les signes de la ponctuation sont plus pâles c[ue les lettres, cela ne veut pas dire néces¬ sairement que ces signes ont été ajoutés après coup ; cela peut seulement signifier à la vue que le calame du scribe ne contenait pas autant d’encre que pour la copie des lettres, ou cju’on s’est servi du dos pour ces signes, en le renversant ; mais ici il n’y a nulle possibilité de donner cette explication.^ Je regarde la présence de ces ornements tracés à la plume, même sans enjoli¬ vements à l’encre rouge ou autres, comme une preuve de postériorité pour le manuscrit; d’ailleurs cela n’empêche aucunement de faire remonter ce- manuscrit au IX® siècle environ.
Ce manuscrit fragmentaire est orné de tous les signes de ponctuation déjà signalés, soit qu’ils soient de simple vocalisation, soit qu’ils indiquent ^ la séparation des mots ou même leur accent tonique. Je dois entrer à ce , sujet en quelques détails, à cause de l’importance du fragment, bien que